LE DOSSIER

Toute la vérité sur les affaires françaises

Faits diversÉpisode 5/185

Mort d'Éric de Nessé : les onze questions sans réponse d'un suicide qui n'en est pas un

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-22
Illustration: Mort d'Éric de Nessé : les onze questions sans réponse d'un suicide qui n'en est pas un
© YouTube

L'expert qui dérangeait

Éric de Nessé n'était pas un anonyme. Fondateur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R) en l'an 2000, il était considéré comme l'un des meilleurs spécialistes du renseignement en France. « Il faisait partie des doigts d'une main », témoigne Alain Juillet, dans une vidéo diffusée par TV Liberté. « Il y en a pas plus de quatre ou cinq en France qui étaient aussi bon que lui. »

Son parcours ? Officier d'active, puis civil au ministère de la Défense, toujours dans le renseignement. Il avait « acquis une connaissance du monde du renseignement qui était en France tout à fait exceptionnelle », selon le même Alain Juillet. Une expertise reconnue, des ouvrages publiés, des colloques organisés à Paris. Mais cette notoriété a eu un prix.

À partir de 2022, Éric de Nessé prend des positions dissonantes sur la guerre en Ukraine. Il critique la corruption dans l'armée ukrainienne, le cynisme américain et la gestion européenne du conflit. « Il a été attaqué par une certaine frange médiatique et politique », raconte Alain Juillet. « On lui disait : "Mais vous prenez parti pour la Russie." »

La découverte macabre

Lundi de Pentecôte, 9 juin 2025. Éric de Nessé devait récupérer le chien de sa sœur pour la journée. Mais au téléphone, rien. Pas de réponse. Inquiète, elle part avec sa fille aînée vers la demeure de Séraval.

Arrivées sur place, les volets sont fermés. Il fait chaud — très chaud pour un mois de juin. La sœur sonne. Rien. Elle fait le tour par le jardin. La baie vitrée est ouverte. Puis elle aperçoit la voiture garée devant la maison. Quelqu'un est à l'intérieur.

« Je m'approche, je la vois regarder, puis elle se retourne vers moi, elle fait "Oh non !" », raconte le neveu d'Éric de Nessé dans la vidéo. Le corps gît sur le siège passager. Une carabine se trouve sur le siège conducteur. Les portières sont verrouillées de l'intérieur. Ce détail — les portes verrouillées — va, quelques heures plus tard, convaincre les gendarmes : suicide.

La famille appelle les secours. Vingt minutes après, les premiers gendarmes arrivent. La sœur leur explique qui était son frère : un expert en renseignement, connu, sensible. Elle tape « Éric de Nessé » sur YouTube pour leur montrer. Les gendarmes notent, puis la mettent à l'écart.

Deux jours plus tard, la gendarmerie lui annonce la conclusion : suicide. L'enquête est classée. Le frère d'Éric, rentré de l'étranger, est interrogé le dimanche suivant. « Le gendarme m'a donné la conclusion, m'a dit "C'est un suicide" », raconte-t-il. « Il a pas essayé de me dire "On est à 50-50, on va chercher sur cette piste." »

Pas de lettre de suicide. Pas de signe avant-coureur. Rien.

L'heure qui ne colle pas

Première incohérence — et non des moindres : l'heure du décès. Les voisins d'Éric de Nessé affirment avoir entendu un coup de feu vers midi, le lundi de Pentecôte.

Or, selon ses proches, l'autopsie situerait le décès dans la nuit du dimanche au lundi. « On reste sur décès d'Éric dans la nuit », explique le frère. Différence : plusieurs heures. Question simple : comment un coup de feu entendu à midi pourrait-il correspondre à une mort survenue en pleine nuit ?

« Se pourrait-il vraiment que les médecins légistes se soient ainsi trompés ? », interroge la vidéo de TV Liberté. « Car on peut difficilement imaginer que les voisins aient confondu l'heure du midi avec le beau milieu de la nuit. » Les gendarmes ont-ils effectué une enquête de voisinage comme le voudrait la procédure ? À ce jour, la famille n'a pas obtenu de réponse. Le procureur de la République d'Ancy, saisi par courrier, n'a pas répondu.

La balistique qui dérange

Deuxième incohérence : l'absence de traces de poudre. Selon les proches, « on aurait retrouvé aucune trace de poudre sur lui ». Pour un suicide par arme à feu — une carabine de surcroît —, c'est un détail qui interroge. Quand on tire à bout touchant, les résidus de poudre se déposent sur les mains, les vêtements, la peau. Là ? Rien. Absence totale.

Troisième élément : la position de l'arme. Le corps était affalé sur le siège passager. La carabine, elle, se trouvait sur le siège conducteur. La position est pour le moins atypique. Comment atteindre le conducteur depuis le siège passager ? Et pourquoi ne pas s'être tiré une balle sur le siège conducteur, plus naturel ?

Les portières verrouillées de l'intérieur — l'argument principal des gendarmes — n'excluent pas un assassinat. Un assassin aurait très bien pu fermer les portes de l'intérieur avant de partir, en passant par la fenêtre ouverte. Une question de secondes.

Une enquête expéditive

La famille ne dénonce pas seulement des incohérences scientifiques. Elle dénonce une enquête bâclée.

« Ils sont restés quoi 1h30 dans le chalet et ils ont dit "On va revenir à 9 parce qu'il y a tellement de choses." Et puis 2 jours après, ah ben non, c'était fini », raconte la sœur. Le bureau d'Éric de Nessé, qui contenait des dizaines de dossiers et des centaines de livres, n'a pas été fouillé. « Il y a eu un premier survol, mais après ils sont pas revenus. Ils ont enlevé les scellés, nous ont rendu les clés. »

Les ordinateurs et le téléphone portable d'Éric de Nessé ont été saisis. Jamais restitués. Pourtant, ils contiennent des manuscrits inédits — une encyclopédie sur l'histoire du renseignement de l'Antiquité à nos jours, commandée par les Éditions Ellipses. « Quatre ouvrages sont déjà parus et il y en a deux qui sont terminés à 95 % dans ces ordinateurs », explique le frère. Pressé par l'éditeur, il a écrit au procureur pour récupérer ces fichiers. Réponse : « L'enquête est en cours. » Silence.

Le frère a envoyé deux courriers au procureur de la République d'Ancy, accompagnés de témoignages — notamment d'Alain Juillet, d'Yves Benet et de Tigran Ygavian, plus proche collaborateur d'Éric de Nessé. Il demandait des explications sur la conservation des ordinateurs, sur l'avancement de l'enquête. « On a rien, même pas un message qui dit "L'enquête suit son cours" », déplore-t-il.

Un homme qui n'était pas suicidaire

Le point sur lequel tous les proches insistent : Éric de Nessé n'était pas dépressif. « Ça paraît absolument invraisemblable qu'il soit suicidé, parce que c'était vraiment pas sa mentalité, ni son esprit, ni son comportement », affirme Alain Juillet.

« C'était pas du tout quelqu'un de dépressif, mais vraiment pas », renchérit le frère. « C'était un battant. »

Sa nièce se souvient de la dernière soirée passée ensemble, quinze jours avant la mort : « Il était lui-même. » Rien d'anormal. Pas de propos suicidaires. Pas de signe avant-coureur.

« C'était quelqu'un de très simple, de calme, passionné par ce qu'il faisait », décrit Alain Juillet.

Quant aux difficultés financières que certains ont évoquées pour expliquer un suicide, la famille les minimise. Oui, le CF2R rencontrait des difficultés. Un client n'avait pas payé une facture. Mais, selon le frère, « c'était pas son genre de se suicider pour ça. Surtout, il en avait déjà eu avant. »

Les pressions et les ennemis

Alors, si ce n'est pas un suicide, quoi ? L'assassinat, selon les proches.

« Dès que j'ai appris sa mort, j'ai pensé que c'était pas un suicide. Je connaissais bien Éric. Il était absolument pas suicidaire. Et donc pour moi, le suicide était exclu et je me suis dit : c'est un attentat », affirme Alain Juillet. « Il y avait suffisamment de gens dans le monde qui souhaitait sa disparition. »

Qui ? Les ennemis qu'il s'était faits par ses prises de position. Les attaques répétées sur sa prétendue « complaisance » avec la Russie. « On a exercé une pression médiatique très importante, une campagne d'influence pour justifier cette guerre qui avait été déclenchée par les Américains en Europe », analyse Alain Juillet.

L'ancien haut responsable du renseignement écarte toutefois l'idée d'un suicide provoqué par cette pression. « Dans son cas, je vois pas comment on pouvait le toucher. Il vivait seul, il était pas riche, il avait pas de besoins. Il y avait pas de moyen de pression sur lui. » Paradoxalement, cette analyse renforce l'hypothèse d'un assassinat extérieur plutôt que d'une auto-élimination.

Les proches soulèvent un dernier détail troublant : le corps a été retrouvé par la sœur. Comme si Éric de Nessé avait voulu lui infliger cette épreuve. « S'il avait eu cette intention, il aurait choisi un lieu où une tierce personne aurait pu le découvrir », explique le frère. « Pas sa propre sœur. » D'autant qu'à cause de la chaleur, le corps était « tout boursoufflé avec les gaz, pas très beau au niveau du visage ».

Les questions qui restent

Depuis la découverte du corps, la famille n'a que des questions. Pas de réponses.

Pourquoi les ordinateurs n'ont-ils pas été restitués ? Pourquoi aucun voisin n'a-t-il été interrogé ? Pourquoi l'autopsie situe-t-elle le décès dans la nuit alors qu'un coup de feu a été entendu à midi ? Pourquoi aucune trace de poudre sur les mains ? Pourquoi l'arme était-elle sur le siège conducteur, le corps sur le siège passager ? Pourquoi le procureur ne répond-il pas aux courriers ?

Onze questions. Aucune réponse.

L'enquête, officiellement, reste ouverte. Mais pour la famille, elle est enterrée. « On est au courant de rien du tout, vraiment de rien du tout », répète le frère.

Éric de Nessé avait 58 ans. Il avait consacré sa vie à l'étude du renseignement. Il avait écrit des livres, formé des officiers, animé des colloques. Il avait dénoncé ce qu'il considérait comme des mensonges. Et un jour de juin 2025, il a été retrouvé mort dans sa voiture, une carabine à ses côtés, sans traces de poudre, sans lettre, sans explication.

Les gendarmes ont conclu au suicide. La famille n'y croit pas.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

📬

Ne manquez aucun scandale

Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.

Les autres épisodes de ce dossier

Voir tout le dossier →

Épisode 5 · 2026-06-22

Mort d'Éric de Nessé : les onze questions sans réponse d'un suicide qui n'en est pas un

Épisode 17 · 2026-03-31

DZ Mafia : le silence qui tue

Épisode 31 · 2026-04-07

DZ Mafia : Le sang et les écrans

Sur le même sujet