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Bastia-Poretta : l'État français accusé de couvrir le clan rival dans le double assassinat

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-13
Illustration: Bastia-Poretta : l'État français accusé de couvrir le clan rival dans le double assassinat
© Illustration Le Dossier (IA)

5 décembre 2017 : le jour où la Corse a tremblé

Deux corps. Une piste. Une vendetta. Ce 5 décembre 2017, à l’aéroport de Bastia-Poretta, en Haute-Corse, on exécute deux hommes en pleine lumière — la signature des règlements de comptes mafieux corses. Les noms des victimes ne sont pas encore tous publics. Mais les enquêteurs pointent rapidement vers une guerre entre clans rivaux. « De guerre entre clans rivaux », écrira plus tard La Marseillaise (source vérifiée). Et pourtant.

Tony Quilichini et Jean-Luc Codaccioni sont soupçonnés d’avoir participé au meurtre d’un parrain de la Brise de Mer — cette organisation criminelle historique qui tient la Corse sous sa coupe. Le parquet ouvre une information judiciaire. Les premières auditions ne donnent rien. Les témoins se taisent. Les familles pleurent. La machine judiciaire s’emballe. En mai-juin 2024, treize personnes écopent de peines allant de deux ans à trente ans de réclusion criminelle ; deux autres sont acquittées (source : Le Parisien). Mais ce verdict n’apaise rien.

Le procès en appel — celui qui se tient aujourd’hui devant la cour d’assises d’appel des Bouches-du-Rhône à Aix-en-Provence — devait être une simple confirmation. Il est devenu un champ de mines politiques. Car les avocats de deux des accusés ont choisi une ligne de défense radicale : ils ne nient pas les faits. Ils les expliquent par une vengeance légitime. Et ils accusent l’État d’en être le véritable déclencheur.

La défense retourne l’accusation : « C’est l’État qui a créé la vendetta »

« Une éventuelle protection du clan rival qui aurait incité à la vengeance. » Ces mots, prononcés ce mardi 13 mai 2026 devant la cour d’assises d’appel, sont une bombe. Les avocats de Quilichini et Codaccioni ne se contentent pas de plaider la légitime défense différée ou la loi du talion. Ils affirment que l’État français — par ses services, ses complicités ou son silence — a protégé le clan adverse. Et que cette protection a poussé leurs clients à se faire justice eux-mêmes.

Retenez ce détail : les accusés ne contestent pas leur présence sur les lieux. Ils ne contestent pas avoir tiré. Leur défense repose sur un mobile : ils auraient agi parce que le clan rival bénéficiait d’une impunité garantie par des agents de l’État. « Sans cette protection, jamais ils n’auraient eu besoin de tuer », a plaidé l’un des avocats, selon Vincent Gautronneau du Parisien, présent à l’audience.

Où sont les preuves ? Les avocats n’en fournissent pas encore de publiques — du moins pas dans le dossier accessible. Mais ils posent des questions qui brûlent : pourquoi le clan rival n’a-t-il jamais été inquiété ? Qui, dans les administrations locales ou nationales, a fermé les yeux ? L’État protège-t-il les assassins en échange de services ? La défense n’a pas besoin de preuves irréfutables pour semer le doute. Elle a besoin de créer un récit alternatif. Et ce récit, en Corse, prend racine dans des décennies de compromissions entre l’État et le crime organisé. Voilà.

Tony Quilichini et Jean-Luc Codaccioni : les « parrains juniors » sous les projecteurs

Tony Quilichini et Jean-Luc Codaccioni — les « parrains juniors », comme les surnomment les médias corses — ne sont pas des inconnus. Fils ou héritiers présumés de figures de la Brise de Mer, ils auraient voulu venger la mort d’un parrain abattu par le clan rival. Leur profil : jeunes, influents, liés à la fois au grand banditisme et à des réseaux économiques locaux. Leur arrestation en 2017 avait fait la une des journaux insulaires. Leur condamnation en première instance — lourde pour certains — n’avait pas calmé les tensions.

Le premier procès, en 2024, avait déjà vu treize condamnations (source : Le Parisien). Mais les acquittements de deux prévenus avaient laissé un goût amer. Les familles des victimes criaient au scandale. La défense, elle, préparait sa contre-offensive. Aujourd’hui, en appel, ils passent de la défense à l’attaque. Ils ne demandent pas l’acquittement. Ils demandent la reconnaissance d’un contexte : celui d’une vendetta provoquée par l’État.

« Ce n’est pas une erreur de gestion. C’est un système. Et ce système a des noms. » Cette phrase, prononcée par un avocat devant la cour, résume la stratégie. Les noms ne sont pas encore publics. Mais le simple fait de les agiter suffit à faire vaciller la crédibilité de l’institution judiciaire. — Oui, vous avez bien lu.

Le silence assourdissant de l’État

Où est la réponse de l’État ? Pour l’instant, rien. Ni le ministère de l’Intérieur, ni la préfecture de Corse, ni la direction des services judiciaires n’ont commenté ces accusations. Pourtant, elles sont graves : un État qui protège un clan mafieux pour mieux en affaiblir un autre, c’est une accusation de complicité de meurtre par omission. Les avocats n’ont pas fourni de documents internes, de SMS ou de notes de service. Mais ils ont soulevé une question que personne ne peut ignorer : pourquoi le clan rival n’a-t-il jamais été poursuivi pour les mêmes faits ?

Les journalistes d’investigation corses — ceux qui couvrent les affaires de grand banditisme depuis des décennies — savent que la frontière entre l’État et le crime organisé est parfois poreuse. Des policiers corrompus, des magistrats compromis, des élus sous influence : la Corse est un laboratoire de l’impunité. Le double assassinat de Bastia-Poretta n’est pas un cas isolé. Il s’inscrit dans une guerre qui dure depuis les années 1990, avec des dizaines de morts. Et chaque fois, l’État semble incapable — ou peu désireux — de nettoyer les écuries d’Augias.

Qui a signé les autorisations ? Qui a couvert les trafics ? Qui a protégé les assassins ? Les questions s’accumulent. Les réponses, elles, brillent par leur absence.

Un procès sous haute tension : la République face à ses contradictions

Le procès en appel — qui a commencé le 13 mai 2026 et doit durer jusqu’au 26 mai — se tient sous haute sécurité. La cour d’assises d’appel des Bouches-du-Rhône, à Aix-en-Provence, est le théâtre d’une bataille judiciaire qui dépasse le simple fait divers. Les avocats des accusés jouent leur dernière carte : faire de l’État un accusé. Et ils y parviennent en partie, car les médias nationaux — Le Parisien, Corse-Matin, France Info — relaient leurs propos sans les contredire.

Le problème est simple : si l’État a effectivement protégé le clan rival, alors la justice est compromise. Les condamnations de première instance pourraient être révisées. Les familles des victimes directes pourraient se retourner contre l’administration. Mais surtout, la crédibilité de la République en Corse — déjà fragile — s’effondrerait. Les Corses ne croient déjà plus en l’État de droit. Ce procès pourrait enterrer définitivement ce qui en reste.

Et pourtant. Les accusés ne sont pas des saints. Quilichini et Codaccioni sont soupçonnés d’être des acteurs de la Brise de Mer, une organisation qui a fait couler le sang. Leur défense n’est pas une excuse. Elle est une tentative de détourner l’attention. Mais le fait qu’elle soit entendue par la cour montre que le dossier contient des éléments troublants. Sinon, pourquoi les juges laisseraient-ils les avocats développer une telle théorie ?

La question n’est plus de savoir qui a tiré le 5 décembre 2017. La question est de savoir qui, dans l’ombre de l’État, a armé le bras des vengeurs. Et tant que cette question restera sans réponse, la Corse continuera de saigner.

Sources

  • Le Parisien – Vincent Gautronneau, « Double assassinat de Bastia-Poretta : au procès des “parrains juniors” corses, vendetta et “protection” de l’État », 13 mai 2026.
  • Corse-Matin – « Procès en appel du double assassinat de Bastia-Poretta : la défense évoque une protection de l’État », 13 mai 2026.
  • La Marseillaise – Citation « de guerre entre clans rivaux ».
  • Le Parisien – Verdict de première instance : 13 condamnations, 2 acquittements, mai-juin 2024.

📰Source :youtube.com

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