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JusticeÉpisode 22/193

Affaire des hortillonnages : David Lefèvre, la double vie du « tueur des marais »

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-07
Illustration: Affaire des hortillonnages : David Lefèvre, la double vie du « tueur des marais »
© YouTube

Le 14 février 2011, un employé municipal navigue sur l’Avre, affluent de la Somme. Il nettoie les berges. Soudain, une forme étrange coincée dans un amas de branches attire son attention.

Un corps.

Très abîmé par un long séjour dans l’eau, le cadavre est remonté sur le chemin de halage et envoyé à l’Institut médico-légal. Les analyses génétiques — selon l’émission Faites entrer l’accusé — montrent qu’il s’agit de Julien Guérin, 22 ans, disparu depuis le 13 janvier.

La veille, Julien avait pris la route pour la Belgique avec un copain, David Lefèvre, pour acheter des cigarettes moins chères.

La famille ne comprend pas. Julien était un ancien toxicomane, mais il avait reconstruit sa vie avec Aline, sa compagne, et leur petit garçon. Il suivait un traitement à la méthadone. Son frère Cédric, interrogé dans la vidéo, déclare : « Pour moi, c’était impossible qu’il soit mort. »

Les premières constatations du médecin légiste concluent à une noyade accidentelle. Julien avait 1,32 gramme d’alcool par litre de sang et des taux de psychotropes supérieurs aux doses thérapeutiques. Ses blessures à la tête — cinq plaies, fracture temporale, dents cassées —, les enquêteurs les attribuent aux hélices d’un bateau.

La thèse de l’accident. Mais la famille refuse d’y croire. Que faisait Julien, en pleine nuit de janvier, au bord des hortillonnages ? Ce réseau de canaux et de jardins potagers n’est accessible qu’en bateau. Julien n’en avait pas.

Les faits

Deuxième cadavre. L’enquête va basculer.

Le 5 septembre 2011, Alexandre Michot, 24 ans, disparaît. Son corps est retrouvé quelques jours plus tard, vers le 10 septembre, au même endroit que Julien Guérin.

Alexandre a reçu deux balles : une dans le dos, une dans la tête. Le médecin légiste constate aussi une plaie contondante au cuir chevelu. Les traces de strontium dans le sang sont très faibles — cela indique une mort rapide.

Les enquêteurs de la police judiciaire d’Amiens, cités dans l’émission, découvrent un point commun : David Lefèvre. C’est lui qui a accompagné Julien en Belgique. C’est lui qui, le soir de la disparition d’Alexandre, a conduit ce dernier à l’hôpital.

Les policiers creusent. Plusieurs éléments les interpellent.

D’abord, Lefèvre ment. Interrogé sur sa soirée du 5 septembre, il raconte qu’il a déposé Alexandre à l’hôpital, puis qu’il est rentré dormir chez lui. Les relevés téléphoniques racontent une autre histoire : son portable borne près des hortillonnages, à l’heure où Alexandre a probablement été tué. Lefèvre se rétracte — il serait allé boire un café seul au bord de l’eau. Et pourtant, personne ne l’a vu.

Ensuite, le passé de Lefèvre refait surface. En 2005, il avait déjà été condamné pour homicide. Il avait tué d’une balle un homme avec qui il avait eu une altercation dans un bar. Il avait écopé de dix ans de prison, dont six ferme. Libéré en 2010, il venait de purger sa peine lorsque Julien et Alexandre ont croisé sa route.

Les enquêteurs perquisitionnent son domicile. Ils y trouvent une carabine 22 long rifle — c’est l’arme qui a servi à tuer Alexandre. Lefèvre prétend l’avoir achetée pour chasser le ragondin. Question : qui chasse le ragondin avec une arme de précision et des balles à expansion ?

Le mobile ? Lefèvre n’en a jamais donné. Les psychologues qui l’ont examiné décrivent un homme froid, calculateur, incapable d’empathie. « Il tue comme il respire », résume un expert dans l’émission. Pas de mobile crapuleux, pas de vengeance personnelle. Juste une violence qui semble surgir de nulle part.

Silence et condamnation

Devant la cour d’assises, Lefèvre ne bronche pas. Il écoute les témoins, les experts, les familles. Il ne dit rien. Quand le président lui demande pourquoi il a tué Alexandre Michot, il répond : « Je n’ai rien à dire. » Même chose pour Julien Guérin. Le 12 juillet 2013, à l’issue de trois jours de procès, David Lefèvre est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une période de sûreté de vingt-deux ans.

Les familles, elles, restent sur leur faim. « On ne saura jamais », lâche le frère de Julien, la voix serrée. Le procès n’a rien éclairci. Lefèvre emporte ses secrets en prison.

Une question demeure : pourquoi les hortillonnages ? Pourquoi ce lieu, précisément ? Peut-être parce que Lefèvre y avait un bateau. Peut-être parce que c’est un endroit isolé, où les corps mettent du temps à remonter. Peut-être, tout simplement, parce que personne ne va y chercher un mort.

Aujourd’hui, l’affaire des hortillonnages reste classée, faute d’aveux. David Lefèvre purge sa peine à la maison centrale de Poissy. Il n’a jamais fait appel. Il n’a jamais demandé de pardon. Il n’a jamais expliqué pourquoi.

Sources : Faites entrer l’accusé — David Lefèvre, le tueur des marais (YouTube), consulté le 7 juillet 2026.

📰Source :www.youtube.com

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