LE DOSSIER

Toute la vérité sur les affaires françaises

JusticeÉpisode 29/180

Liana, Rosa, Jérôme Barella : neuf mois d'inaction fatale de la justice et de la gendarmerie

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-10
Illustration: Liana, Rosa, Jérôme Barella : neuf mois d'inaction fatale de la justice et de la gendarmerie
© YouTube

Une plainte, neuf mois de silence

En août 2025, la mère de Rosa dépose plainte pour le viol de sa fille, âgée de 10 ans. Les faits se seraient déroulés dans le Gers. La mère raconte : les médecins ont pratiqué des examens. Un gynécologue a constaté une « délésion » — une lésion compatible avec des viols. Une psychologue a vu l'enfant deux fois. Les déclarations sont jugées crédibles.

Pourtant, rien ne se passe. D'après le transcript de l'émission, Barella n'est entendu « ni en garde à vue ni en audition libre » pendant neuf mois. Le parquet du Gers ne désigne la brigade de Lectoure — huit gendarmes, la plus petite unité territoriale du département — que le 9 janvier 2026. Le général Hubert Bonneau, directeur général de la gendarmerie, reconnaît dans l'émission : « C'est un échec pour la gendarmerie nationale. »

Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a présenté des excuses « au nom de l'institution judiciaire », selon le transcript. Mais la mère de Rosa témoigne : « Je pleurais tous les soirs, je couchais avec le culpabilité que je pouvais pas protéger ma fille. » Elle pose la question : « Pourquoi il faut attendre un mort pour arriver là ? »

Le général Bonneau face à ses responsabilités

Invité sur le plateau, Hubert Bonneau ne nie pas. Il parle de « traumatisme », de « faute ». Il annonce que l'Inspection générale de la gendarmerie nationale a été saisie à la demande du ministre de l'Intérieur. Il admet aussi que les gendarmes avaient accès au passif de Barella — des signalements remontant à 2017, 2020, 2022, 2024.

Le général évoque un « problème de discernement », un « problème de contrôle, d'orientation et d'exécution du service ». Il ne va pas plus loin : l'enquête administrative est en cours. Guillaume Farde, spécialiste police/justice présent sur le plateau, précise : « C'est d'abord le choix de la procureur. Elle a décidé de saisir cette unité. »

94 % de plaintes classées sans suite : le chiffre qui tue

Selon les statistiques disponibles, 94 % des plaintes pour violences sexuelles sont classées sans suite. La gendarmerie recueille « quatre plaintes par heure de mineur » en 2025. Sur les 50 500 plaintes pour violences sexuelles et viols déposées en 2025, « 65 % concernent des mineurs », selon le general Bonneau. Il indique aussi que la gendarmerie a 14 000 procédures en stock pour violences sur mineurs. Le ministre de la Justice, lui, annonce 70 000 dossiers de violences sur enfants à revoir. Un gel de 411 postes est prévu l'année suivante dans la justice.

Les chiffres de l'Institut pour la justice ajoutent qu'en moyenne, les peines prononcées représentent 20 % du maximum prévu par le code pénal. La condamnation moyenne pour viol sur mineur est de moins de 7 à 8 ans, alors que la loi prévoit 20 à 30 ans. Les peines inférieures à un an ne sont souvent pas exécutées. En 2009, toutes les peines de moins de deux ans étaient automatiquement non exécutées.

Les magistrats et le corporatisme du CSM

Le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) est mis en cause. Selon les données disponibles, 115 saisines en 10 ans, 51 sanctions, 30 % d'exclusions. Un juge d'instruction sanctionné par un simple abaissement d'échelon après avoir traité trois dossiers en trois ans (191 en attente). L'affaire Elias : un rapport concluant à des défaillances graves, sans conséquences. Le téléphone de Monsieur Pelicot non inspecté malgré un signalement.

Les magistrats sont les seuls agents publics minoritaires dans leur instance disciplinaire. L'Office central de lutte contre les violences faites aux personnes (OFMIN) ne compte que 100 personnes pour traquer les pédocriminels en ligne.

La mère de Rosa : un cri qui porte

Dans l'émission, la mère de Rosa prend la parole. Elle dit : « Je pleurais tous les soirs, je couchais avec le culpabilité que je pouvais pas protéger ma fille. » Elle a tout fait : plainte, examens, signalements. Et pourtant, Barella est resté libre.

Le général Bonneau répond : « J'entends la colère d'une mère. J'ai une pensée pour Liana, pour sa famille, pour Rosa. » L'avocat de la mère se montre acerbe : « Il y a des enquêteurs paresseux, des vrais fainéants, des magistrats qui travaillent quatre fois moins que leurs collègues. » Le taux d'élucidation pour les violences sexuelles n'est que de 55 %.

La question du fichage

Barella, sans condamnation, était-il suffisamment « fiché » ? Selon le général, les gendarmes avaient accès au « passif énorme » de l'homme via les fichiers. Mais les signalements non judiciarisés (comme ceux de l'Éducation nationale) n'y figuraient pas.

L'onde de choc

Le ministre de l'Intérieur, Sébastien Lecornu, a mandaté l'Inspection générale de la gendarmerie. Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, a présenté des excuses. Mais les chiffres sont là : 94 % de classement sans suite, 14 000 dossiers en attente, 70 000 à revoir, 100 enquêteurs pour traquer les pédocriminels en ligne.

Sources

  • Transcript de l'émission spéciale sur LCI

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

📬

Ne manquez aucun scandale

Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.

Les autres épisodes de ce dossier

Voir tout le dossier →

Épisode 17 · 2026-03-31

DZ Mafia : le silence qui tue

Épisode 29 · 2026-06-10

Liana, Rosa, Jérôme Barella : neuf mois d'inaction fatale de la justice et de la gendarmerie

Épisode 31 · 2026-04-07

DZ Mafia : Le sang et les écrans

Sur le même sujet