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JusticeÉpisode 18/183

Agent Orange : 17 ans de combat d'une Franco-Vietnamienne contre Monsanto — le procès historique en France

Par la rédaction de Le Dossier · 2024-06-16
Illustration: Agent Orange : 17 ans de combat d'une Franco-Vietnamienne contre Monsanto — le procès historique en France
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80 millions de litres. C'est ce que l'armée américaine a déversé sur le Vietnam entre 1961 et 1971. Vingt pour cent des forêts du Sud Vietnam transformées en désert toxique. Trois millions de victimes directes — selon la Croix-Rouge vietnamienne.

Une femme de 84 ans tient tête aux multinationales. Trân Tố Nga, Franco-Vietnamienne, ancienne journaliste et résistante, a été exposée au poison en 1966. Ses trois filles sont nées avec des malformations. Son combat judiciaire contre Monsanto, Dow Chemical et Hercules ? Il dure depuis dix-sept ans.

Le 16 juin 2024, la Cour de cassation à Paris examine son pourvoi. C'est la dernière chance judiciaire en France. Et ce n'est pas rien. Les États-Unis indemnisent leurs vétérans. Les Vietnamiens, eux, attendent toujours.

La scène du nuage blanc

Trân Tố Nga raconte l'instant précis. Elle est dans un abri souterrain près de Saïgon, avec sa mère, présidente de l'Union des femmes de la Libération du Sud Vietnam. « J'ai entendu survoler sur notre tête un avion », dit-elle dans l'entretien accordé à Blast. « Par curiosité, j'étais montée. »

Elle voit l'appareil. Il laisse derrière lui un nuage blanc. « Ce nuage blanc là, c'était descendu très rapidement », explique-t-elle. « Ça m'a douché. » La substance gluante la fait tousser, suffoquer. Sa mère lui crie : « Va te baigner. »

Sur le moment, elle ne comprend pas. « On pensait toujours que ça tue la végétation, mais ça n'attaque pas les personnes », confie-t-elle. Elle écrit chaque jour les actualités. Elle mentionne les défoliants. Personne ne sait.

Son premier enfant naît avec une malformation cardiaque — quatre défauts. « Je me disais toujours que je suis une mauvaise mère », avoue-t-elle. La petite survit dix-sept mois. Les religieuses refusent de l'emmener en Suisse pour l'opérer. « Elle est trop grièvement blessée le cœur. »

Trente ans de remords. Jusqu'en 2008, quand elle rencontre les victimes de l'agent orange. Le lien s'impose.

Un procès inédit en France

  1. Trân Tố Nga dépose plainte au tribunal d'Évry. Elle attaque trois multinationales : Monsanto, Dow Chemical, Hercules. Le but ? Faire reconnaître leur responsabilité dans le désastre sanitaire et environnemental.

« C'est un procès au civil », explique Tom, membre du collectif Vietnam Dioxine, dans l'interview. « Le but, c'est de créer une jurisprudence. » Que n'importe quelle victime puisse attaquer une entreprise étrangère.

Neuf audiences de mise en état. Sept ans d'instruction. À la septième audience, la présidente du tribunal pose une question : « Voulez-vous faire hors tribunal en confidentiel ? » Une négociation secrète. Les multinationales proposent de l'argent en échange du silence.

Trân Tố Nga refuse. « Ce n'est pas l'argent qui nous intéresse », dit-elle. « C'est de faire connaître dans le monde entier le crime. »

2021 : première instance. Rejet. Les avocats des firmes plaident la légitime défense. « Les États-Unis agissaient au titre d'un service public », selon eux. La faute de Trân Tố Nga ? Être dans la jungle enceinte.

7 mai 2024 : cour d'appel de Paris. Nouveau rejet. La date est symbolique — anniversaire de la victoire contre la France coloniale. La cour juge que la juridiction française n'est pas compétente.

Pourvoi en cassation. Audience le 16 juin 2024.

Le double standard américain

Les États-Unis reconnaissent les maladies liées à l'agent orange. Chez leurs vétérans, quinze à vingt pathologies sont listées. Des pensions mensuelles sont versées. Les multinationales ont déjà payé : 180 millions de dollars aux victimes américaines dans les années 80. — condition — silence définitif.

« Les victimes américaines ont reçu 180 milliards de millions de dollars », précise Trân Tố Nga. « Ils ont bouché cousu. »

Les Vietnamiens, eux, ont porté plainte aux États-Unis dans les années 2000. La Cour suprême américaine a jugé que l'agent orange n'était pas un poison. Crime de guerre ? Crime contre l'humanité ? Pas retenu.

« Double standard », résume Tom. « Si les victimes états-uniennes ont droit à être reconnues, et pas les victimes vietnamiennes. »

La dioxine, poison surdosé

L'agent orange est composé de deux herbicides : 2,4,5-T et 2,4-D, à 50-50. La dioxine est un déchet de fabrication. Un déchet volontairement surdosé, selon les experts. « À des fins mortifères et lucratives », selon la vidéo.

Les conséquences ? Cancers, malformations congénitales. Transmissibles de génération en génération. « Ces enfants font partie de la 4e génération », dit l'interview. « Il y en aura sans doute une 5e. »

Les États-Unis ont déversé sur vingt pour cent des forêts. Quatre cent mille hectares de terres agricoles ruinées. Un tiers des mangroves détruites. Le terme « écocide » est inventé en 1970 par le biologiste Arthur Galston pour décrire l'impact.

La mémoire et la mobilisation

25 avril 2023. Une stèle mémorielle est inaugurée au parc des Choisis, à Paris. Pour les victimes de l'agent orange. « La question mémorielle est très importante », insiste Tom.

5 octobre 2023. La Belgique vote une résolution à l'unanimité. Premier pays au monde à reconnaître officiellement les victimes. « On espère que ce travail puisse être fait en France », ajoute-t-il.

Le 20 juin 2024, un rassemblement est prévu à Bastille. « Contre le colonialisme chimique », avec les victimes du chlordécone — 90 % de la population contaminée en Martinique, selon les chiffres cités. Procès en appel le 22 juin. Unité des luttes.

« On ne peut pas fermer les yeux devant toutes les victimes », conclut Trân Tố Nga.

Le cœur humain

Elle écrit un livre en 2013. « La Terre Sanglante », aux éditions Stock. Un deuxième est en préparation. « À la recherche du cœur humain », dit-elle. « Avant de disparaître. »

Elle parle aux écoliers. Au Vietnam, en France. « Ils m'ont donné un petit bout de chocolat », raconte-t-elle. « Pour les victimes. » L'ambassadeur de France au Vietnam, ému, l'a rencontrée le 6 juin 2024.

« Je reste forte parce que je suis bien soutenue », dit-elle. « Je me bats pour toutes les victimes de l'agent orange du monde entier. »

La Cour de cassation examine le pourvoi. Les multinationales ont produit le poison. La dioxine tue encore. La justice française peut-elle reconnaître le crime ?

📰Source :youtube.com

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