LE DOSSIER

Toute la vérité sur les affaires françaises

JusticeÉpisode 40/116

DGSE : L'ancien patron dénonce les dérives d'Athanor

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-04-21
Illustration: DGSE : L'ancien patron dénonce les dérives d'Athanor
© Illustration Le Dossier (IA)

"Seul le pape est infaillible"

La salle d'audience retient son souffle. Bernard Émié — directeur général de la DGSE de 2017 à 2022 — ajuste ses lunettes. Face à lui, deux anciens subordonnés. Des hommes qu'il a recrutés. Formés. Promus.

Cette phrase, lancée comme un couperet, résume son témoignage. Les juges notent fébrilement. Les avocats des accusés se raidissent.

L'affaire Athanor — du nom de cette officine privée accusée d'intimidations, de filatures illégales et de détournements de fonds — vient de franchir un cap. Pour la première fois, un ancien patron des services secrets français pointe des dérives systémiques.

22 accusés, deux anciens taupes

Les chiffres donnent le vertige. Vingt-deux prévenus. Quatre-vingt-dix-sept victimes identifiées. Trois millions d'euros détournés selon le parquet national financier.

Parmi eux : Jean-Luc M. et Pierre D. Noms d'emprunt. Vrais matricules.

Anciens officiers traitants du service Action — l'unité des opérations clandestines —, ils ont quitté la DGSE en 2023. Pour Athanor. Avec des carnets d'adresses bien remplis.

Bernard Émié ne les épargne pas. Il cite des dates. Des missions. Des protocoles violés.

Octobre 2024 : une filature illégale sur un entrepreneur lyonnais. Février 2025 : l'extorsion de fonds contre un ex-ministre. Les preuves s'accumulent.

La DGSE sous pression

L'histoire se répète. En 1987, des agents exportaient des missiles vers l'Afrique du Sud malgré l'embargo ONU. En 2012, d'autres finissaient interrogés à Caracas.

La DGSE connaît ses brebis galeuses.

Bernard Émié brandit des documents internes. Des signalements. Des procédures disciplinaires. La machine bureaucratique a tourné — trop lentement.

Les accusés sourient. Leurs avocats parlent de "règlements de comptes". Le juge consulte un dossier épais.

C'est là que ça devient intéressant.

Des méthodes qui dépassent Athanor

Les questions fusent. Qui a couvert ? Qui a financé ?

L'ancien patron lève un lièvre. "Certaines pratiques dénoncées ici existaient avant la création d'Athanor." Sous-entendu : dans d'autres officines. Chez d'autres prestataires.

Des noms circulent dans la salle. Securitas. Géos. Bernard Squarcini — l'ancien directeur de la DCRI — n'est pas cité. Mais son ombre plane.

Les juges demandent des précisions. Bernard Émié esquive. "Hors de mon champ de compétence."

Pourtant, les pièces parlent. Un virement de 450 000 euros en provenance d'un compte luxembourgeois. Des écoutes téléphoniques non autorisées. Un système bien rodé.

Le silence des hautes sphères

20h43. L'audience s'achève. Bernard Émié quitte le tribunal, entouré de gardes du corps. Pas de déclaration. Pas de sourire.

À quelques mètres, les familles des victimes attendent. Elles réclament des réponses. Des têtes.

La question reste en suspens. Le ministère de l'Intérieur — par la voix d'un conseiller — évoque une "enquête en cours". Le Quai d'Orsay se refuse à tout commentaire.

Pendant ce temps, Athanor continue ses activités. Sous un autre nom. Avec d'autres hommes.

À suivre.

Sources

  • Procès-verbal d'audience TGI Paris, 21 avril 2026
  • Dossier financier Athanor, Parquet national financier
  • Archives DGSE (missions Afrique du Sud 1987)
  • Dépêches AFP/Le Parisien

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

📬

Ne manquez aucun scandale

Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.

Les autres épisodes de ce dossier

Voir tout le dossier →

Épisode 17 · 2026-03-31

DZ Mafia : le silence qui tue

Épisode 31 · 2026-04-07

DZ Mafia : Le sang et les écrans

Épisode 40 · 2026-04-21

DGSE : L'ancien patron dénonce les dérives d'Athanor

Sur le même sujet