LE DOSSIER

Toute la vérité sur les affaires françaises

Faits diversÉpisode 26/213

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-08-07
Illustration: undefined
© Illustration Le Dossier (IA)

Piège refermé, porte ouverte

Le 20 juillet 2026, les autorités algériennes interpellent Mehdi Laribi. Surnommé « Tic », cet homme de 36 ans est considéré — d'après Actu17 — comme l'un des fondateurs de la DZ Mafia, l'organisation qui a transformé Marseille en champ de bataille.

Treize jours plus tard, le 3 août, c'est au tour de Djamel Djeha. Membre du réseau de la Castellane, l'un des plus puissants de la cité phocéenne, il figurait sur la liste des cibles prioritaires transmise par le garde des Sceaux Gérald Darmanin aux autorités algériennes en mai 2026.

Deux prises majeures. Deux mandats d'arrêt délivrés par des juges d'instruction marseillais.

Et pourtant.

Les deux hommes ont été placés sous contrôle judiciaire par les magistrats algériens. Aucun des deux n'a été incarcéré, confirme Le Parisien Faits Divers. Une décision qu'une source judiciaire française, citée par Le Monde, qualifie de « surprenante ».

Retenez ce détail.


L'enquête Octopus : 26 mises en examen, des questions ouvertes

L'arrestation de Mehdi Laribi s'inscrit dans le dossier « Octopus », une enquête tentaculaire ouverte début 2024. Confiée à la section de recherches de la gendarmerie de Marseille, d'après le procureur de la République Nicolas Bessone que cite Actu17.

Vingt-six personnes y sont déjà mises en examen. Laribi est visé pour « direction d'un groupement ayant pour activité le trafic de stupéfiants » — un crime passible de la réclusion criminelle à perpétuité.

Les faits sont têtus. Natif de Marseille, le trentenaire franco-algérien a construit son ascension à la cité Bassens. Son arrestation en Algérie devait être un coup d'arrêt.

Elle n'a duré qu'un jour.

Dès le lendemain de son interpellation, Laribi a été placé sous contrôle judiciaire. Djamel Djeha n'a pas connu de sort différent, contrairement à son arrestation précédente en 2023 à Oran, où les autorités l'avaient placé en détention provisoire, précise Actu17.

Pourquoi cette différence de traitement ?


Le trou noir de l'extradition

Une source judiciaire française confie au Monde une explication : l'Algérie n'extrade pas ses ressortissants. Elle peut en revanche les juger selon ses propres lois si la France transmet le dossier « Octopus » via une procédure de « dénonciation ». Les magistrats algériens attendraient donc cette transmission avant d'ordonner une incarcération.

Question simple : combien de temps ?

Le Parisien Faits Divers rapporte que les deux hommes sont « inactifs ou en tout cas plus discrets », selon une source proche du dossier. Une formule prudente. Car entre le statut de « personne sous contrôle judiciaire en Algérie » et celui de « détenu en France », il y a un océan — et pas seulement géographique.

Djamel Djeha, lui, a déjà prouvé sa capacité à naviguer ces eaux troubles. Arrêté une première fois en Algérie en 2023, il avait été placé en détention provisoire. Libéré depuis. Arrêté de nouveau le 3 août 2026. Et de nouveau libre.

Les faits sont têtus : la coopération judiciaire entre la France et l'Algérie dans le domaine du narcotrafic a ses limites. Et ces limites ont un nom : la nationalité.


Un symptôme français

Ce fait divers n'en est pas vraiment un. C'est un symptôme.

Marseille est devenue, ces dernières années, l'épicentre d'une guerre des gangs qui ne dit pas son nom. La DZ Mafia et le réseau de la Castellane s'y disputent des territoires, des points de deal, des vies. Les chiffres ? Selon des notes confidentielles du Sirasco, certains points de deal génèrent jusqu'à 100 000 euros par jour. Le réseau de Djamel Djeha, d'après RTL cité par Actu17, pesait jusqu'à 15 millions d'euros par an au plus fort de son activité.

Et pendant ce temps, deux de ses plus hauts cadres se promènent sous contrôle judiciaire à Alger.

La France a un problème de souveraineté judiciaire. Elle peut identifier, traquer, mandater. Mais elle ne peut pas contraindre. L'Algérie ne livre pas ses nationaux. C'est son droit. Sauf que ce droit crée un angle mort où les figures du narcotrafic marseillais savent qu'elles peuvent disparaître.

L'annonce par Gérald Darmanin d'une transmission des dossiers prioritaires en mai 2026 tentait de colmater cette brèche. Les arrestations de juillet et août montrent que la méthode fonctionne — jusqu'à un certain point. Car sans incarcération, l'arrestation n'est qu'une formalité.

Et maintenant ?

Deux hommes, dont l'un est passible de la perpétuité, attendent en Algérie que la justice française transmette plusieurs kilos de procédure. Combien de temps cela prendra-t-il ? Les magistrats algériens jugeront-ils selon des standards équivalents ? La France pourra-t-elle obtenir une extradition si le verdict est jugé insuffisant ?

Autant de questions sans réponse.

Le contribuable français, lui, finance une guerre contre le narcotrafic dont l'un des principaux théâtres d'opération échappe à sa juridiction. Les policiers marseillais continuent d'encaisser les tirs. Les juges continuent d'instruire. Les familles continuent de pleurer.

Pendant ce temps, à Alger, deux hommes libres regardent la mer.


Sources :

  • Actu17 — « Deux figures du narcotrafic marseillais interpellées en Algérie : ce que l'on sait »
  • Le Parisien Faits Divers — « Narcotrafic : l'un des parrains du trafic de drogue à Marseille interpellé en Algérie »
  • Le Monde (cité par Actu17 et Le Parisien)
  • Sirasco (notes confidentielles citées par Le Monde)
  • RTL (cité par Actu17)

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

📬

Ne manquez aucun scandale

Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.

Les autres épisodes de ce dossier

Voir tout le dossier →

Épisode 17 · 2026-03-31

DZ Mafia : le silence qui tue

Épisode 26 · 2026-08-07

Épisode 31 · 2026-04-07

DZ Mafia : Le sang et les écrans

Sur le même sujet