Affaire Nahel : expertises contredisent la thèse du tir injustifié

« Shoot-le » ou « coupe-le » ? Un mot change tout
Retenez ce détail. Le fameux « shoot-le, shoot-le » — celui qui a cimenté l'opinion — n'a jamais existé. L'expertise audio des gendarmes de l'IRCGN, à Pontoise, ne laisse aucun doute : ce qu'on entend, c'est « coupe-le ». Sous-entendu : « coupe le moteur ». L'un des deux policiers intime à Nahel d'obtempérer.
La vidéo, diffusée le soir du 27 juin 2023, trompe son monde. Quarante secondes au total. La réalité ? Sept secondes. Le journaliste William Molinié, qui a enquêté pour Dernier recours (Plon), parle de biais cognitif. « Quand vous voyez cette vidéo avec marqué en dessous "Shoot-le, shoot-le", c'est un biais cognitif : vous pouvez entendre shoot-le, shoot-le », dit-il. Les commentateurs ont immédiatement forgé l'image d'un policier meurtrier.
Mais les experts de la gendarmerie excluent cette version. Les documents en attestent. L'IRCGN a soumis l'enregistrement à des analyses acoustiques poussées. Le verdict : aucun « shoot » identifiable. Le mot est bien « coupe ». La différence est capitale — et pourtant ignorée pendant des mois.
Aucun coup de crosse : l'autopsie contredit le passager
Le soir du drame, un passager avant — dix-sept ans, mineur — s'enfuit après l'accident. Dès le mardi soir, une vidéo le montre sur les réseaux. Il raconte que le policier a frappé Nahel à coups de crosse au visage et aux tempes. Que Nahel a perdu connaissance. Que c'est pour ça que la voiture a redémarré.
Le Parisien reprend cette version le vendredi suivant, en pleine émeute. Trop tard ? Un an après, elle s'effondre.
Pourquoi ? L'autopsie de Nahel ne révèle ni hématome, ni trace de coup de crosse au visage. « Il n'y a aucun bleu, rien », insiste William Molinié. Le rapport médico-légal est formel : pas de traumatisme facial. Le policier mis en cause n'a jamais frappé Nahel avec son arme.
Regardons les faits. Le policier se tient à la fenêtre avant gauche. Il glisse ses mains à l'intérieur pour chercher la clé, la carte, le bouton start — ou pour couper physiquement le moteur. Ce geste, perçu comme une bousculade, a forgé le récit initial. Les expertises le démontent.
Quatre actions volontaires : la voiture redémarre délibérément
L'expertise automobile apporte une pièce décisive. Le conducteur a effectué quatre actions volontaires pour redémarrer et avancer. Premier geste : enfoncer le bouton de contact. Deuxième : appuyer sur la pédale de frein. Troisième : enclencher le levier de vitesse automatique. Quatrième : relâcher le frein et accélérer.
Ce n'est pas le geste d'un homme inconscient. C'est un redémarrage intentionnel. L'expert le dit explicitement. La thèse de la perte de connaissance ? Invalidée.
La course-poursuite n'a rien d'anodin. Deux minutes quarante secondes. Trois kilomètres parcourus à soixante-dix km/h de moyenne en zone urbaine. Six dépassements de quatre-vingt-dix km/h. Un pic à cent dix-neuf km/h à Nanterre, aux alentours de huit heures du matin — au milieu des enfants, des familles, des travailleurs. La voiture emprunte des sens interdits, grille des feux rouges, manque de renverser un cycliste. Et surtout, elle fait une embardée sur les deux policiers lancés à sa poursuite.
Le policier auteur du tir explique sa position : « J'étais en danger. Mon collègue avait les bras à l'intérieur. J'avais le muret à cent trente centimètres derrière moi. Je n'avais que mon arme pour stopper ce véhicule. » Son collègue, Julien, confirme : il voit Nahel mettre la main en haut du volant, comme pour donner un coup de volant sur la gauche.
La balle et la légitime défense
L'expertise balistique corrobore cette version. La balle traverse d'abord le poignet de Nahel avant d'atteindre la cage thoracique. La trajectoire, déterminée par laser, correspond à la position du policier et au mouvement de la voiture. Le policier visait plus bas — son coude appuyé sur le pare-brise. Au moment du redémarrage, son angle de tir s'est relevé. Il a atteint une partie vitale.
La jurisprudence européenne impose de se placer « à travers les yeux de la personne qui a tué ». Le policier se sentait en danger immédiat. La question de la légitime défense est au cœur du dossier.
Pourtant, pendant deux ans et demi, l'opinion judiciaire a suivi un autre chemin. La cour d'appel de Versailles, en décembre 2024, avait requalifié les faits : non plus meurtre, mais « violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». Une qualification moindre, qui écartait l'intention homicide.
Le revirement de la Cour de cassation
Le 12 juin 2025, la Cour de cassation a cassé cette décision. Elle annule la requalification et renvoie le dossier devant la cour d'appel de Versailles, autrement composée. La voie est rouverte à un procès pour meurtre.
Le policier mis en cause n'est plus incarcéré. Il reste sous contrôle judiciaire. Aucune date de procès n'est fixée. Initialement envisagé pour fin 2026, il pourrait glisser au premier semestre 2027.
Trois issues possibles : meurtre, légitime défense, ou non-lieu. La cour d'appel devra trancher la question du tir légitime au regard de l'article L. 435-1 du code de la sécurité intérieure — celui qui encadre l'usage des armes par les policiers sur des véhicules en mouvement.
Instrumentalisation politique : du CRAN à Emmanuel Macron
Le passager avant a changé sa version un an plus tard. Trop tard. Les émeutes avaient déjà embrasé la France. Des centaines de communes touchées, des bâtiments publics brûlés, des commerces pillés. Le Conseil représentatif des associations noires (CRAN) a tenté de se constituer partie civile, invoquant un crime raciste. Assa Traoré, figure de la lutte contre les violences policières, a diffusé une vidéo. La mère de Nahel a appelé à « une révolte pour mon fils ».
Et Emmanuel Macron a parlé. Le président de la République a qualifié le tir « d'inexplicable » et « d'inexcusable ». Selon William Molinié, cette déclaration a attisé les émeutes. « Inexplicable, on est dans la parole politique. Inexcusable, on tombe dans le cadre judiciaire. Si c'est inexcusable, c'est que le policier n'a pas bien fait son travail, et pire, il encourt des fautes pénales. » L'effet inverse s'est produit : la violence s'est propagée de l'Île-de-France à toute la France.
Trois ans plus tard, les expertises reconstruisent la chronologie. Le dossier pénal ne repose pas sur quarante secondes de vidéo. Il repose sur des autopsies, des analyses balistiques, des simulations automobiles, des expertises audio. « L'enquête a démenti la version initiale », conclut le journaliste.
La justice devra désormais trancher. Pas les réseaux sociaux. Pas les politiques. Pas les associations.
Les faits, eux, ont parlé. Reste à savoir qui les entendra.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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