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SociétéÉpisode 5/178

Booba condamné pour avoir jeté une journaliste « en pâture » à ses abonnés

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-06
Illustration: Booba condamné pour avoir jeté une journaliste « en pâture » à ses abonnés
© YouTube

« Strip poker autour d’un wok de légumes »

Tout commence en janvier 2024. Linh-Lan Dao publie un article de fact-checking sur Franceinfo. Le sujet ? Un lien supposé entre le vaccin contre le Covid-19 et la maladie de Creutzfeldt-Jakob. Booba avait relayé une vidéo de Marc Doyer, dont l’épouse est morte de cette maladie rare. L’article de la journaliste ne fait qu’un état des lieux de la science : à ce stade, aucun lien n’est prouvé. Elle évoque aussi la « dérive complotiste » du rappeur.

Quelques heures après la publication, Booba répond. Il capture l’écran du compte X de Linh-Lan Dao. Il l’affiche à ses abonnés. Puis il enchaîne. Quatre tweets. Dont une photo d’elle où elle n’est « pas à son avantage », selon ses propres mots. Et ce tweet : « Strip poker autour d’un wok de légumes. »

Le tribunal a reconnu le caractère raciste de ce message. « Wok de légumes » réduit la journaliste à son origine asiatique. Une insulte culinaire, comme « tu manges du chien », « bol de nouilles », « nem ». Des mots que les personnes asiatiques entendent depuis l’enfance, explique Linh-Lan Dao. « L’humour raciste reste illégal », rappelle-t-elle.

« Il avait conscience du phénomène de meute »

Booba ne s’arrête pas à ses quatre tweets. Il interagit avec ses abonnés. Il répond à ceux qui insultent la journaliste. Il ne demande jamais d’arrêter. « Il savait très bien ce qu’il faisait », dit-elle.

Les messages affluent. Des centaines. Sexistes, racistes, dénigrants. Rien à voir avec son travail.

Le tribunal a tranché. Dans son jugement, il écrit que Booba « avait conscience du phénomène de meute déclenché ». Il parle d’« exposition délibérée et répétée en des termes malveillants ». Le rappeur « ne pouvait ignorer quel allait être l’impact de ces messages et la nature des réactions qu’il entraînerait ». Pourtant, face aux policiers, Booba avait nié. Il disait ne pas être un gourou, n’être pas responsable. Le tribunal dit le contraire.

« Je prenais des antidépresseurs »

Linh-Lan Dao ne cache rien. « J’ai pris des antidépresseurs », confie-t-elle. Stress, anxiété, état post-traumatique. Elle avait peur de publier des articles en son nom. Elle s’est mise en retrait de X.

Elle a porté plainte en avril 2024. Seule, elle ne l’aurait pas fait. « Heureusement que j’ai eu le soutien de mon employeur », dit-elle. France Télévisions a mis son avocate à disposition. « Tout le monde n’a pas les moyens de se payer un avocat. »

Son avocate l’avait prévenue : « Quand vous lancez une procédure judiciaire, ça peut remettre une pièce dans la machine. » Elle a pesé le pour et le contre. « Je suis engagée contre les discriminations. C’est presque un devoir. »

« Vous portez plusieurs cibles dans le dos »

Son avocate le lui a dit : « Vous êtes journaliste, vous faites du fact-checking, vous êtes une femme et vous êtes d’origine asiatique. » Les études le montrent : les femmes racisées sont beaucoup plus exposées au cyberharcèlement.

Linh-Lan Dao a écrit un livre, Vous les Asiates, sorti aux éditions de Noël. Elle y explore le racisme anti-asiatique, souvent minimisé, tourné en dérision. « On pense encore que l’humour, ça passe », dit-elle. Mais l’humour raciste reste illégal. Le tribunal l’a reconnu.

Pourquoi ce racisme est-il si difficile à faire reconnaître ? « La prise de conscience est lente », répond-elle. Avant la pandémie de 2020, le racisme anti-asiatique était invisible. Puis les agressions physiques ont éclaté au grand jour. Mais le stéréotype de la « minorité modèle » persiste : des gens qui réussissent, qui s’intègrent, qui n’ont pas de problèmes.

Appel en cours

Booba a fait appel. Linh-Lan Dao le savait. « Il est engagé dans d’autres procédures pour cyberharcèlement contre d’autres personnes », rappelle-t-elle.

Elle se prépare mentalement. La fatigue est là. Mais elle tient. « Le combat continue. »

929 morts dans la rue

Le collectif Les morts de la rue a organisé son hommage national à Paris. Lecture des noms. 929 personnes sans abri sont mortes en France en 2025. Un décompte provisoire.

« La rue tue », rappelle le collectif. Les causes ? Accidents, suicides, homicides. Mais aussi des pathologies graves à des âges très jeunes. « Des cancers à trente ans. De la tuberculose », témoigne un militant.

📰Source :youtube.com

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