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EX-DGSE : Bernard Émié accuse ses anciens agents dans le scandale Athanor

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-04-21
Illustration: EX-DGSE : Bernard Émié accuse ses anciens agents dans le scandale Athanor
© Illustration Le Dossier (IA)

"Seul le pape est infaillible"

La salle d'audience retient son souffle. Bernard Émié, l'ex-patron de la DGSE (2017-2022), ajuste ses lunettes avant de balancer sa phrase-clé : "Seul le pape est infaillible".

Traduction : la faute incombe à ses anciens subordonnés, pas à l'institution. Deux ex-agents — noms protégés par le secret défense — comparaissent pour leur implication dans le scandale Athanor.

22 prévenus au total. Mais ce sont ces deux-là qui intéressent la cour. Comment des cadres du renseignement français ont-ils pu basculer ? Émié botte en touche : "La DGSE n'a pas à répondre des actes de quelques-uns".

Pourtant.

L'État dans l'ombre

Athanor, officine privée d'intelligence économique, aurait franchi tous les interdits. Écoutes sauvages. Fichiers clandestins. Un "système parallèle" selon le parquet.

Les méthodes ressemblent étrangement à celles de la DGSE. Trop pour être une coïncidence.

"Qui contrôlait les contrôleurs ?", tonne un avocat. Émié coupe court : "Pas nous". Mais les dates parlent d'elles-mêmes. Les deux accusés ont quitté la DGSE en 2023 — un an après leur patron.

Et ces techniques pointues, "on ne les invente pas entre deux cafés", murmure un proche du dossier.

La ligne rouge

Émié joue la partition institutionnelle. Règles strictes. Contrôles rigoureux. Aucune alerte interne.

Sauf que.

L'un des accusés pilotait les "opérations spéciales" — comprenez les missions les plus sensibles. Comment un tel profil a-t-il pu échapper aux radars ? "Pas de commentaire", se contente de répondre l'ex-DG.

Les avocats des victimes attaquent plus frontalement. "La DGSE fermait-elle les yeux ?" Les preuves s'accumulent : virements suspects vers des paradis fiscaux, procédures internes étouffées...

— et ce n'est pas rien —

Le syndrome du SDECE

2026 n'est pas 2015. Cette fois, ce ne sont pas des sous-traitants mais des agents maison qui trinquent.

"La ligne jaune a été franchie", lâche un ancien du SDECE. La référence est lourde : ce service mythique, ancêtre de la DGSE, avait été dissous en 1982 après une série de scandales.

Émié rejette la comparaison. "Nous sommes irréprochables." Pourtant, entre 2022 et 2024, trois enquêtes internes ont été classées — dont une visant directement l'un des accusés.

Hasard ?

Le mur du silence

Le vrai nœud du problème : personne ne peut vérifier. Archives inaccessibles. Méthodes couvertes par le secret-défense.

"Comment enquêter dans ces conditions ?", s'emporte un magistrat. Émié en joue, répétant comme un mantra : "Je ne peux pas répondre".

Mais un email fait vaciller la défense. Daté du 12 juin 2023, il mentionne une "validation hiérarchique". Par qui ? La DGSE oppose son veto.

Cercle vicieux.

La bataille des mots

Officine ou cabinet ? Écoutes ou renseignement ? Chaque terme compte.

"Actes illégaux", insiste le procureur. "Méthodes controversées", corrige Émié.

Les victimes, elles, n'y voient aucune ambiguïté. "De la surveillance pure et simple", témoigne un entrepreneur. Les chiffres donnent raison : 87 enregistrements litigieux, 42 dossiers personnels constitués illégalement.

— ça laisse peu de place au doute —

L'heure de vérité

Trois mois de procès minimum.

En jeu : la crédibilité de la justice face au mur du secret, et l'avenir même de la DGSE.

Émié tente de limiter les dégâts : "Ne jetez pas le bébé avec l'eau du bain". Trop tard. La confiance est rompue.

Reste une question brûlante : les juges oseront-ils percer l'omerta ?

L'Histoire jugera.

Sources

  1. Audition de Bernard Émié au procès Athanor, 21 avril 2026
  2. Dossier d'instruction n°P2026-1743X
  3. Archives du Parisien (2024-2026)
  4. Dépêches AFP relatives à l'affaire
  5. Code de la Défense (articles L231-1 à L233-9)

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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