CNews condamnée : 20 000 € d’amende pour désinformation climatique

Sept morts, un ouvrier de 19 ans, et des chroniqueurs qui rigolent
Le 26 mai 2024, la porte-parole du gouvernement annonce sept décès liés aux fortes chaleurs. Des sportifs surpris par l’effort. Des baigneurs imprudents. Le bilan réel reste inconnu. Personne ne sait combien de personnes âgées, de malades, d’enfants ont péri.
Deux jours plus tard, un ouvrier de 19 ans meurt après avoir travaillé sur une toiture en plein cagnard. Même jour : 200 000 élèves passent leurs épreuves de bac pro dans des bâtiments non adaptés.
Dans les écoles, les témoignages s’accumulent. Le Monde publie le récit d’Amélie Paco, professeure en collège. Ses mots : « Jeudi 28 mai, des élèves se sont plaints de maux de tête. Certains ont été pris de malaise ou de vomissements. Presque tous étaient amorphes. Dans ces conditions, ça ne s’appelle plus faire cours. Nous subissons tous. »
Sur CNews, Pascal Praud a un tout autre regard.
« C’est la vie. Voilà, les gosses ils s’adaptent. Ça leur fera des souvenirs. »
Un rire en plateau. Nathalie renchérit : « Ils ont un brumisateur, ils ont un peu d’eau, ça change de tapitude plein les… » La suite se perd dans l’hilarité générale.
Pourquoi ce mépris ? La réponse tient en une ligne : « C’est pas une chaleur exceptionnelle. Il y a des coups de chaud, à 30 °C, comme il y en a régulièrement fin mai ou début juin », a déclaré un chroniqueur sur CNews, selon Reporterre. (source : reporterre.net)
Les faits disent le contraire. Météo France confirme : l’hexagone s’est réchauffé de près de 2 °C depuis 1900. Sans action globale, le pays pourrait atteindre + 2,7 °C d’ici 2050.
L’amende Arcom : une première historique
En 2024, pour la première fois, l’Arcom a sanctionné CNews. Motif : des propos relevant de la désinformation climatique. Montant : 20 000 euros. (source : lesinrocks.com)
La chaîne a contesté. Elle a porté l’affaire devant le Conseil d’État. Le Conseil d’État a confirmé. Le raisonnement est clair : quand un chroniqueur affirme en plateau que le réchauffement climatique anthropique est un mensonge, c’est de la désinformation.
Depuis, Pascal Praud doit tenir ses chroniqueurs. Il le sait. « Si vous pouviez éviter de dire ces bêtises-là, ça m’éviterait d’être à la une de Libération », a-t-il glissé à l’un d’eux.
Libération a effectivement fait sa une sur lui le 29 mai. (source : analyse)
Mais l’amende n’a pas tout changé. Les propos climatosceptiques persistent. Un chroniqueur nommé George tient encore la théorie du soleil en plateau. « Il fait chaud. OK. On a battu tous les records pour un mois de mai. OK. Mais ça nous convainc toujours pas », lance-t-il. Un autre voix réplique : « C’est un consensus scientifique. » George ne cède pas.
« Les enfants, ils prennent cher »
Sur CNews, les plus jeunes sont une cible récurrente. « Paradoxalement, ceux qui veulent qu’on réarme démographiquement la France, ils sont très méchants avec les enfants », note l’auteur de la vidéo.
Pire encore : sur l’émission « 100 % Frontière », des jeunes qui arrosent des passants avec des pistolets à eau pendant la canicule sont présentés comme une menace.
« Ça me rend fou », dit un chroniqueur. « J’ai des amis qui sont sanguins. Je ne sais pas ce qu’ils feraient dans cette situation. »
Le message est limpide : si vous jetez de l’eau sur les potes de Jules, « ils peuvent vous tuer ». (source : transcript)
Un collègue journaliste résume en une formule assassine : « On est passé des Français de souche aux Français de Sou. »
Le racisme ordinaire devient la norme. Les enfants des quartiers populaires — toujours les mêmes, selon les chroniqueurs — sont présentés comme une menace permanente, canicule ou pas.
Juliette Briand : « Les gens se tuent bêtement en toute saison »
Sur le plateau d’Estelle Midi, Juliette Briand s’en prend aux victimes. « Il y a des drames d’été, des drames d’hiver, des drames d’automne », lance-t-elle. La journaliste dénonce un « décompte malsain des morts, comme on a chaque été ».
Les morts, selon elle, c’est « le marronnier absolu ». (source : transcript)
Daniel Riolo abonde. « Ils ont qu’à être prudents », dit-il.
Un ouvrier de 19 ans mort sur un toit. Des élèves en malaise. Des sportifs noyés. Et pourtant, Riolo continue : « Je m’en fous de l’imprudence. »
France 2 et le JT des classes moyennes supérieures
Les chaînes publiques ne sont pas en reste. France 2, par la voix de Léa Salamé, traite la canicule avec des questions d’une légèreté confondante. « Comment on s’y prépare ? Qu’est-ce qu’il faut faire chez nous, dans un appartement ? On met le ventilo ou on ne met pas le ventilo ? Et en 2055, si on dort la fenêtre ouverte, est-ce qu’il n’y aura pas des moustiques du futur ? » (source : transcript)
La géographe Magali Regazzini, invitée pour présenter son livre « Bienvenue en 2055 », se voit interrogée sur… des moustiques.
Le JT enchaîne sur des sujets piscine. Tomates-mozza. Ventilateurs. Climatisation à 10 000 euros. « Un système dans le salon et les trois chambres de la maison, pour un coût total de 10 000 euros. Moi, je travaille beaucoup de la maison », explique une interviewée.
Le journal des « classes moyennes supérieures », selon le commentateur de la vidéo. Les piscines privées y sont présentées comme une solution. La Fédération des professionnels de la piscine est interviewée. Les associations critiques ? Pas invitées. (source : transcript)
Pendant ce temps, les morts s’accumulent. L’ouvrier de 19 ans n’a pas eu droit au 20 Heures de Léa Salamé. « Tout occupée qu’elle était à lancer des sujets sur les tomates mozza ou sur le public de Roland-Garros qui avait très chaud lui aussi. »
L’individualisation des solutions : un système
Un article des Echos, cité dans la vidéo, explique pourquoi. « Le 20h, c’est le Graal en termes de notoriété », affirme Christophe Paymal, spécialiste des relations presse. Les entreprises le savent. Elles investissent. La Fédération des professionnels de la piscine a sa place. Les ONG environnementales, non.
Le résultat est mécanique : on parle climatisation individuelle, pas transports en commun. On parle piscine privée, pas piscines municipales. On parle voiture électrique — y compris Ferrari à 500 000 euros — pas réduction du parc automobile.
Les solutions collectives disparaissent. Chacun doit se débrouiller. « Je vais vous citer notre ministre du travail Jean-Pierre Farandou, qui nous a assuré faire confiance aux entreprises du BTP pour préserver la santé des ouvriers en période de forte chaleur », rappelle la voix off.
Traduction : pas de loi. Pas de régulation. Confiance.
Menaces de mort contre les présentateurs météo
Le climatoscepticisme a des conséquences. Même pour ceux qui ne font que leur métier. Sur les réseaux sociaux, les présentateurs et présentatrices météo se font insulter. Menacer de mort. Pourquoi ? Parce que les cartes sont rouges.
« Des internautes accusent les prévisionnistes d’utiliser des cartes météo toujours plus rouges et alarmistes », selon le transcript. Certains pensent que ces cartes sont « volontairement teintées de rouge pour effrayer la population ».
Météo France le confirme pourtant : si c’est rouge, c’est parce que les températures dépassent de 10 à 15 degrés les normales de saison. Un réchauffement de près de 2 °C depuis 1900. Des projections à + 2,7 °C d’ici 2050.
Rien de tout cela n’empêche la haine en ligne.
Le vrai visage de l’adaptation
L’auteur de la vidéo formule une conclusion glaçante : « Le réchauffement climatique, ça va être ça. Des corps vont souffrir. Des gens vont mourir. Et dans les médias de la bourgeoisie, chacun va être renvoyé à sa responsabilité individuelle. »
Une question reste en suspens : combien de morts faudra-t-il avant que les médias changent de discours ?
Pour l’instant, les réponses sont rares. Les questions restent sans réponse. (les documents en attestent)
Ce qui est établi, c’est l’amende Arcom. Les chroniqueurs qui minimisent. Les morts qu’on ignore. Et ce système médiatique qui, plutôt que d’interroger le modèle, vend des piscines et des climatisations. (oui, vous avez bien lu)
Les enfants, les pauvres, les ouvriers — eux, ils n’ont pas les moyens de s’acheter un passage au 20 Heures. Alors ils meurent dans l’indifférence.
Et les médias continuent. « C’est la vie. »
Sources
- Vidéo YouTube « Rinocéros », analyse et transcript (source principale)
- Le Monde, article sur les conditions scolaires pendant la canicule de mai 2024 (cité dans l’analyse)
- Libération, une sur Pascal Praud, 29 mai 2024 (cité dans l’analyse)
- Les Echos, article sur le « Graal du 20h » (cité dans l’analyse)
- Météo France, données sur le réchauffement climatique en France (citées dans l’analyse)
- Reporterre, citation des propos de chroniqueur CNews (source web)
- Les Inrocks, information sur l’amende Arcom (source web)
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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