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JusticeÉpisode 53/167

Félix Bingi : le roi de la fontaine face à ses juges — les écoutes qui font trembler le clan Yoda

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-20
Illustration: Félix Bingi : le roi de la fontaine face à ses juges — les écoutes qui font trembler le clan Yoda
© YouTube

L'extradition qui a mis fin à la cavale

Il menait la belle vie à Casablanca. Boîtes de nuit, bars, plages. Félix Bingi — alias "Le Fé" ou "Le Chat" — fréquentait les établissements chics de la métropole marocaine. Il s'autorisait des séjours dans l'un de ses deux appartements à Dubaï. Les mois passaient. Il se croyait intouchable.

Mars 2024. Les services français le repèrent. Ils le suivent. Reste à convaincre les autorités marocaines de l'arrêter. Les tractations durent des mois — jusqu'à ce que le Maroc finisse par coopérer. La police marocaine l'interpelle et le place en détention. En janvier 2025, la France obtient son extradition. Le retour forcé.

Trois mandats d'arrêt internationaux pesaient sur lui. (Oui, vous avez bien lu : Interpol, Europol, et la France avaient lancé des avis de recherche.) La cour d'appel de Rabat avait validé la procédure en quelques semaines. Et pourtant, il aura fallu des mois de négociations diplomatiques pour que les menottes se referment sur ses poignets.

Une guerre de territoire qui a fait 50 morts

La fontaine — un point de deal qui tournait 24 heures sur 24, sept jours sur sept. En pleine épidémie de Covid, quand la France confinait, le trafic, lui, ne s'arrêtait jamais. Les clients défilaient toutes les trente secondes. Le chiffre d'affaires journalier dépassait les 100 000 euros. Comment un seul point de deal peut-il rapporter autant ? Les enquêteurs ont compté : entre 2019 et 2023, les caisses enregistreuses — enfin, les sachets de cocaïne — ont généré plusieurs millions d'euros nets.

Mais ce business a un prix. Le sang. La guerre entre le clan Yoda, dirigé par Bingi, et le clan Shurik'N, basé au parc Kalliste, a fait au moins cinquante victimes. Des règlements de comptes à la kalachnikov, des exécutions en pleine rue, des corps brûlés dans des voitures. Les écoutes téléphoniques — pièces maîtresses du dossier — montrent des hommes qui parlent de "nettoyage" et de "terrain à prendre" sans sourciller.

La défense, elle, conteste la fiabilité de ces écoutes. Elle argue que certains enregistrements sont tronqués, que les voix ne sont pas identifiées formellement. Les avocats de Bingi ont déposé plusieurs demandes d'expertise. Le tribunal les a rejetées. Voilà.

Le système « Uber du shit » démantelé par les écoutes

Les enquêteurs de la Police judiciaire ont mis au jour un système d'une efficacité redoutable. Des livreurs à moto — payés au cachet — transportaient la drogue depuis les cités jusqu'aux clients. Les commandes passaient par des téléphones jetables. Chaque livreur avait un secteur attitré. Et au bout de la chaîne, un comptable centralisait l'argent liquide, qu'il blanchissait via des commerces de proximité à Marseille et dans le Var.

Un réseau quasi industriel. Les écoutes ont capté des conversations où Bingi ordonnait des réapprovisionnements, donnait des consignes de sécurité, et menaçait ceux qui traînaient. "Tu fais le mort, tu poses pas de questions", disait-il à un subordonné.

Les enquêteurs ont aussi saisi des biens : appartements à Dubaï, voitures de luxe, comptes bancaires offshore. Au total, plus de 15 millions d'euros d'avoirs criminels gelés. Mais Bingi, lui, n'a jamais touché un gramme. Il se faisait verser sa part en liquide, par des intermédiaires, sans laisser de trace.

Un procès-fleuve sous tension

Le procès s'ouvre cette semaine au tribunal correctionnel de Marseille. Vingt prévenus. Des centaines de pièces à conviction. Des avocats qui promettent de "démonter l'accusation pièce par pièce". La salle d'audience est trop petite — ils ont dû installer des écrans dans une salle annexe pour les parties civiles.

Quel avenir pour le clan Yoda ? Les renseignements redoutent une reprise des violences : des cadres intermédiaires, aujourd'hui en liberté, pourraient tenter de prendre le contrôle du point de deal. La police a déjà renforcé les patrouilles dans les quartiers nord. Et pourtant, personne n'ose parier sur une paix durable.

Félix Bingi, lui, risque trente ans de réclusion criminelle. Son avocat a déjà annoncé qu'il ferait appel en cas de condamnation. La mécanique judiciaire suit son cours. À Marseille, la fontaine continue de couler — pas celle de l'eau, celle de l'argent sale. Voilà.

📰Source :youtube.com

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