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SociétéÉpisode 4/12

Maires ruraux : 650 euros par mois, 30 heures de travail, et la menace permanente

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-15
Illustration: Maires ruraux : 650 euros par mois, 30 heures de travail, et la menace permanente
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650 euros pour 30 heures

Commençons par le commencement. Un maire d'une commune de 600 habitants touche environ 650 euros par mois d'indemnité. Ce n'est pas un salaire — c'est une indemnité. Pour trente heures de travail hebdomadaire, selon les témoignages. "Il faut avoir un peu d'argent. Parce que la bouffe et le loyer, ça se paye pas tout seul", lâche un édile dans la vidéo. Un autre précise : "Mon indemnité de maire passe quasiment dans les frais de garde d'enfants.' Une maire de 5000 habitants résume le paradoxe : 'Une indemnité si faible fait qu'on est obligé de cumuler d'autres fonctions en tant qu'élu, de continuer une activité professionnelle pour remplir le frigo."

Le maire n'est plus un notable. "Le maire, c'est tombé dans le quotidien des gens", explique l'un d'eux. Ses journées dépassent souvent douze heures. Une mère de trois enfants, maire, raconte : "Mes journées commencent à six heures et finissent souvent vers minuit.' Le temps se répartit entre les réunions — jusqu'à trois par semaine en communauté de communes —, les trajets, et les urgences. 'Je suis professeur de catalan au lycée de Font-Romeu. Pour la mairie, je vais à Perpignan quatre fois par mois. Deux heures aller, deux heures retour. Très fatigant."

La polyvalence est totale. "On est DRH, chef de travaux, conciliateur, médiateur", énumère un maire. Un autre ajoute : "Il faut être compétent en droit funéraire, en droit familial, en droit fiscal. On m'a même téléphoné pour demander comment s'écrivait un mot.' Chaque semaine apporte son lot de concepts nouveaux : photovoltaïque, mobilité durable, gestion des eaux pluviales. Sans formation initiale. 'Les formations de maire, ça n'existe pas', constate un élu en fin de mandat. Voilà."

La violence au quotidien

Les chiffres officiels confirment une tendance lourde. Selon la police nationale, 45 % des élus victimes de violences en France sont des maires. Devant les conseillers municipaux (22 %) et les députés (21 %). Les témoignages recueillis dans le documentaire illustrent cette réalité. Lettres de menaces, appels anonymes, agressions physiques. Un maire montre une photo : des menaces écrites. "Vous avez celui qui vous appelle à neuf heures du soir qui veut qu'on enferme sa femme. Des drones tournent et filment des gens en petite tenue dans leur salle de bain. Le maire doit tout régler."

La pression ne vient pas toujours de l'extérieur. Parfois, ce sont les administrés eux-mêmes — exigeants et immédiats. "Les gens sont dans une attente du tout et tout de suite. Mais le temps de l'administration n'est pas le même", explique une passante interrogée. Un maire confirme : "Aujourd'hui, on demande à un élu d'être à la fois politique et technicien. Ça devient très compliqué. Certains démissionnent.' Il n'y a pas de statut protecteur. 'On n'enfile pas des perles', dit un élu. Derrière le cliché du notable tranquille, il y a un homme ou une femme seul face à des conflits de voisinage, des violences intrafamiliales, des crises sanitaires ou climatiques."

Femmes maires : un combat supplémentaire

Elles ne sont que 20 % des maires en France. Le documentaire donne la parole à plusieurs d'entre elles. Leur quotidien ajoute une couche de difficultés. Une maire raconte : "Je suis devenue maire en 2020. Mes enfants avaient six et huit ans. J'ai divorcé. Je les élève seule la semaine et un week-end sur deux. Tout le mandat se construit le soir, après le travail. Mais c'est le moment où tout le monde vous attend à la maison.' Elle demande des visioconférences pour les réunions de l'intercommunalité depuis six ans. 'Ça n'a toujours pas été mis en place. Le portrait type du maire, c'est un homme de plus de 60 ans, à la retraite. Pour eux, faire des réunions à 18 heures, c'est parfait."

L'absence de congé maternité pour les élues est criante. Une maire de 5 000 habitants se souvient : "En 2018, je suis tombée enceinte. J'ai appelé l'assurance maladie. On m'a dit : 'Ma petite dame, on n'a pas de réponse à vous donner.' Rien n'était prévu pour une femme enceinte dans le statut de l'élu.' Elle a exercé ses fonctions sans prendre un seul jour de congé maternité. 'Je suis venue avec mes jumeaux dans mon bureau.' Le sexisme ordinaire s'ajoute. 'Quand les gens entrent dans la mairie, ils pensent que je suis la secrétaire. On parle de 'monsieur le maire'. Moi, je suis 'madame le maire'."

L'isolement des petites communes

Les maires des villages de 200 à 300 habitants sont les plus vulnérables. Le documentaire les montre seuls, souvent sans soutien technique. "Quand vous avez une secrétaire de mairie cinq ou six heures par semaine, c'est extrêmement compliqué", témoigne un maire de 5 000 habitants. Un autre, élu dans une commune de 200 âmes, gère tout : "urbanisme, voirie, relations avec les administrations. 'Il n'y a pas eu de passation de commandement ni d'information. Personne ne m'avait appris ce qu'il fallait faire.' Un maire élu par défaut : 'On n'avait plus de maire. Personne ne voulait se présenter à cause des responsabilités. Je suis devenu maire parce que ma compagne a glissé mon nom."

Le phénomène n'est pas marginal. "Il y a énormément de maires qui considèrent que c'est un sacerdoce d'être élu local", observe un élu. Un maire d'Essegney, Eric Jacoté, raconte : "Trois mois avant l'élection, la liste était orpheline. On est venus chez moi : 'On a une liste, mais on n'a plus de maire.'' Le manque de candidats s'aggrave. Une passante interrogée le résume : 'C'est un boulot de fou."

La transmission impossible

Transmettre son expérience est vital. Mais il n'existe pas de formation. "Ceux qui font le cursus conseiller municipal, adjoint, maire, il y a une logique. Mais celui qui devient maire comme ça... S'il savait avant ce que ça comporte, je ne suis pas certain qu'on dirait oui", confie un élu sortant. Dans une scène du documentaire, un maire cède sa place à son successeur : "Tu vas passer beaucoup de temps ici. Je te montrerai comment je fonctionne. Mais les formations, ça n'existe pas.' Le nouveau maire devra apprendre sur le tas, avec une secrétaire à temps partiel et des dossiers complexes."

Un maire finissant, à l'aube de ses 70 ans, dit : "Je suis content. Il y a des gens qui laissent un petit mot : 'Vous avez fait du bon boulot.'' D'autres, plus jeunes, se demandent combien de temps ils tiendront. 'On se raccroche aux gens sympas. On a un mur avec des petits mots gentils. Ça fait du bien."

Démocratie locale en danger

Les conséquences sont politiques. "Moi, ce qui me fâche, c'est de penser que la démocratie n'est pas accessible à tous", s'insurge une maire. Elle propose une professionnalisation du mandat : "On a déjà des élus professionnels de la politique. Il faut offrir les conditions de professionnalisation pour ouvrir à tous. Un mandat pour apprendre, deux pour faire, trois pour transmettre, et après, retour à la vie active.' Un autre est plus radical : 'Je suis pour inscrire le statut de l'élu dans le Code du travail. On travaille."

Une maire de Genève, interrogée en vacances en France, apporte un regard suisse : "Nous avons l'habitude d'être élus pour cinq ans, mais d'être maire une année, car nous sommes collégiaux. Mieux partager le pouvoir, c'est aussi garantir une sécurité pour ceux qui l'exercent.' La question est posée : combien de maires encore accepteront de sacrifier leur santé, leur famille, leur sécurité pour 650 euros par mois ? Le documentaire ne répond pas. Il montre des hommes et des femmes qui continuent, parce qu'ils aiment les gens. 'On ne peut pas être maire si on n'aime pas les gens', répète un élu."

Mais l'usure est là. "Je pense qu'on est à la fin d'un système, comme on est à la fin de la Ve République", déclare une maire. Sans maires, la République se vide de son premier service public. La mairie, "premier des services publics", selon un habitant. Celui où l'on entre quand on a un problème. Mais qui entrera demain pour ouvrir la porte ?

Sources : témoignages de maires recueillis dans le documentaire « Maires de France » (YouTube) ; données de la police nationale sur les violences contre les élus (police-nationale.interieur.gouv.fr).

📰Source :youtube.com

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