LE DOSSIER

Toute la vérité sur les affaires françaises

SociétéÉpisode 12/167

Engrenage mortel : Kamel et Kaïs, 16 ans, piégés par le narcotrafic marseillais

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-20
Illustration: Engrenage mortel : Kamel et Kaïs, 16 ans, piégés par le narcotrafic marseillais
© Illustration Le Dossier (IA)

« Il faut sauver sa peau »

Kamel a 16 ans. Il habite une cité du Xᵉ arrondissement de Marseille. Il est pauvre. Il est jeune. Il est repéré.

Les réseaux de trafic de stupéfiants le recrutent. D'abord comme guetteur — celui qui surveille l'arrivée des policiers. Puis comme vendeur — celui qui tient le point de deal. Une progression logique. Mortelle.

« Je ne dois pas être vu en train de parler, je pourrais me faire tabasser par les gars du réseau. » La phrase glace. Ce n'est pas une menace en l'air. C'est la règle. Kamel le sait. Kaïs aussi. Les deux jeunes hommes témoignent à visage caché dans l'enquête de Feriel Alouti et Pascale Pascariello, publiée le 19 mai 2026 par Mediapart.

Ils racontent la même histoire. Ça commence par un petit boulot. Ça finit par un cercueil.

Incendies, règlements de comptes, fusillades. Régulièrement, des adolescents perdent leur vie dans le trafic de drogues alors qu'ils pensaient la gagner. Kamel et Kaïs sont les survivants de cette guerre. Mais survivre ne suffit pas. Il faut s'extraire. Et là, le piège se referme.

Le guetteur, premier maillon

Le guetteur. C'est le premier échelon. Le plus exposé.

Kamel commence à 16 ans. Posté en haut d'un immeuble, un talkie-walkie à la main. Son job : prévenir les vendeurs quand les forces de l'ordre arrivent. Pas d'arme. Pas de protection. Juste un regard et une peur constante.

Pourquoi accepte-t-il ? L'argent, bien sûr. Facile. Rapide. Des centaines d'euros par semaine. Pour un gamin de 16 ans, c'est une fortune — surtout quand tes parents galèrent à boucler les fins de mois.

Le réseau le sait. Il exploite cette précarité. Un système rodé. Les gamins des quartiers sont la main-d'œuvre idéale : dociles, fragiles, remplaçables.

« Il faut sauver sa peau », résume Kamel. Une phrase qui dit tout. L'engrenage, la peur, l'absence d'issue.

Kaïs, lui, raconte la violence quotidienne. Les incendies de voitures pour faire diversion. Les fusillades entre clans rivaux. Les corps qui tombent. « On voit des morts, on entend des tirs, on apprend à ne plus avoir peur », confie-t-il. Mais la peur est toujours là. Tapie. Prête à surgir.

Le guetteur n'est pas un simple vigile. C'est un pion. Et les pions, on les sacrifie.

L'engrenage se referme

Kamel passe de guetteur à vendeur. La promotion est une condamnation.

Vendre de la drogue, c'est prendre plus de risques. Plus d'argent aussi. Mais surtout : plus de visibilité. Plus de rivalités. Plus d'ennemis.

Le réseau ne lâche jamais ses membres. Kamel veut partir. Il ne peut pas. Il craint des représailles. « Si je parle, je me fais tabasser », répète-t-il. Les menaces sont permanentes. La violence, la seule loi.

Kaïs vit la même situation. Il essaie de s'extraire. Il échoue. « On est piégés », dit-il simplement. Les deux jeunes hommes peinent à quitter le réseau malgré leur volonté. Pourquoi ? Parce que le trafic est une toile. Plus tu t'agites, plus tu t'emmêles.

Leur témoignage n'est pas un cas isolé. C'est un système. Un système qui recrute des mineurs, les use, les jette. Les morts s'accumulent. Les enterrements se succèdent. Mais les points de deal restent ouverts.

La violence comme langage

Marseille est une poudrière. Le Xᵉ arrondissement en est l'épicentre.

Incendies de véhicules, fusillades, règlements de comptes. La violence est le langage du trafic. Quotidienne. Banale. Tueuse.

Kamel et Kaïs en sont les témoins directs. Ils n'ont pas choisi cette vie — ils y sont entrés par nécessité. Mais la nécessité ne protège pas des balles.

Les réseaux de stupéfiants marseillais ne sont pas des organisations improvisées. Ce sont des entreprises criminelles structurées. Avec une hiérarchie, des règles, des sanctions. Les adolescents y sont des employés précaires. Précaires et remplaçables.

« Je pourrais me faire tabasser par les gars du réseau. » Kamel le dit sans trembler. Il sait que sa sécurité dépend de son silence. Il sait que sa vie ne vaut rien pour les chefs.

Alors, combien de Kamel et de Kaïs sont-ils encore dans les cités ? Combien de gamins de 16 ans risquent leur vie chaque soir pour quelques billets ?

L'État face à l'engrenage

Les pouvoirs publics multiplient les opérations. Les interpellations. Les saisies. Mais le trafic tient.

Pourquoi ? Parce que la demande est là. Parce que la pauvreté est là. Parce que les réseaux s'adaptent plus vite que la justice.

Kamel et Kaïs sont le produit de cet échec. L'État n'a pas su les protéger. L'école n'a pas su les retenir. La police les a arrêtés, parfois — mais elle ne les a pas sortis du piège.

Les témoignages de Mediapart sont un cri d'alarme. Un cri qui vient des cités. Un cri que les responsables politiques entendent-ils vraiment ?

Les chiffres sont là. Les morts sont là. Les gamins de 16 ans sont là. Mais les solutions tardent.

Feriel Alouti et Pascale Pascariello ont fait un travail de journalisme essentiel. Elles ont donné la parole à ceux qu'on n'écoute pas. Kamel et Kaïs parlent. Il faut les entendre.

Sources

  • Témoignages de Kamel et Kaïs — Mediapart, 19 mai 2026 (Feriel Alouti et Pascale Pascariello)

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

📬

Ne manquez aucun scandale

Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.

Les autres épisodes de ce dossier

Voir tout le dossier →

Épisode 12 · 2026-05-20

Engrenage mortel : Kamel et Kaïs, 16 ans, piégés par le narcotrafic marseillais

Épisode 17 · 2026-03-31

DZ Mafia : le silence qui tue

Épisode 31 · 2026-04-07

DZ Mafia : Le sang et les écrans

Sur le même sujet