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Booba condamné : 4 tweets, 929 morts de froid — le même système

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-06
Illustration: Booba condamné : 4 tweets, 929 morts de froid — le même système
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Quatre tweets, des milliers de salves

Janvier 2024. Linh‑Lan Dao — journaliste à France Télévisions — publie un article de fact‑checking sur Franceinfo.fr. Elle démonte un lien présumé entre le vaccin contre la Covid‑19 et la maladie de Creutzfeldt‑Jakob. Rien de polémique, juste un état des lieux scientifique. Une routine. Sauf que la cible est Booba.

Le rappeur, 6 millions d’abonnés sur X, réplique quatre tweets. Pas des critiques argumentées — des insultes. Il capture la photo de la journaliste, la diffuse, la ridiculise. « À votre avis, elle est à combien de doses, celle‑là ? » Sur un autre cliché, il écrit « strip‑poker autour d’un wok de légumes ». Le wok de légumes : une plaisanterie raciste sur ses origines asiatiques.

Le tribunal correctionnel de Paris jugera le caractère essentialisant de cette expression. La victime est réduite à son seul statut de femme asiatique. Booba ne s’arrête pas là. Il interagit avec ses abonnés, commente leurs messages haineux, les encourage. « Il savait très bien ce qu’il faisait », explique Linh‑Lan Dao.

Les conséquences immédiates : des centaines de messages racistes et sexistes. « Elle a dû checker la tub’ », « la chinoise », « une nem », « ça se voit, elle a une glotte » — la fange numérique déferle. La journaliste raconte : « Je suis taguée dans les commentaires. Booba interagit avec ces personnes. » La meute est lancée. Et la meute ne déchire pas un tweet, elle déchire une vie.


« Wok de légumes » : le racisme banalisé

Linh‑Lan Dao porte plainte en avril 2024. Soutenue par son employeur, accompagnée par l’avocate de France Télévisions, elle dépose une main courante puis une plainte. Le parquet ouvre une enquête. Booba est entendu. Il déclare aux policiers qu’il n’est « pas un gourou ». Il nie toute responsabilité dans le harcèlement. « Je ne suis pas responsable de ce qui se passe », affirme‑t‑il.

Le jugement le contredit. Le tribunal considère qu’« il avait conscience du phénomène de meute déclenché ». Il souligne son exposition délibérée et répétée, ses interactions avec les harceleurs. « Il ne pouvait ignorer l’impact de ses messages et la nature des réactions qu’il entraînerait. » La condamnation tombe : injure raciste et cyberharcèlement. 30 000 euros d’amende, trois mois de prison avec sursis, et 4 000 euros de dommages et intérêts à la journaliste.

Mais Booba fait appel. La procédure repart pour plusieurs années. « Je me prépare mentalement à ce que cela dure encore trois ou quatre ans », confie Linh‑Lan Dao. (Les documents en attestent : l’appel a été interjeté en mars 2025.)

Pourquoi cette affaire dépasse‑t‑elle le cas individuel ? Parce que le racisme anti‑asiatique reste largement invisibilisé. « On le minimise, on le tourne en dérision, on le qualifie d’humour », dénonce la journaliste. Or, rappelle‑t‑elle, « l’humour raciste reste quelque chose d’illégal ». Le tribunal l’a reconnu. Booba lui‑même a admis l’avoir ciblée parce qu’elle était d’origine asiatique. Le ciblage ethnique est établi.

Les études le confirment : les femmes racisées sont les premières victimes de cyberharcèlement. « Mon avocate m’a dit : vous portez plusieurs cibles dans le dos — journaliste, femme, asiatique. » Les conséquences ? Stress post‑traumatique, antidépresseurs, peur de publier. Linh‑Lan Dao a dû se mettre en retrait de X après le procès.


Une condamnation avec appel : l’attente

Le jugement n’est pas définitif. Booba a fait appel. C’est la règle. Mais le message judiciaire est clair : la liberté d’expression a des limites. « Il ne peut pas se retrancher derrière la blague », insiste la journaliste. Les magistrats ont qualifié les propos de « discriminatoires » et « essentialisants ».

Linh‑Lan Dao, elle, relativise sa « victoire » : « On ne se réjouit jamais de la condamnation de quelqu’un. Mais la justice a reconnu que c’était plus que quatre tweets. » Elle espère que son procès servira d’exemple. D’autres victimes de Booba — Magali Berdah, Nad Adam — ont déjà porté plainte. L’association des Journalistes Antiracistes et Racisés (JAR) l’a soutenue physiquement aux audiences.

« C’est presque un devoir », dit‑elle. Mais le coût est élevé : fatigue psychologique, temps, argent. « Tout le monde n’a pas les moyens de se payer un avocat », rappelle‑t‑elle. Une pique contre le système judiciaire, souvent inaccessible aux victimes sans ressources.


929 morts sur le bitume

2 juin 2025, Paris. Le collectif Les Morts de la rue organise son hommage national. 929 noms sont lus. 929 sans‑abris morts en 2025 — un chiffre provisoire. « Un bébé de trois mois et demi », « un homme de 83 ans dans sa voiture », « une femme de 48 ans, intoxication », « une autre, cancer à 30 ans ». Des vies, pas des statistiques.

Les témoignages s’égrènent, glaçants. Un proche : « Personne ne m’a demandé des nouvelles. » Un ancien SDF, 25 ans de rue : « Ce n’est pas normal qu’à notre époque, il y ait autant de morts. Le gouvernement doit prendre ses responsabilités. » Une fillette sans liens, un corps retrouvé sur un parking de supermarché. La rue tue, et elle tue plus jeune : tuberculose, cancer, suicides. 929, c’est le nombre de vies broyées par l’absence de logement, de soins, de dignité.

Le collectif réclame des mesures urgentes : hébergement inconditionnel, prévention sanitaire, suivi social. « Zéro SDF à la fin de mon mandat », avait promis un président. La réalité est là : 2025 est une année record de morts.


L’ARS, La Poste, les fiertés : la France qui lutte

La même semaine, 250 personnes se rassemblent devant l’Agence Régionale de Santé (ARS) pour contester le plan de restructuration de la polyclinique Peau Pyréné. 161 suppressions de postes, fermeture des urgences, de l’oncologie, de la maternité. « 900 naissances par an, comment fera‑ton demain ? » interroge une soignante.

Les salariés racontent : arrêts de travail, nuits sans sommeil, angoisse. « Derrière le chiffre, il y a des vies. » Ils refusent que la santé soit traitée comme un dossier comptable. « La santé n’est pas une ligne budgétaire. » La mobilisation dure depuis mars 2025. Pas de réponse de l’ARS, selon les correspondants citoyens.

À Tarbes, les postiers étaient en grève le 26 mai : 40 % de grévistes. Ils ont obtenu des moyens supplémentaires après négociations, mais pas toutes leurs revendications. « La direction a entendu une partie des demandes », indique un syndicaliste. Le combat continue.

Et les marches des fiertés rappellent les discriminations LGBT en milieu rural. 15 000 personnes à la Pride des Banlieues à La Courneuve le 6 juin. Le mot d’ordre : un logement digne pour tous. Les questions restent sans réponse. Pour l’instant.


Le lien invisible

Booba condamné, 929 morts, 161 licenciements, inégalités territoriales. Quatre faits distincts, et pourtant un même fil rouge. Le mépris des plus fragiles. Les puissants — influenceur, multinationale, É

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