Double meurtre de deux étudiantes : Jean-Yves Morel condamné à perpétuité

Première disparition : Marie-Hélène Rousset (1996)
Elle s'appelait Marie-Hélène Rousset. Étudiante. Brune. Disparue un jour de 1996 sans laisser de trace. Son père, Denis Rousset, signale sa disparition à la gendarmerie. On privilégie la fugue. On diffuse un signalement. Rien.
La jeune fille avait déjeuné chez sa sœur, Nadine Morel, le jour de sa disparition. Après le repas, Nadine repart travailler. Marie-Hélène devait retourner au lycée, puis reprendre le car. Elle ne l'a jamais fait.
Nadine raconte que son mari, Jean-Yves Morel, rentrait du travail vers 15h30. Il est laborantin dans une usine pharmaceutique — la société Bayer. C'est lui qui a lu le mot laissé sur la table par sa belle-sœur : « Tiens, je pars, ne vous occupez pas de moi, on se reverra bientôt, mais pas avant mardi. »
L'enquêtrice Carole Vanolli, jeune gendarme à l'époque, décide de convoquer Jean-Yves Morel. Il est loquace. Très loquace. Il donne beaucoup de détails. Trop de détails. Il évoque même la disparition de 100 francs qu'il accuse Marie-Hélène d'avoir volée dans son manteau. « Il était un petit peu rabaissé dans le fauteuil, les mains dans les poches, se souvient Carole Vanolli. Il me regardait vraiment comme une femme, comme un homme regarde une femme et pas comme un homme auditionné regarderait un enquêteur. » Ce trouble ne la quittera jamais.
Deuxième disparition : Elisabeth Griffin (1997)
Un an passe. Le 24 juin 1997. Nouvelle disparition. À Rouen, cette fois. Elisabeth Griffin, 21 ans, étudiante en sciences. Elle devait découvrir ses résultats de partiels avec une amie. Son amie l'attend en vain. La voiture d'Elisabeth aussi disparaît. Son père, son frère, sa sœur s'inquiètent. Au bout d'une semaine, Géraldine, sa sœur, et le père se rendent à Rouen. Rien. L'appartement est vide.
Les enquêteurs réquisitionnent les listes d'appels chez France Télécom. Un appel retient leur attention : le 24 juin à 7h59, un appel de deux minutes arrive au domicile d'Elisabeth. C'est le dernier appel reçu. Il provient d'une cabine publique de la Remuée, près de l'Île Bonne. Un seul appel a été passé depuis cette cabine ce matin-là. Un seul. Vers le domicile d'Elisabeth.
On retrouve la voiture le lendemain sur un parking d'une cité sensible : le Clairval, à l'Île Bonne. Portière ouverte. Sac à main sur le siège avant. L'adjudant Dubois, enquêteur de Rouen, contacte les gendarmes locaux de Gravenchon. Parmi eux, Carole Vanolli — la même qui avait enquêté sur la disparition de Marie-Hélène.
Sur place, Géraldine Griffin reconnaît la voiture de sa sœur. Elle ne comprend pas sa présence dans cette cité. Personne n'y connaissait Elisabeth. Au cours de l'échange, on évoque les stages qu'Elisabeth a faits. Des noms d'entreprises sont cités. « Dupuis, Fayard, et l'autre, c'était Bayer », dit Géraldine. « Bayer ? » Carole Vanolli sursaute. Cette société, c'est la même que celle où travaille Jean-Yves Morel, le beau-frère de Marie-Hélène disparue.
« Tout de suite, je ressors la recherche d'un intérêt des familles que j'avais dans le tiroir de mon bureau, raconte-t-elle. Et je me conforte en voyant qu'effectivement c'est bien la même société. » Morel est bien employé chez Bayer. « C'est plus qu'une coïncidence, c'est presque un coup du destin. »
Le lien : une coïncidence troublante
Autre élément troublant : la ressemblance physique entre Marie-Hélène et Elisabeth. Deux brunes. Même taille. Deux belles filles. « À tel point que des gens qui voyaient les photos de ces deux disparues pensaient qu'il s'agissait de la même personne », disent les enquêteurs.
On vérifie les appels d'Elisabeth. Depuis la fin de son stage chez Bayer, a-t-elle gardé contact avec Jean-Yves Morel ? Oui. Le 16 juin 1997, à 11h20, Elisabeth a téléphoné à Morel. Interrogé, il explique qu'elle voulait refaire un stage. Il a pris deux jours de congés les 24 et 25 juin — « pour faire quelques travaux à la maison ». « C'est une triste coïncidence », dit-il.
La voiture d'Elisabeth est examinée. Aucune empreinte, aucun ADN. Mais le compteur journalier affiche 57 km. Ses proches disent qu'elle le remettait à zéro chaque matin. Les enquêteurs refont le trajet : de l'appartement d'Elisabeth à Rouen jusqu'au domicile de Morel. Exactement 57 km. Puis du domicile de Morel à la cité du Clairval, où la voiture a été abandonnée. La distance totale colle parfaitement.
Le 9 octobre 1997, on place Jean-Yves Morel en garde à vue. Il n'est pas à l'aise. Il se contredit sur les horaires. « On réussit quand même à le contrer sur certains points, mais il ne craque pas », raconte un enquêteur. Questionné sur une éventuelle rencontre avec Elisabeth après son congé, il se trahit : « Je l'ai croisée en ville. — Avant le 24, après le 24 ? — Après, parce que c'était après mon congé... Je crois que c'était le 26. » Il ment. Les enquêteurs en sont convaincus.
La fouille et les découvertes
Perquisition au domicile de Morel. On découvre des photos de Marie-Hélène. Une coupure de journal sur sa disparition. Et surtout, une quantité impressionnante de films pornographiques. Sa femme Nadine est placée en garde à vue. Elle décrit son mari comme « entreprenant et exigeant sur le plan sexuel ». Le couple semble soudé. Morel gère tout, même le courrier.
Les enquêteurs décident de fouiller le terrain. Durant l'été 1997, Morel a bétonné une terrasse à l'arrière de sa maison. La société Caligé de Nantes effectue un quadrillage avec une machine spécialisée. On repère trois ou quatre zones sensibles. La principale se trouve dans le garage. Une zone de deux mètres de large, profonde. On creuse. On retire 60 à 90 cm de terre. Puis on tombe sur une dalle de béton — 2,50 mètres sur un bon mètre.
On fait appel à une société de travaux publics du village. Morel assiste aux opérations. Décontracté. Il parle de son voilier. Les ouvriers brisent la dalle au marteau-piqueur. Rien. On creuse en dessous. L'émotion monte. Le grutier remet un godet. Un petit triangle de bâche apparaît. Silence de cathédrale. Un technicien perce la bâche avec un cutter. Une odeur immonde envahit le garage. On a trouvé.
« C'est qui, Morel ? — Elisabeth. » Cette question l'arrête. On découvre un bijou en forme de dauphin en or, porté par Elisabeth. Nadine Morel s'écroule. On appelle un médecin. On déterre le corps d'Elisabeth, transféré à la morgue.
Interrogé, Morel donne une première version : accident. Elisabeth l'aurait agressé. Il l'aurait poussée. « C'est un accident, je vous jure. » Les gendarmes n'y croient pas. L'interrogatoire dure toute la journée du 29 avril. Un enquêteur le prévient : s'il ne dit pas la vérité, il va se couper du peu de soutien qui lui reste — ses sœurs. Morel hésite.
Un gendarme féminin entre avec un café. L'enquêteur accepte. Morel demande aussi un café. La femme se retourne : « Ah non, certainement pas vous. » Autoritaire, presque dédaigneuse. Morel est touché. Il s'écroule. Il avoue tout.
Les aveux
C'est lui qui a appelé Elisabeth le 24 juin depuis la cabine. Elle est venue chez lui. Il a été très entreprenant. Elle a voulu partir. Il s'est énervé. Il lui a frappé la tête contre le sol et un muret. Le trou dans le garage était déjà là — pour y mettre du vin. Il a mis le corps dans une brouette, l'a descendu dans le trou, l'a recouvert de terre et de planches. Plus tard, quand il a fait couler le béton pour sa terrasse, il en a déversé l'excédent dans le trou.
Puis il a pris le vélo d'Elisabeth — il avait emmené son propre vélo ? Non, il l'a pris pour le retour — et il est allé stationner la voiture d'Elisabeth à la cité du Clairval. Il a aussi écrit un faux mot de la main gauche (il est droitier) : « Rendez-vous Fred, le 24 à 10h », trouvé dans le sac.
Le lendemain, les gendarmes le reconduisent chez lui pour parler de la disparition de Marie-Hélène. Il est menotté, les bras devant. Il se dirige vers le fond du jardin. Il s'arrête près d'un arbuste qu'il a planté. Il fait un signe de tête. « C'est là. » On creuse. On retrouve le corps de Marie-Hélène Rousset, à demi dévêtu, sous l'arbuste. À quelques mètres du garage où gisait Elisabeth.
Morel avoue également avoir tué sa belle-sœur. Il raconte qu'elle était sa maîtresse et qu'elle menaçait de tout révéler à sa femme. « Il ne s'en va pas, il laisse-moi ! » hurle-t-il lors d'un interrogatoire. Sa femme Nadine ne croit pas à cette relation cachée. Les enquêteurs non plus. Ils le soupçonnent de dissimuler un viol.
Le procès
Le procès s'ouvre le 20 février 2000 devant la cour d'assises de Seine-Maritime. Morel a 35 ans. Il a un visage banal. On s'attend à voir un monstre, dit un observateur. On voit quelqu'un d'extrêmement banal. Les experts psychologues décrivent une enfance dure : un père violent, qui imposait à sa mère de servir à table en porte-jarretelles. Une vision déformée de la sexualité. Morel a fait une tentative de suicide adolescent.
Avant la délibération, il demande pardon aux familles. « De toute façon, je n'ai rien à faire de ces excuses », répond la sœur d'Elisabeth. Après quatre heures de délibérés, le verdict tombe : réclusion criminelle à perpétuité. La peine maximale en droit français.
Les deux jeunes femmes reposent désormais dans le même cimetière ? Non. Leurs familles ont choisi des sépultures séparées. Morel purge sa peine. Les détails de son incarcération ne sont pas publics.
L'affaire a marqué les esprits par la ressemblance des victimes, l'habileté du tueur et la ténacité d'une gendarme qui a su faire le lien. Une simple coïncidence de noms d'entreprises a tout déclenché. Un compteur kilométrique a parlé. Un petit dauphin en or a identifié le corps. Et une dalle de béton a livré son secret.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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