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Justine Jotam : la conseillère municipale qui a poignardé son compagnon endormi

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-11
Illustration: Justine Jotam : la conseillère municipale qui a poignardé son compagnon endormi
© YouTube

4h10, l'appel qui change tout

Dunkerque, dimanche, 4h10. Justine Jotam, 37 ans, sort de chez elle. Sa fille de 20 mois dans les bras. Elle appelle la police. Son récit est précis : des cambrioleurs se sont introduits dans la chambre conjugale, ont réveillé le couple. Elle a fui avec le bébé. Son compagnon, lui, est resté.

Les policiers arrivent. Justine dehors, l'enfant blottie contre elle. Dedans, la chambre montre une autre scène — Patrice Charlemagne mort, poignardé. À quelques mètres, les enquêteurs découvrent deux couteaux ensanglantés, une paire de gants, une lampe torche, un ordinateur. Rien de volé, aucune effraction. Le scénario du cambriolage interroge immédiatement.

Jacqueline Gaban, une amie du club de lecture, raconte : « Quand on m'a expliqué comment elle avait fait pour s'échapper, ça m'a vraiment interpellé. J'ai pas cru du tout. » Très vite, les enquêteurs relèvent des incohérences. Des contradictions dans la version de Justine. Et puis, il y a cette coupure sur sa main gauche. Elle correspond exactement à l'entaille sur un des gants retrouvés. Un détail qui ne trompe pas. Voilà.


Les gants, les couteaux, la coupure — les preuves qui ne mentent pas

Les objets sont là : deux couteaux, une paire de gants, une lampe torche, un ordinateur. Dispersés près de la maison. Trop propres, trop arrangés. Les enquêteurs les examinent. Sur un gant, une entaille nette. Sur la main gauche de Justine Jotam, une coupure identique. C'est le premier maillon de la chaîne.

« Elle s'est expliquée et a reconnu avoir porté des coups de couteau à son mari », a déclaré la procureure de la République de Dunkerque, Charlotte Huette. Le mercredi suivant le drame — deux jours après l'appel — Justine Jotam est placée en garde à vue. Dans la nuit, elle craque. Elle avoue : le cambriolage était une mise en scène. C'est elle qui a poignardé Patrice Charlemagne.

La qualification d'assassinat est retenue. Meurtre avec préméditation. « C'est encore plus grave qu'on pouvait le penser, explique la procureure. On pouvait très bien penser à une espèce de folie ou de colère immédiate. Or là manifestement c'est prémédité. » La préméditation alourdit la peine. La détention provisoire est ordonnée.

L'avocate de Justine Jotam livre une déclaration minimaliste : « Ma cliente est effondrée à l'heure actuelle. Elle a coopéré avec les services de police pendant sa garde à vue et continuera à coopérer avec le juge d'instruction. » Interrogée sur la petite fille, elle répond : « Sa lumière. C'est sa lumière. » Rien de plus.


« Un couple modèle » — les SMS qui disent l'inverse

Patrice Charlemagne, 51 ans, professeur agrégé d'allemand et de néerlandais, chef de département universitaire. Justine Jotam, docteure et maître de conférences en littérature, autrice de romans jeunesse, créatrice du festival local de littérature jeunesse, conseillère municipale. Deux « grosses têtes », comme dit un ami.

Ils se rencontrent en 2016. En réalité, Justine avait déjà interviewé Patrice en 2014 pour un article. « On avait beaucoup apprécié sa rencontre avec Justine, raconte Patrick Fabre, ami de Patrice depuis 25 ans. On avait affaire à deux personnes du même esprit, très brillant, très actif. On s'était dit : ils sont faits l'un pour l'autre. »

Ils s'installent dans une maison avec un grand jardin. Patrice se découvre une passion pour le potager. Il compose des musiques au conservatoire. Justine anime des ateliers de lecture. Début 2022, un heureux événement : la naissance de leur fille. « C'était la famille heureuse, rayonnante, se souvient Jacqueline Gaban. Un bébé hyper désiré. Je ne comprends pas. On lit ça dans les romans, mais dans la réalité… »

Pourtant, derrière cette façade — des SMS de vives tensions au sein du couple. Des échanges tendus, des disputes. Selon un proche, le comportement de Justine aurait changé après la naissance de sa fille. Elle aurait développé une relation fusionnelle avec l'enfant. Au point que Patrice aurait envisagé une séparation. Information invérifiable à ce stade, mais qui jette une lumière crue sur le drame.

Marie Sapiras, ex-compagne de Patrice, est formelle : « Lui, violent ? Impossible. Même devant un film de violence, il pouvait avoir les larmes. Il fuyait les problèmes. » Elle l'a connu six ans. Elle le décrit comme un homme doux, pacifique. Alors, quel était le secret du couple ? Pourquoi Justine Jotam a-t-elle basculé ?


Le profil de l'accusée : autrice, universitaire, élue — une vie publique, une ombre privée

Elle publie des romans pour la jeunesse. Invitée dans des salons littéraires, à la 12e Nuit du livre. Sur le plateau, elle se décrit comme « une grande rêveuse, un peu maladroite, pas forcément à l'aise avec les choses très carrées, l'administratif ». Elle avoue même : « Je fais faire mes papiers par mon compagnon. »

Une dépendance assumée. Mais aussi une carrière en pleine ascension. Maître de conférences, elle enseigne la littérature. Conseillère municipale à Dunkerque, elle siège dans l'opposition ou la majorité — peu importe. Elle est connue, appréciée. « À chaque fois qu'elle faisait quelque chose, il y avait du monde », témoigne une connaissance.

Pourtant, le double visage se révèle. Le mercredi de la garde à vue, elle avoue avoir tué son compagnon de trois coups de couteau pendant qu'il dormait. Elle a simulé un cambriolage. Elle a pris le temps de planifier. La procureure le répète : « C'est prémédité. » Ce n'est pas un crime passionnel spontané. C'est un assassinat froid. Et pourtant.

Son avocate ne commente pas. Les proches sont sous le choc. « On a du mal à se dire que dans la réalité, ça peut exister », souffle Jacqueline Gaban. La suite est édifiante : Justine Jotam est incarcérée à la maison d'arrêt. Elle reste présumée innocente. Mais les preuves sont là.


La parole des proches : incrédulité et questions sans réponses

Patrick Fabre sort des photos. « Là c'est Patrice, là c'est moi. Le professeur bien installé, cravate, et lui le jeune dynamique. » Il se souvient de leur première rencontre avec Justine. « On s'est dit : ils sont faits l'un pour l'autre. » Aujourd'hui, il cherche des réponses. « Il ne s'était jamais confié à moi sur des problèmes avec Justine. Est-ce que ça aurait été le genre de personne à le faire ? Je pense que oui. »

Marie Sapiras, l'ex-compagne, est catégorique. « Il ne battait pas sa femme. C'est impossible. » Elle raconte un homme qui fuyait les conflits. « Combien de fois je lui disais : Patrice, il y a un problème, on en parle. Mais non, il préférait fuir. » Alors quoi ? Une dispute ? Une crise ? Les SMS montrent des tensions, mais rien qui laisse présager un meurtre.

Jacqueline Gaban, l'amie du club de lecture, est la plus perplexe. « J'ai appris la nouvelle par un coup de téléphone lundi matin. On m'a averti que Patrice était décédé et qu'ils avaient été cambriolés. J'ai réagi bizarrement. » Elle n'a pas cru au cambriolage. « Je me demandais ce qui s'était passé. » Elle ne sait toujours pas.

Les questions restent en suspens. Pourquoi Justine a-t-elle tué l'homme qu'elle aimait ? La préméditation suggère une intention construite. Mais quel mobile ? La jalousie ? La peur de perdre sa fille ? Un différend sur la garde ? Les enquêteurs fouillent les échanges. Les SMS. Les comptes. Rien n'est encore public.


Assassinat : la préméditation qui alourdit le dossier

Assassinat. Meurtre avec préméditation. La procureure Charlotte Huette le martèle : « La qualification d'assassinat a été retenue par le parquet, c'est-à-dire le meurtre avec préméditation. » En droit français, l'assassinat est puni de la réclusion criminelle à perpétuité. Justine Jotam encourt la peine maximale.

La préméditation se déduit des éléments : la mise en scène du cambriolage, l'achat ou la préparation des couteaux ? On ne sait pas encore. Mais le simple fait d'avoir simulé un crime montre une volonté de dissimulation. « C'est beaucoup plus inquiétant pour elle au final », commente la procureure. Voilà.

L'instruction est en cours. Le juge d'instruction va devoir déterminer le mobile exact. Les proches espèrent comprendre. « On lit ça dans les romans, mais dans la réalité… », répète Jacqueline. La réalité dépasse la fiction. Justine Jotam, autrice de romans jeunesse, a écrit le scénario de son propre drame. Un scénario sanglant.

La petite fille de 20 mois est désormais orpheline de père. Sa mère est en prison. « Sa lumière », disait l'avocate. Une lumière qui s'est éteinte dans le sang.

À suivre.

📰Source :youtube.com

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