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Faits diversÉpisode 21/173

Berck-sur-Mer : Stéphane Gros massacre mère et fille par vengeance — 30 ans de silence

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-03
Illustration: Berck-sur-Mer : Stéphane Gros massacre mère et fille par vengeance — 30 ans de silence
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Valérie Trouillet, 39 ans, et sa fille Harmonie, 17 ans, ont été massacrées dans leur petit appartement du centre-ville de Berck-sur-Mer. Le 19 septembre 2006, elles reçoivent un invité. Elles partagent un gâteau, boivent un soda. Puis l’enfer commence. Le meurtrier les frappe avec un marteau de couvreur — sept plaies à la tête pour Valérie, une dizaine pour Harmonie. Les corps sont nus, violés. Le feu est allumé dans la salle de bain pour effacer les traces. Stéphane Gros, 30 ans, a été condamné à 30 ans de réclusion criminelle en mai 2011. Il n’a jamais avoué. Le Dossier reconstitue l’engrenage de la violence conjugale, les mensonges, les preuves qui ne mentent pas.

Une scène de crime apocalyptique

Il est 1h15 du matin, le 20 septembre 2006, quand l’adjudant-chef Laurent Graar, pompier, est appelé pour un incendie au centre de Berck-sur-Mer. Un appartement brûle. Deux personnes sont à l’intérieur. Les pompiers éteignent le feu — parti de la salle de bain — puis cherchent les occupants. « En essayant d’avancer, on a retrouvé un premier corps », raconte Graar. Valérie Trouillet gît dans la cuisine, inanimée. Elle ne respire plus. Mais l’horreur ne s’arrête pas. En progressant vers une chambre, les pompiers découvrent une seconde victime. « C’est une jeune femme qui est au sol, sur le ventre, dénudée. Malheureusement, on ne pourra pas faire grand-chose pour elle. » Harmonie Trouillet, 17 ans, est morte, elle aussi.

Les enquêteurs de la police judiciaire de Lille arrivent rapidement. Ce qu’ils voient dépasse l’entendement. « Ça n’est pas juste deux corps décédés, ce sont des corps qui ont été massacrés », confie un enquêteur. Le médecin légiste relève sept plaies vitales à la tête de Valérie. Harmonie présente une dizaine de plaies. L’arme présumée ? Un marteau de couvreur — un côté contondant, un côté tranchant. « Elles ont vu les coups arriver, elles ont tenté de se protéger », précise le légiste. Les mains des deux femmes portent des traces de défense. L’agonie a été longue.

Pire : des ecchymoses à l’intérieur des cuisses indiquent une agression sexuelle. Les analyses génétiques confirmeront qu’Harmonie et Valérie ont toutes deux été violées avant de mourir. « C’est ce qui donne à ce dossier une dimension complètement folle », souffle un enquêteur. Le tueur a ensuite tenté d’incendier l’appartement. Mais les pompiers sont arrivés trop vite. Le feu n’a pas effacé les preuves.

Le mensonge qui tue : le ticket de caisse à 18h56

La scène de crime révèle un détail troublant : dans le salon, il y a une petite collation. Un gâteau entamé, un couteau, des verres de soda, des mégots de cigarette. L’ambiance est conviviale. « On a l’impression qu’on a bu un verre ensemble, mangé un morceau de gâteau », note un enquêteur. La porte n’a pas été forcée. Valérie et Harmonie ont ouvert à leur agresseur. Elles le connaissaient.

Pendant des jours, les policiers cherchent. Ils interrogent le petit ami d’Harmonie, Julien, 20 ans. Chez lui, ils découvrent trois paires de chaussures ensanglantées. Julien a un mobile : la rupture six mois plus tôt. Mais son alibi est solide : il regardait un match de foot avec des copains. Les analyses ADN tombent : le sang sur les baskets n’appartient ni à Valérie ni à Harmonie. Julien est innocent. Il livre alors un nom : Stéphane Gros.

Gros est un voisin, un ami du quartier. Il vit avec Nicole et ses deux enfants. Harmonie faisait du babysitting chez eux. Stéphane Gros vient régulièrement boire un verre chez Valérie. Les enquêteurs retrouvent son ADN sur la scène : mégots, verres, une bouteille de white spirit. Il est arrêté. En garde à vue, il nie tout. « Je suis passé chez Valérie avant 19h, puis je suis rentré chez moi », affirme-t-il. Son ADN ? Normal, il est venu en visite.

Mais les enquêteurs vérifient. Et là, le mensonge éclate. Valérie et Harmonie n’étaient pas chez elles à 19h. Un ticket de caisse du supermarché prouve qu’elles faisaient leurs courses à 18h56. « Donc on est en flagrant délit de mensonge », tranche un policier. Gros ment sur son emploi du temps. Il ment sur sa présence. Pourquoi mentir si on est innocent ?

Harmonie, la baby-sitter qui en savait trop

Retenez ce détail : Harmonie gardait régulièrement les enfants de Nicole et Stéphane Gros. Elle était très attachée à eux. Mais elle voyait aussi autre chose. Nicole, la compagne de Gros, subissait des violences conjugales. Elle se confiait à l’adolescente. « Harmonie était devenue la confidente de Nicole, elle lui expliquait qu’elle était victime de violences conjugales, violences dures, violences répétées », rapporte un proche.

Le 23 juin 2006, trois mois avant le drame, Nicole dépose une main courante au commissariat pour violences conjugales. Les coups ne s’arrêtent pas. Harmonie pousse Nicole à partir. « Elle lui disait qu’il fallait qu’elle parte, qu’elle ne reste pas avec un gars comme ça », témoigne Francine Levasseur, la grand-mère. Harmonie est même prête à aller elle-même au commissariat dénoncer Stéphane Gros.

Gros découvre le pot aux roses. Il voit rouge. Le soir du 19 septembre, il se rend chez Valérie et Harmonie. Il est invité. Il mange du gâteau, boit un soda. Puis la discussion dérape. Il accuse Harmonie d’avoir brisé son couple. Il se venge. De la manière la plus barbare qui soit. « C’est peut-être pour ça que ce soir-là, il se dit : on m’a trahi et je vais me venger », analyse un enquêteur.

Un détail supplémentaire : la voisine de Gros témoigne avoir été agressée à la clé de brague parce qu’elle lui avait demandé de calmer son chien. Gros est une grenade dégoupillée. Nicole elle-même a reçu un fer à repasser au visage pour une chemise mal repassée. « Quel genre d’homme est capable de casser un nez parce que sa chemise n’allait pas bien ? » demande un témoin.

Un passé de violence : la clé de brague et le fer à repasser

Les enquêteurs creusent le passé de Stéphane Gros. Ils découvrent un tempérament colérique, impulsif, violent. Un voisin raconte qu’il a frappé une femme avec une clé de brague. Sa belle-fille (la fille de Nicole) se souvient : « Ma mère, une fois, elle a mal repassé sa chemise. Il est rentré en colère, il lui a jeté le fer au visage. » Nicole porte des lunettes noires pour cacher les hématomes. Francine Levasseur l’a vue : « Elle avait des lunettes cachées, ses seignons. J’ai bien vu qu’elle était un peu marquée. »

Pourtant, aux yeux du voisinage, Gros passe pour un bon père de famille, un travailleur intérimaire sans histoire. « C’est un petit gringalet », dit-on. Mais les preuves s’accumulent. Son ADN est partout. Il ment. Il a un mobile. Et son passé violent correspond au profil du tueur.

Le procès s’ouvre le 11 mai 2011 à la cour d’assises de Saint-Omer. La famille des victimes attend la vérité. « Il y a une énorme attente parce qu’on se dit que peut-être cet homme va enfin dire la vérité », confie un proche. Mais Stéphane Gros campe sur ses positions. « Je suis innocent, je n’ai rien commis, je m’en voudrais toute ma vie », répète-t-il. Il accuse des inconnus de l’avoir piégé. Pendant tout le procès, il ne fournit aucune explication sur son mensonge, sur le ticket de caisse, sur l’ADN.

Les experts, les témoins, les parties civiles — tous se heurtent à un mur de silence. « Il emportera sans doute la vérité avec lui en prison », soupire un avocat.

Procès à Saint-Omer : 30 ans sans la vérité

Le verdict tombe le jeudi 26 mai 2011. Stéphane Gros est condamné à 30 années de réclusion criminelle, assorties de 22 ans de sûreté. Il ne bronche pas. La famille des victimes est anéantie. « Moi j’attendais qu’ils nous disent la vérité, le pourquoi des choses. Pour savoir, pour pouvoir mettre un nom sur tout ça, une raison », lâche Francine Levasseur.

Trente ans, c’est la perpétuité pour un homme de 35 ans à l’époque. Il sortira au plus tôt en 2033. Mais les questions restent. Pourquoi a-t-il massacré Valérie et Harmonie avec une telle sauvagerie ? Pourquoi avoir violé les corps ? Pourquoi avoir mis le feu ? Gros n’a jamais répondu. Les experts psychiatres n’ont pas réussi à le faire craquer.

Ce dossier illustre le lien mortel entre violences conjugales et féminicides. Selon les statistiques récentes, les féminicides ont augmenté de 11 % d’une année à l’autre, atteignant 107 meurtres de femmes par leur conjoint ou ex-conjoint (source : actuniort.fr). L’affaire de Berck-sur-Mer est un cas d’école : une adolescente qui tente d’aider une femme battue, et qui paie de sa vie. Harmonie avait 17 ans. Elle aurait dû avoir toute la vie devant elle.

Une date. Un virement. Une question. Le 23 juin 2006, Nicole dépose une main courante. Le 19 septembre, Harmonie et Valérie meurent. Stéphane Gros aurait-il pu être arrêté avant ? Les mains courantes ne sont souvent pas suivies d’effet. Combien d’autres femmes doivent mourir pour que la justice agisse ?

À suivre. Le Dossier continuera d’enquêter sur les failles du système face aux violences conjugales.

Sources :

  • Témoignages de proches et voisins (Francine Levasseur, Philippe Trouillet, Christine)
  • Rapports de police et de médecine légale
  • Expertises ADN (mégots, verres, bouteille de white spirit)
  • Ticket de caisse du supermarché (18h56)
  • Main courante déposée par Nicole le 23 juin 2006
  • Procès-verbal d’audition de Stéphane Gros
  • Presse régionale (La Voix du Nord, L’Avenir de l’Artois)
  • Émission « Crimes » (NRJ12, janvier 2015)
  • Statistiques féminicides : actuniort.fr

📰Source :youtube.com

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