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SociétéÉpisode 8/12

Canicule : 1000 sans-abris morts en France, l'État accusé d'inaction

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-11
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Canicule : 1000 sans-abris morts en France, l'État accusé d'inaction

Mille sans-abris morts en 2025. Dix lors de la dernière canicule de juin. Le collectif Les morts de la rue alerte. L'État ne protège pas les plus vulnérables — les associations crient à l'inaction.

Le chiffre qui donne le vertige

Presque mille personnes sans abri sont décédées en France en 2025. C'est le chiffre du collectif Les morts de la rue. Loufi Wanésar, directeur général d'Emmaüs Solidarité, le rappelle sur le plateau de France 24. « La canicule est meurtrière », dit-il. Les sans-abris meurent aussi bien en hiver qu'en été. Déshydratation, hyperthermie, insolation, malaise — les causes sont directes. Et pourtant, ces décès auraient pu être évités. « Bien sûr », insiste Wanésar. Pourquoi ? Parce que « la question des sans-abris aujourd'hui n'est pas une priorité nationale ».

Fin juin 2025, le collectif recensait au moins dix morts lors des épisodes de chaleur extrême. Dix morts en quelques jours. Ce n'est que la partie visible. Le décompte officiel est toujours sous-estimé : les corps des sans-abris ne sont pas toujours identifiés comme tels. Le collectif tente de recenser chaque décès, mais les lacunes administratives sont nombreuses.

Des témoignages qui glacent

Bastien et Valentin, deux sans-abris, ont témoigné en juin dernier, lors de la deuxième canicule. Leurs paroles sont rapportées dans l'interview. « Le plus dur, c'est s'hydrater, trouver des endroits à l'ombre », explique l'un. « Et les douches aussi », ajoute l'autre. Le matin, ils cherchent l'ombre jusqu'à ce que « les flics arrivent pour nous demander de partir parce qu'on dérange l'espace public ». Alors ils tournent en rond, protégeant leurs chiens de la chaleur. Voilà la réalité quotidienne des 350 000 sans-abris que compte la France, selon le collectif.

Ce chiffre — 350 000 — est colossal. Des centaines de milliers de personnes exposées aux caprices du climat sans aucun toit. Les pouvoirs publics, selon Wanésar, « ne peuvent pas ignorer cette réalité ». Pourtant, ils agissent comme si elle n'existait pas.

L'État délègue, les associations trinquent

Le constat est implacable : l'État confie la gestion de l'urgence aux associations. Emmaüs Solidarité ouvre des accueils de jour, des centres d'hébergement, des salles rafraîchies. Mais les financements ne suivent pas. « Les associations sont le dernier filet de sécurité aujourd'hui », affirme Wanésar. « Elles ont une mission de service public. L'État leur délègue une mission importante. Mais aujourd'hui, on constate que les financements ne sont pas à la hauteur des besoins. »

Depuis le Covid, les besoins sociaux explosent. Des personnes âgées, des travailleurs pauvres frappent aux portes des associations. « Les associations font un travail titanesque », mais les moyens manquent. Wanésar réclame un plan national urgent. Il demande des cellules de coordination dans chaque département — préfet, maire, association — pour faire un retour d'expérience sur chaque vague de canicule. « Si on veut éviter des décès, la meilleure solution c'est de mettre les personnes à l'abri. »

Le paradoxe de l'urgence permanente

La fondation pour le logement abonde dans le même sens. Son président régional rappelle que « la mortalité des sans-abris est aussi, si ce n'est plus élevée en été ». Il souligne l'absurdité des consignes gouvernementales : « Restez chez vous aux heures les plus chaudes. Ces personnes, elles n'ont pas de chez elles. » Il appelle à « un sursaut sur la question de l'hébergement ». Sa phrase résonne : « Il y a des gens qui meurent à la rue aujourd'hui parce qu'ils ont trop chaud. C'est impossible en France aujourd'hui en 2026 de l'accepter. »

Wanésar approuve. Les solutions d'urgence — distribuer de l'eau, orienter vers des accueils de jour — ne suffisent pas. « La solution, c'est de mettre les personnes à l'abri et de ne pas les remettre ensuite à la rue. » Car le problème est structurel : on intervient toujours dans l'urgence, sans plan sur le long terme. « C'est le paradoxe », dit-il. On ouvre des places pour trois jours, puis on remet les gens dehors. Résultat : les sans-abris refusent ces solutions précaires. « Personne n'a envie de vivre dans la rue avec gaieté de cœur », rappelle Wanésar. Une solution pérenne, avec un accompagnement social et médico-social, augmenterait les chances d'acceptation. Mais ces places manquent cruellement.

2000 enfants à la rue : le scandale dans le scandale

Le baromètre de l'UNICEF et de la FAS (Fédération des acteurs de la solidarité) de septembre 2025 est formel : plus de 2 000 enfants dorment à la rue en France. « On ne peut pas accepter que des enfants en France puissent dormir à la rue », martèle Wanésar. « C'est inacceptable. » La Nuit de la solidarité à Paris, en janvier 2026, a recensé 3 500 sans-abris dans la seule capitale. Des hommes, des femmes, des enfants. Et ce n'est qu'un instantané.

Ces chiffres sont connus. Les associations alertent depuis des années. Rien ne change. « Peut-être qu'il y a des questions économiques », avance Wanésar. Mais lui insiste : « C'est une question de société. Une société ne peut pas être heureuse s'il y a des personnes qui décèdent. » Il dénonce la banalisation de la mort des sans-abris. « Le décès des personnes sans abri est devenu quelque chose quasiment de banal, une fatalité. Il ne faut pas que ça devienne une fatalité. »

Des mesures concrètes, mais insuffisantes

Face à la troisième canicule de l'été 2026 — vingt départements en vigilance rouge — Emmaüs Solidarité s'organise. Ses 900 salariés et bénévoles ouvrent des accueils de jour entre midi et deux, des centres d'hébergement, des salles rafraîchies. Les maraudes sont renforcées : quatre équipes sillonnent Paris pour aller chercher les plus vulnérables. Un centre à Noisy-le-Grand ouvre tout le week-end pour les familles. Un autre dans le 17e arrondissement accueille des familles et des enfants dès ce soir. On installe des ventilateurs, on tente de climatiser certains bâtiments. « Mais il y a une rupture de stock », précise Wanésar.

Ces efforts sont louables, mais ce sont des rustines. « Nous, on essaie de se débrouiller », dit-il. « Mais ce qu'on demande, c'est un plan national massif et important pour stopper les décès. » Il rappelle que parmi les mille ou deux mille décès de la dernière vague, plusieurs ont été constatés par les équipes de maraude elles-mêmes. « Merci beaucoup », conclut le journaliste. « On espère que votre message a été entendu. »

Qui porte la responsabilité ?

La question est posée : pourquoi le nécessaire n'est-il pas fait ? Wanésar répond que le sujet du sans-abrisme n'est pas une priorité nationale. Il interpelle directement le président de la République, le Premier ministre, le ministre du Logement. « On a besoin de paroles politiques fortes, que les grandes voix de ce pays s'élèvent. » Il demande des financements annuels et durables, et un budget du ministère du Logement à la hauteur.

Le président régional de la fondation pour le logement, lui, parle de « sursaut ». Un mot fort. La situation est connue, documentée, chiffrée. Les solutions existent : des places d'hébergement pérennes, un accompagnement social, une coordination entre préfets, maires et associations. Mais l'État semble paralysé. Ou pire : indifférent.

Un dossier qui s'alourdit

Cet article fait partie du dossier « Canicule : Gontard défie le Premier ministre sur l'inaction climatique » du Dossier. Les épisodes précédents ont montré l'ampleur du désastre : hôpitaux saturés, records de chaleur, plans d'urgence activés. Mais le sort des sans-abris reste le parent pauvre des politiques publiques. Alors que la troisième canicule de l'année frappe, vingt départements sont en vigilance rouge. Les températures atteignent 39 à 40 degrés par endroits. Les corps des plus vulnérables sont en première ligne.

Les associations continuent de se battre. Mais elles ne peuvent pas tout. Comme le dit Wanésar : « On ne peut pas laisser une société prospérer avancer quand on a des personnes qui meurent dans la rue. » La question est désormais politique. Et le temps presse.

Sources : France 24 (interview de Loufi Wanésar, directeur général d'Emmaüs Solidarité), collectif Les morts de la rue, Fondation pour le logement, UNICEF, FAS (Fédération des acteurs de la solidarité), Nuit de la solidarité (Paris, 2026).

📰Source :youtube.com

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