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Henry Pioni : 12 ans pour un meurtre sans cadavre, l'énigme judiciaire

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-08-04
Illustration: Henry Pioni : 12 ans pour un meurtre sans cadavre, l'énigme judiciaire
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Accroche

Il était une fois un plongeur professionnel, héros des abysses, aux yeux turquoise et au passé de baroudeur. Henry Pioni — de son vrai nom Henri Paquioni — avait réussi l'exploit de passer douze jours au fond de l'océan. Mais c'est sur terre que sa vie a basculé. Le 31 mars 1989, sa compagne, Michel Moriamé, 32 ans, disparaît sans laisser de trace. Son corps ? Jamais retrouvé. Pourtant, la justice a condamné Pioni pour meurtre. Comment condamner un homme sans cadavre ? Et pourquoi un père aimant, prêt à tout pour sa fille handicapée, a-t-il fui pendant quatre ans à travers le monde ? Le documentaire Faites entrer l'accusé retrace cette affaire hors norme.


Les faits

Tout commence le 29 mai 1989. Fernande Moriamé, la mère de Michel, se présente au commissariat de Marignane, dans les Bouches-du-Rhône. Selon le récit du capitaine Joseph Lorello, recueilli par la vidéo, elle est tendue. Sa fille n'a plus donné signe de vie depuis le 31 mars — deux mois de silence. Fernande a mené sa propre enquête : la meilleure amie de Michel n'a plus de nouvelles, son employeur non plus, et son chèque de salaire de mars n'a jamais été encaissé. Michel était « gaie et joyeuse », sans tendance suicidaire. Et surtout, elle n'aurait jamais laissé sa fille Émilie, alors âgée de 5 ans, à son ex-compagnon Henry Pioni. « Elle était surprotectrice », explique le capitaine. « Le fait qu'elle ait laissé sa fille à son compagnon ne cadrait pas. »

Les policiers se rendent au domicile de Michel, cité le Caréssier à Marignane. L'appartement est vide, mais des vêtements féminins récents et des cosmétiques traînent encore. Une femme coquette ne partirait pas sans sa trousse de maquillage, note le capitaine. Sur le point de repartir, ils croisent Henry Pioni, qui entre avec sa clé. Il ne s'est pas inquiété de la disparition de Michel. « Pour lui, elle est partie, elle va revenir », raconte le policier. « Elle est habituée à partir trois jours, une semaine, un mois et demi. » Pioni est convoqué au commissariat.

Là, il livre son emploi du temps du 31 mars : dîner chez des amis avec Émilie, puis café chez sa mère à Marseille vers minuit, retour à Marignane, coucher de l'enfant. Il n'a pas vu Michel. Mais les voisins, eux, ont entendu des cris. Selon le documentaire, le voisin de palier et la voisine du dessus sont formels : vers minuit quinze, des appels au secours venant de l'appartement de Michel. Puis le silence. Une demi-heure plus tard, un bruit de porte. Personne n'a appelé la police. La voisine, curieuse, a regardé par le judas : la minuterie s'est éteinte, elle n'a vu que du noir.

Le lendemain, plusieurs témoins remarquent des griffures au visage d'Henry Pioni. Interrogé, il explique être tombé dans un champ d'asperges. Une version que les policiers jugent peu crédible. Michel avait l'habitude de griffer lors des disputes, confirment des proches. Mais il maintient que ces griffures dataient d'avant la disparition.

Les soupçons se portent rapidement sur Pioni. Selon la source, Michel avait porté plainte pour violences et avait été hospitalisée après un bain brûlant. Elle avait rédigé un testament holographe le 7 juillet 1988, confiant la garde d'Émilie à ses parents.

Après plusieurs heures de garde à vue, Pioni avoue avoir tué Michel lors d'une dispute en la frappant, puis a jeté son corps dans le canal de Martigues. Les pompiers ratissent le canal, en vain. Le corps ne sera jamais retrouvé.


Le contexte

Qui étaient les protagonistes ? Michel Moriamé, 32 ans, blonde, pétillante, surnommée « Pomponnette » dans le quartier — une femme libre, selon certains, qui avait eu de nombreux amants. Elle travaillait comme secrétaire intérimaire à la Comex, société de travaux sous-marins, où elle avait rencontré Henry Pioni. Une passion naît, puis une fille, Émilie, née le 24 janvier 1984. Mais la vie commune est orageuse. Pioni, souvent en mission, supporte mal les infidélités de Michel. Sa mère, Pia, d'origine italienne, très présente, surveille sa belle-fille. Michel se sent contrôlée. En 1985, elle quitte Marseille avec Émilie et s'installe à Marignane.

Pioni, lui, est un personnage complexe. Plongeur émérite, il a participé à une mission record à 450 mètres de profondeur. Mais un accident au large du Congo lui broie le tibia : il boîte désormais. Il rachète une laverie, mais reste marqué par la perte de son métier. Son amour pour sa fille Émilie est viscéral. L'enfant est handicapée mentale. « S'il n'y avait pas eu Émilie, je l'aurais quittée depuis des années », confie-t-il.


Le traitement judiciaire

L'affaire connaît des rebondissements dignes d'un roman. Après ses aveux, Pioni se rétracte. Il tente de se suicider en prison en s'immolant par le feu. Il s'évade. Commence alors une cavale de quatre ans. Avec Émilie, il fuit en Corse, en Sardaigne, puis au Brésil. Il vit sous de faux papiers, change d'identité. La police le recherche.

Arrêté en 1995, il est de nouveau entendu. Selon la source, il évoque spontanément la mort de Michel : « Il me raconte que un soir, lors d'une dispute, il l'a étranglée », relate un gendarme. Nouvel aveu, nouvelle version.

Le procès s'ouvre en 1996. Pioni se rétracte à nouveau. Il clame son innocence. « C'est pas moi qui ai tué Michel Moriamé. Je me suis accusé, faites de moi ce que vous voulez, mais je vous dis que ce n'est pas moi. » Le verdict tombe : 12 ans de réclusion criminelle.

La famille de la victime n'a jamais pu enterrer le corps. La vérité, elle, reste au fond de l'eau.


Sources : documentaire « Faites entrer l'accusé — Henri Pacchioni, pour les yeux d'Émilie » (YouTube).

📰Source :youtube.com

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