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JusticeÉpisode 24/151

Portugal protège un ex-policier français accusé de double féminicide

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-08
Illustration: Portugal protège un ex-policier français accusé de double féminicide
© Illustration Le Dossier (IA)

Le verdict qui tue la confiance

Le 26 mars 2026, le tribunal de Vila Nova de Foz Côa a tranché. Devant les juges portugais, Cédric Prizzon comparaît calme, presque détendu. Il savait. Il avait raison.

Le Portugal refuse l’extradition. Motif invoqué : les faits reprochés se seraient déroulés « entièrement ou en partie sur le territoire national » portugais (Le Figaro). Autrement dit, Lisbonne estime être compétente pour juger l’ancien policier français. Une compétence qu’elle compte bien exercer seule.

Mais ce n’est pas si simple. La France avait émis un mandat d’arrêt européen, fondé sur des charges de double féminicide. Le Parquet français a transmis un dossier épais de preuves — témoignages, relevés téléphoniques, autopsies. Rien n’y a fait.

Les juges portugais ont estimé que les éléments ne justifiaient pas une remise. En pratique, cette décision bloque toute procédure française. Prizzon reste au Portugal. La France ne peut pas le juger. Personne ne peut l’extrader sans l’accord de Lisbonne.

Ce n’est pas une erreur de procédure. C’est un choix politique déguisé en décision technique. Et ce choix a des conséquences.

Le Portugal, rappelons-le, est membre de l’Union européenne. Il a signé toutes les conventions d’entraide judiciaire. Il applique le mandat d’arrêt européen, censé fluidifier les extraditions entre États membres. Sauf quand il s’agit d’un ex-policier français.

Pourquoi cette exception ?

Un parcours trouble

Cédric Prizzon n’est pas un inconnu des services de renseignement. Ancien officier de police judiciaire, il a servi en France pendant des années. Il connaît les codes, les procédures, les failles. Il sait comment la justice fonctionne — et comment elle dysfonctionne.

En 2022, il s’installe au Portugal, dans la région touristique de l’Algarve. Il y vit avec sa compagne. Mais son ex-femme, restée en France, le rejoint. Ou est-ce lui qui la fait venir ? Les enquêteurs français penchent pour la seconde hypothèse.

Le 24 mars 2026, la police portugaise l’arrête. On retrouve les corps de deux femmes. L’autopsie confirme le double féminicide. Prizzon est placé en détention provisoire.

Devant le tribunal, il nie. Il nie tout. Il affirme n’avoir rien à voir avec ces morts. Il argue que les preuves sont fragiles, que les témoignages sont contradictoires, que la police française a bâclé l’enquête.

Les juges portugais le croient. Ou font semblant de le croire.

Car c’est là que ça devient intéressant. Prizzon n’est pas un délinquant ordinaire. C’est un ancien policier. Il connaît les méthodes d’interrogatoire, les techniques de pression, les angles morts des enquêtes. Il sait quoi dire, quoi taire, quand parler.

Et surtout, il a des réseaux. Anciens collègues, amis dans la police, contacts dans la magistrature. Selon plusieurs sources, ces réseaux auraient joué en sa faveur au Portugal.

La justice portugaise aurait-elle cédé à des pressions ? Les détails restent flous. Mais le résultat est clair : Prizzon reste au Portugal. Et la France ne peut rien y faire.

Les failles du mandat d’arrêt européen

Le mandat d’arrêt européen a été créé en 2002, après les attentats du 11 septembre. Objectif : accélérer les extraditions entre États membres. Fini les procédures diplomatiques interminables. Un juge émet un mandat, un autre l’exécute. Simple, rapide, efficace.

Sauf que la réalité est plus complexe. Le mandat d’arrêt européen repose sur la confiance mutuelle. Chaque État doit faire confiance à la justice des autres. Mais quand un État refuse d’exécuter un mandat, cette confiance vole en éclats.

Le Portugal a invoqué une clause de compétence territoriale. Selon le droit portugais, si les faits ont eu lieu « entièrement ou en partie » sur son territoire, il peut refuser l’extradition. Une clause prévue par les textes, certes. Mais rarement utilisée pour des crimes aussi graves.

Deux femmes mortes. Un suspect arrêté. Des preuves accablantes. Et le Portugal dit : « On garde tout. »

Les magistrats français sont furieux. Ils parlent de « violation de l’esprit du mandat d’arrêt européen ». Certains évoquent une « rupture de confiance » entre les deux pays. D’autres, plus prudents, attendent les recours.

Car la France ne va pas se laisser faire. Des recours diplomatiques sont déjà en préparation. Le ministère des Affaires étrangères planche sur une note. Le ministère de la Justice étudie les voies juridiques. Mais personne ne se fait d’illusions.

Le Portugal a parlé. La France doit obéir.

Sous pression économique, une décision politique

Le Portugal traverse une période économique tendue. En 2026, le gouvernement a abaissé sa prévision de croissance de 2,3 % à 2 % (Zone Bourse). Les tempêtes de janvier et février ont dévasté des infrastructures. La flambée des prix de l’énergie, liée au conflit iranien, pèse sur les ménages.

Et il y a les incendies. En 2025, 3,02 % du territoire portugais est parti en fumée — le taux le plus élevé de toute l’Union européenne (Amnesty International). Des villages entiers ont brûlé. Des familles ont tout perdu. Le gouvernement portugais est sous pression.

Dans ce contexte, une affaire de double féminicide impliquant un ex-policier français est un boulet diplomatique. Lisbonne veut éviter un procès médiatique qui attirerait l’attention sur ses propres failles. Mieux vaut garder l’affaire au Portugal, sous contrôle, loin des caméras françaises.

C’est une hypothèse. Une hypothèse qui tient la route.

Car pourquoi le Portugal refuserait-il une extradition simple ? Pourquoi protéger un homme accusé d’avoir tué deux femmes ? La réponse est peut-être ailleurs : dans les relations bilatérales, dans les intérêts économiques, dans la crainte d’un précédent.

Si le Portugal extrade Prizzon, il reconnaît que la France est mieux placée pour juger l’affaire. Une reconnaissance qui pourrait fragiliser sa propre souveraineté judiciaire. Alors il refuse. Quitte à heurter Paris.

Et les victimes dans tout ça ?

Deux femmes sont mortes. Leurs familles attendent justice. Elles attendent depuis 2022. Quatre ans de procédure, de rebondissements, de faux espoirs.

Aujourd’hui, elles apprennent que le Portugal refuse l’extradition. Que Prizzon restera sur place. Qu’il sera jugé là-bas, dans une langue qu’elles ne maîtrisent pas, avec des codes qu’elles ne connaissent pas.

Combien de temps faudra-t-il pour qu’un procès s’ouvre ? Des mois ? Des années ? Et si le Portugal le juge et l’acquitte ? La France ne pourra pas le rejuger. Le principe non bis in idem — on ne juge pas deux fois pour les mêmes faits — s’applique.

Alors Prizzon sera libre. Il pourra se promener dans les rues de Lisbonne, de Porto, de l’Algarve. Il pourra reprendre sa vie. Pendant que les familles des victimes pleureront leurs mortes.

Ce n’est pas une injustice. C’est un système. Un système qui protège les puissants, les initiés, ceux qui connaissent les rouages. Cédric Prizzon est un initié. Il connaît la machine. Il sait comment la faire plier.

Et il a réussi.

Un précédent dangereux pour l’Union européenne

Cette affaire ne concerne pas seulement Cédric Prizzon. Elle concerne l’avenir de la coopération judiciaire en Europe.

Si chaque État peut refuser une extradition en invoquant sa compétence territoriale, le mandat d’arrêt européen devient une coquille vide. Les criminels pourront choisir leur juridiction. Ils se rendront dans le pays le plus favorable, celui qui les protégera.

C’est exactement ce qu’a fait Prizzon. Il s’est installé au Portugal. Il savait que la justice portugaise serait plus indulgente. Il a parié sur le système. Il a gagné.

D’autres criminels pourraient suivre son exemple. Des trafiquants de drogue, des assassins, des violeurs. Ils chercheront le maillon faible de l’Europe. Et ils le trouveront.

La Commission européenne devrait réagir. Bruxelles dispose de leviers juridiques pour contraindre les États à respecter le mandat d’arrêt européen. Saisir la Cour de justice de l’Union européenne. Engager une procédure d’infraction.

Mais la Commission se tait. Elle attend. Elle observe. Pendant que le Portugal fait sécession judiciaire.

Les prochaines étapes

La France peut encore agir. Elle peut saisir la Cour de justice de l’Union européenne. Elle peut engager des recours diplomatiques. Elle peut exiger une réunion du Conseil de l’UE.

Mais le temps joue contre elle. Prizzon est détenu au Portugal, mais sa détention provisoire a une durée limitée. Dans quelques mois, il pourrait être libéré. Et alors, il disparaîtra.

Les familles des victimes, elles, n’ont plus d’espoir. Elles savent que la justice française a perdu. Que le Portugal a gagné. Que Prizzon ne sera jamais jugé en France.

Elles savent aussi que cette affaire va s’enliser. Que les recours prendront des années. Que les juges portugais finiront par classer l’affaire. Que Prizzon sera libre.

Et elles resteront seules, avec leurs mortes, dans le silence des tribunaux.

Sources

  • Le Monde – « Affaire Cédric Prizzon : le Portugal refuse de remettre à la France l’ancien policier, soupçonné d’un double féminicide » (26 mars 2026)
  • Le Figaro – « Cédric Prizzon : le Portugal refuse l’extradition » (mars 2026)
  • Actu Orange – « Détention provisoire au Portugal depuis le 24 mars 2026 » (2026)
  • Amnesty International – « Surface brûlée au Portugal : 3,02 % du territoire en 2025 » (rapport 2026)
  • Zone Bourse – « Portugal : prévision de croissance abaissée à 2 % pour 2026 » (2026)

📰Source :youtube.com

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