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Faits diversÉpisode 3/1

Normandie : trois affaires, trois femmes, un même silence

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-07
Illustration: Normandie : trois affaires, trois femmes, un même silence
© YouTube

Une mort annoncée

Rouen, 17 avril 2014. Il est 6h28 quand Henry donne l’alerte. Selon la vidéo de Canal Crime, l’homme de 53 ans contacte d’abord une voisine. Il lui demande si elle a entendu du bruit. Elle répond que non. Il lui propose alors de le suivre dans l’appartement. La voisine accepte. Elle découvre une scène de cauchemar.

Kathleen, 18 ans, gît sur un matelas. Elle porte un simple t-shirt. Pas de culotte. Pas de pantalon. Baignant dans son sang.

La voisine demande : « Est-ce que tu as appelé la police ? » Henry répond : « Non. » C’est elle qui l’incite à prévenir les secours. Le coup de fil intervient vers 6h45. Les premiers mots : « Elle ne bouge plus. » Puis, après plusieurs minutes : « Oui, elle est morte. »

Moins de dix minutes plus tard, la police judiciaire de Rouen et les pompiers investissent l’appartement. Ils constatent le décès. Un détail les frappe : une odeur de détergent. La scène a été nettoyée. Au pied du corps, un couteau. Propre.

Les faits : trois scènes de crime, trois enquêtes

L’affaire Kathleen : treize coups de couteau et un colocataire récidiviste

Selon la vidéo de Canal Crime, l’autopsie révèle treize plaies. Sept en région thoracique. Cinq en région abdominale. Un coup à la carotide. Kathleen s’est vidée de son sang. Des lésions de défense montrent qu’elle a résisté.

Henry, le colocataire, donne une piste aux enquêteurs : un voisin, Maxime, présent à la même soirée que Kathleen quelques heures avant le meurtre. Maxime est placé en garde à vue. Mais les analyses ADN l’innocentent.

Les regards se tournent alors vers Henry. Son passé est lourd. Selon la vidéo, il a déjà été condamné pour des faits de violence. Il a perdu sa mère très jeune. Il souffre d’un syndrome de paranoïa. Des proches témoignent : Henry aurait confié vouloir avoir des relations sexuelles avec Kathleen. Il aurait menacé de la tuer si elle quittait la colocation.

Les analyses ADN sont accablantes. Des traces de sperme d’Henry sont retrouvées sur la culotte de Kathleen et dans son vagin. Son ADN est aussi présent sur une trace de sang et un ongle cassé. Henry nie. Il prétend que la relation était consentie. Il affirme que Kathleen, ivre, serait venue le chercher.

Un scénario impossible pour ses proches. Selon la vidéo, Kathleen n’avait eu qu’un seul homme dans sa vie. Elle n’était amoureuse que de lui.

L’affaire Pascal : vingt ans de viols dans un centre équestre

Le 10 avril 2015, Laure, 18 ans, pousse la porte de la gendarmerie de Passy-sur-Ourcq. Elle accuse Pascal, le directeur du centre équestre d’Épiers, de l’avoir violée à plusieurs reprises. Les faits auraient commencé en 2013. Laure explique aux gendarmes qu’elle a été manipulée. Pascal lui aurait fait croire à une relation amoureuse.

Elle apporte une preuve matérielle : son téléphone portable, avec des échanges de SMS. Des mots qui ne laissent guère de doute.

Les experts psychiatres estiment son témoignage crédible.

Mais Laure n’est pas la seule. D’autres jeunes filles se manifestent. Coralie, Anna, Amélie, Irene, Armelle. Toutes racontent la même histoire. Pascal les aurait ciblées alors qu’elles étaient adolescentes. Il aurait utilisé son autorité de directeur du centre équestre. Il les aurait manipulées affectivement. Il les aurait menacées : les chevaux qu’elles aimaient tant seraient envoyés à la boucherie si elles parlaient.

Irene raconte des abus dès 1994. Elle avait 9 ans. Sa mère n’avait pas porté plainte.

Pascal avait déjà été condamné en 2007 pour agressions sexuelles sur mineurs. Il avait écopé d’un sursis avec mise à l’épreuve. Mais il n’avait pas été interdit de travailler avec des mineurs. Il avait pu continuer à diriger le centre équestre.

Le mode opératoire était rodé. Pascal ciblait des jeunes filles vulnérables. Il utilisait son autorité. Il promettait des privilèges équestres. Il menaçait : les chevaux iraient à la boucherie. Il les enfermait à clé dans son appartement lors des déjeuners privatifs. Un moniteur, Yann, témoigne. La porte était fermée à clé.

Le 21 avril 2015, une perquisition est menée au domicile de Pascal. Les enquêteurs découvrent des lettres d’amour écrites par l’une des victimes. Pascal est placé en garde à vue. Il nie tout. Il prétend que les relations étaient consenties. Il dit à l’une des victimes qu’elle était « un fantasme » pour lui.

Selon la vidéo, Pascal est renvoyé devant la cour d’assises en 2017 pour 14 victimes. Le procès s’ouvre le 16 octobre 2018 à Lille. Pascal nie toujours. Le verdict n’est pas mentionné dans la vidéo.

L’affaire Liliane : traînée nue sur six cents mètres

Le 3 mars 2012, le corps d’une femme est découvert sur une route de campagne à Feugères. Nue. Mutilée. L’autopsie révèle une centaine de plaies. À la poitrine. Aux fesses. Causées par un tournevis et un couteau. Un morceau de corde est retrouvé sur place.

Liliane, 45 ans, était discrète et gentille, selon son entourage. Elle buvait. Son mari Bruno aussi. Leur relation était marquée par l’alcoolisme et la violence. En 2010, Bruno avait été condamné pour violences sur sa compagne. Les enfants avaient été placés.

Le soir du 3 mars, le couple est au bar-tabac de Feugères. Les images de vidéosurveillance les montrent. Ils consomment beaucoup d’alcool. Personne ne remarque de dispute. À 19h10, ils quittent le bar. Le corps de Liliane est retrouvé plus tard dans la nuit.

Bruno est interrogé. Il donne une version étrange. Sa femme aurait été enlevée par une voiture inconnue. Il n’a pas relevé la plaque. Il n’a pas cherché à la suivre.

Les gendarmes ne le croient pas. Ils perquisitionnent son domicile. Ils découvrent un manteau humide avec des taches de boue — celui que portait Liliane sur les images. Dans le coffre de la voiture, un couteau ensanglanté. Des traces de sang partout. Une grosse corde, dont une partie avait été retrouvée sur les lieux.

Bruno est placé en garde à vue. Il tente d’avaler un papier sur lequel est inscrit le numéro de téléphone de Loïc, l’automobiliste qui a roulé sur le corps de la victime.

Les analyses confirment : le corps est bien celui de Liliane. Bruno l’a massacrée à coups de couteau et de tournevis. Il l’a attachée à sa voiture. Il l’a traînée sur six cents mètres.

Le 2 avril 2015, le procès s’ouvre devant la cour d’assises de Coutances. Bruno avoue. Il dit avoir honte. Il ne s’explique pas. Sa fille lui demande : « Papa, donne-moi les pages du livre qui me manquent pour comprendre pourquoi tu as tué si sauvagement maman. » Il ne répond pas.

Il est condamné à trente ans de réclusion criminelle, avec une peine de sûreté de vingt ans. Il fait appel. En juin 2016, la peine est confirmée.

Le contexte : des victimes oubliées par le système

Trois affaires. Trois territoires normands. Un point commun : des signaux d’alarme ignorés.

Dans l’affaire Kathleen, Henry était un multirécidiviste sexuel. Selon la vidéo, il avait déjà été condamné pour des faits de violence. Pourtant, la mère de Kathleen lui avait confié sa fille. « J’avais vraiment confiance en lui », dit-elle. « Je le considérais comme un vrai frère. »

Dans l’affaire Pascal, le directeur du centre équestre avait déjà été condamné en 2007 pour agressions sexuelles sur mineurs. Il avait écopé d’un sursis avec mise à l’épreuve. Mais il n’avait pas été interdit de travailler avec des mineurs. Il avait pu continuer à diriger le centre. À cibler de nouvelles victimes.

Irene raconte des abus dès 1994. Elle avait 9 ans. Sa mère n’avait pas porté plainte. Vingt et un ans de silence.

Dans l’affaire Liliane, Bruno avait été condamné en 2010 pour violences sur sa compagne. Les enfants avaient été placés. Mais rien n’avait empêché le féminicide.

Les questions restent sans réponse. Pourquoi la justice n’a-t-elle pas protégé Kathleen ? Pourquoi Pascal a-t-il pu continuer à travailler avec des mineurs après sa condamnation ? Pourquoi les violences conjugales de Bruno n’ont-elles pas été prises plus au sérieux ?

Le traitement judiciaire : des procès sous tension

Le procès Henry : trente ans de prison, mais pas d’aveux

Le 8 mars 2018, le procès d’Henry s’ouvre devant la cour d’assises de Rouen. Selon la vidéo, l’accusé nie tout en bloc. Il adopte une attitude provocatrice. Il dénigre la mémoire de Kathleen. Il fait un doigt d’honneur aux enfants de la victime.

La mère de Kathleen témoigne. Elle rappelle les moments de complicité passés avec Henry. Elle lui demande pourquoi il a trahi sa confiance. Henry ne répond pas.

Un témoignage clé vient de son propre frère, interrogé par visioconférence depuis l’île de la Réunion. Il affirme avoir reçu une lettre dans laquelle Henry reconnaissait avoir « fait une connerie ». Mais la lettre n’a jamais été retrouvée. Ni par les enquêteurs. Ni par le juge d’instruction.

Henry se déchaîne. Il traite son frère de menteur. L’audience est suspendue.

Malgré l’absence de la lettre, Henry est condamné le 13 mars 2018 à trente ans de prison, dont dix-huit ans de sûreté. Il fait appel. Un nouveau procès devait se tenir en 2020. À ce jour, selon la vidéo, il demeure présumé innocent.

Le procès Pascal : quatorze victimes, un déni total

Le 16 octobre 2018, le procès de Pascal s’ouvre devant la cour d’assises de Lille. Il est accusé de viols et d’agressions sexuelles sur au moins quatorze adolescentes. Les faits s’étalent sur plus de vingt ans.

Pascal nie tout. Il prétend que les relations étaient consenties. Il dit à l’une des victimes qu’elle était « un fantasme » pour lui. Les victimes témoignent. Elles racontent l’emprise, les menaces, la manipulation.

Le verdict n’est pas mentionné dans la vidéo.

Le procès Bruno : trente ans de réclusion, un silence assourdissant

Le 2 avril 2015, le procès de Bruno s’ouvre devant la cour d’assises de Coutances. Il est accusé du meurtre de sa femme Liliane. Pendant trois ans, il a nié. Mais dès le premier jour d’audience, il avoue.

« C’est moi. C’est moi qui l’ai tuée. »

Il ne s’explique pas. Il se renferme. Le seul moment où il frémit, selon un témoin, c’est quand sa fille prend la parole. Elle lui demande pourquoi. Il ne répond pas.

La photo du corps sans vie de Liliane est projetée dans la salle. Le choc est total. « On n’imagine pas qu’on puisse retrouver quelqu’un dans un état comme celui-ci », témoigne un participant.

Bruno est condamné à trente ans de réclusion criminelle, avec une peine de sûreté de vingt ans. Il fait appel. En juin 2016, la peine est confirmée. Il déclare être rentré dans une rage folle après une dispute sur fond d’alcool.

Ce que ça dit de la France : les failles du signalement en Normandie

Trois affaires. Trois échecs. Un même territoire.

La Normandie n’est pas une région plus violente que les autres. Mais ces trois affaires criminelles, survenues entre 2012 et 2014, révèlent des failles structurelles dans le traitement des violences faites aux femmes.

D’abord, le signalement. Dans l’affaire Kathleen, les menaces de mort proférées par Henry étaient connues de son entourage. Des proches avaient entendu ses confidences. Personne n’a alerté les autorités. Pourquoi ?

Ensuite, le traitement judiciaire. Dans l’affaire Pascal, la condamnation de 2007 n’a pas été assortie d’une interdiction de travailler avec des mineurs. L’homme a pu continuer à diriger un centre équestre. À cibler de nouvelles victimes. Pendant huit ans.

Enfin, la prise en charge des victimes. Laure a attendu un an avant de porter plainte. Irene a attendu vingt et un ans. Liliane avait porté plainte pour violences en 2010. Son mari avait été condamné. Mais rien n’a empêché le féminicide.

Les questions restent sans réponse. Pour l’instant.

Comment améliorer le signalement des violences faites aux femmes en Normandie ? Comment garantir que les condamnations pour agressions sexuelles soient assorties d’interdictions professionnelles effectives ? Comment protéger les victimes de violences conjugales avant qu’il ne soit trop tard ?

Ces trois affaires criminelles ne sont pas des exceptions. Elles sont le symptôme d’un système qui, trop souvent, échoue à protéger les plus vulnérables.

Kathleen avait 18 ans. Laure en avait 18 aussi. Liliane en avait 45. Elles auraient dû être protégées. Elles ne l’ont pas été.

Leurs histoires, racontées par Canal Crime, sont un avertissement. Un rappel que la justice, sans moyens ni volonté politique, reste impuissante face à la récidive et à l’emprise.

Sources :

  • Canal Crime (YouTube) : Le colocataire assassin, le directeur pédophile et le mari bourreau

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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