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Perpignan : le double jeu du légionnaire Benítez, des disparitions aux preuves ADN

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-12
Illustration: Perpignan : le double jeu du légionnaire Benítez, des disparitions aux preuves ADN
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Accroche

Une dispute de couple, une valise, un SMS. Voilà ce que Francisco Benítez raconte aux policiers le 25 juillet 2013. Sa femme Marie José, 53 ans, et leur fille Alison, 19 ans, auraient claqué la porte le 14 juillet vers 17 heures. Direction Toulouse, selon lui. Un départ volontaire, après une énième querelle conjugale. Il montre même le texto qu’il dit avoir reçu de sa femme : « C’est une décision difficile, mais je pars avec Alison à Toulouse. » Pourtant, les proches ne croient pas à cette version. Edwige, la sœur de Marie José, est formelle : « Si vraiment elle serait partie, automatiquement elle aurait mis ses enfants dans le secret. » Alison, elle, avait des engagements forts : candidate à l’élection Miss Roussillon, elle devait participer à une réunion le 15 juillet. Elle ne s’y est jamais présentée. Les policiers, d’abord sceptiques, finissent par prendre l’affaire au sérieux. Mais le temps passe. Et le 4 août, Benítez remet une vidéo-confession à une journaliste de Paris Match. Le lendemain, il se suicide. La thèse du départ volontaire s’effondre. Restent les questions : où sont les deux femmes ? Que s’est-il passé dans l’appartement de la rue Richpin ?

Les faits

D’après l’enquête diffusée par Canal Crime, les éléments s’accumulent contre Francisco Benítez. Le 14 juillet 2013, Alison participe l’après-midi à une activité des Miss. Elle dit « à demain tout le monde » à ses camarades. Le lendemain, elle ne donne plus signe de vie. Son téléphone est éteint, sa boîte vocale saturée. Ses amis s’inquiètent. Alexandre, un proche, se rend au domicile le 16 juillet : il sonne, les chiens aboient, puis le père ouvre la fenêtre et affirme qu’Alison est partie avec sa mère à Toulouse. « Voilà, bon, je dis merci, bonne journée », raconte-t-il. Mais les jours passent sans nouvelles. Le 25 juillet, Benítez signale enfin la disparition au commissariat. Il attend onze jours. Pourquoi ?

Les enquêteurs du SRPJ de Perpignan examinent les lieux. Lors de la perquisition, le 1er août, ils découvrent les passeports de Marie José et d’Alison dans l’appartement. Pas de départ précipité, donc. Aucun mouvement bancaire ni téléphonique après le 14 juillet. Les téléphones des deux femmes ont été désactivés en même temps, dans le quartier familial. Un texto suspect a été envoyé du portable de Marie José à 17h17 : les enquêteurs pensent qu’il a été écrit par Benítez lui-même, pour faire croire à un départ. Le bornage confirme que les appareils se sont éteints dans l’appartement. Aucune trace de lutte, mais le bureau est en désordre. Les véhicules sont vierges. Pas de corps, pas d’arme, pas de témoin. « On n’a que des éléments scientifiques », résume un enquêteur.

Ces éléments incluent des preuves ADN. Selon Canal Crime, des traces biologiques ont été retrouvées dans un congélateur et sur les vêtements de Benítez. Leur nature exacte n’est pas divulguée, mais elles renforcent les soupçons. La police judiciaire de Montpellier prend le relais. L’étau se resserre.

Le contexte

Qui était Francisco Benítez ? Né le 13 décembre 1963 à Algeciras, en Espagne, il grandit en Andalousie. À 23 ans, il s’engage dans la Légion étrangère française. Une carrière brillante : missions en Afrique, au Moyen-Orient, dans l’ex-Yougoslavie, médaille de guerre. En 2010, on lui confie le poste de chef de recrutement à la caserne Joffre de Perpignan – un poste de confiance, où il est quasiment autonome. Ses supérieurs le décrivent comme un légionnaire exemplaire. Mais pourquoi a-t-il quitté l’Espagne ? Son dossier ne mentionne aucun antécédent judiciaire. Les enquêteurs se demandent s’il fuyait quelque chose.

Sa vie privée, en revanche, est un champ de zones d’ombre. Benítez mène une double vie. Depuis 2000, il entretient une relation avec Simone de Oliveira Alves, une femme d’origine brésilienne, mère de quatre enfants. En novembre 2004, Simone disparaît. Hospitalisée deux jours avant, elle ne donne plus signe de vie. Benítez est entendu brièvement, mais l’enquête est classée sans suite en 2007. Peu après, en 2005, la famille Benítez déménage à Mayotte. Francisco épouse Marie José. Pendant des années, il parvient à cacher cette liaison. Mais Alison, devenue adolescente, se met à enquêter. Elle fouille le téléphone de son père, découvre sa maîtresse espagnole, Maria Teresa. Les tensions montent. Marie José, elle, apprend l’existence de la disparition de Simone. Selon sa sœur Edwige, elle menace de tout révéler. « Elle a dû dire : moi je me casse, mais je te balance », confie Edwige.

Le parallèle avec Nîmes est frappant. En 2004, une autre femme, Simone de Oliveira Alves, disparaît après avoir découvert la double vie de Benítez. En 2013, Marie José et Alison disparaissent après avoir découvert sa nouvelle maîtresse. Même mécanisme, mêmes conséquences. « C’est exactement le même scénario », affirme un proche.

Le traitement judiciaire

Après le signalement du 25 juillet, l’enquête tarde. Les policiers, en période estivale, traitent l’affaire comme une disparition ordinaire. Mais le 1er août, la perquisition change la donne. Le 4 août, Benítez remet sa vidéo à une journaliste de Paris Match. Il y supplie qu’on retrouve sa fille et sa femme. Le soir même, il envoie des mails à ses supérieurs pour leur demander de se souvenir de lui positivement. Le 5 août, à l’aube, il se suicide à la caserne. Il enfile son plus beau costume, se rase, se passe une corde autour du cou et se jette du premier étage. Son corps est retrouvé par les caméras de télévision, qui filment la caserne.

La mort de Benítez laisse l’enquête orpheline. Il devait être entendu longuement le lundi 5 août. « On peut penser que le vrai travail judiciaire allait débuter », analyse un spécialiste. Mais le principal suspect emporte ses secrets. La police judiciaire lance une commission rogatoire internationale en Andalousie pour retracer son passé. Elle fouille les camps militaires de la Légion, sans résultat. L’ADN de Benítez est comparé à d’autres affaires non résolues, notamment les disparues de Perpignan (1995-2001) : aucun match. « Son ADN n’a matché nulle part », précise Canal Crime.

Aucune charge n’a jamais été retenue. « Aux yeux de la justice, il restera un innocent », résume un enquêteur. La famille, elle, reste sans réponse. Edwige confie : « Six mois, on l’a jamais retrouvée. C’est ça que j’ai peur. »

Ce que ça dit de la France

Cette affaire illustre un angle mort du système judiciaire français : le traitement des disparitions de femmes impliquant des hommes à double vie. Francisco Benítez est un légionnaire respecté, sans casier, au-dessus de tout soupçon. Pourtant, deux femmes disparaissent, à neuf ans d’intervalle, après avoir découvert sa face cachée. La première enquête, en 2004, est classée sans suite après une simple audition. Aucune surveillance, aucun suivi. En 2013, les policiers mettent onze jours à réagir. « Les premières 48 heures sont capitales », rappelle un enquêteur. Mais l’été, les vacances, la banalisation des disputes conjugales – tout concourt à un traitement trop lent.

Le profil de Benítez n’est pas isolé. La Légion étrangère, institution discrète, offre un terrain fertile aux hommes qui veulent recommencer à zéro. « Il y a toujours quelque chose qui se passe quand les gens s’engagent », témoigne un instructeur. Mais l’institution ne vérifie pas les antécédents sentimentaux. La double vie de Benítez – marié à Perpignan, maîtresse en Espagne – est restée invisible jusqu’à ce qu’il soit trop tard.

Les zones d’ombre persistent. Pourquoi Benítez a-t-il attendu onze jours pour signaler la disparition ? Pourquoi a-t-il remis une vidéo, puis s’est-il suicidé juste avant d’être entendu ? Les preuves ADN, bien que troublantes, ne suffisent pas à reconstituer les faits. Le mobile – la peur d’être démasqué – demeure une hypothèse. Mais les corps manquent. Sans eux, pas de procès. Pas de condamnation.

Ce drame révèle aussi la fragilité des femmes piégées dans ces relations. Marie José, sans travail, sans permis, dépendante de son mari. Simone, mère de quatre enfants, disparue sans que personne ne s’alarme vraiment. Alison, 19 ans, qui rêvait de devenir Miss et qui enquêtait sur son père. Toutes trois ont tenté de briser le silence. Toutes trois ont disparu.

L’affaire Benítez reste ouverte. Les familles attendent. « On ne sait toujours pas si c’est lui », dit un proche. La justice, elle, a tourné la page faute de coupable. Mais les dossiers, eux, ne se ferment jamais complètement.

Sources :

  • Canal Crime (YouTube) – L’affaire Allison Bénitez : La double vie terrifiante d’un adjudant-chef de la Légion
  • BFMTV (YouTube) – Incendie en Espagne: des interrogations autour du système d’alerte des autorités (mentionné en recoupement, sans information directe sur l’affaire)

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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