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SociétéÉpisode 76/111

Patron d'Alma avoue des traitements illégaux sous serment au Sénat

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-02
Illustration: Patron d'Alma avoue des traitements illégaux sous serment au Sénat
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Le directeur général du groupe Alma, M. Bayens, a prêté serment devant la commission d'enquête du Sénat. Quelques minutes plus tard, il avoue un traitement illégal au sulfate de fer et l'ajout de CO2 industriel dans de l'eau vendue comme naturellement gazeuse. Les sénateurs l'ont pris en flagrant délit de contradiction. Et pourtant.

« Oui, on a un petit sujet »

Le président de la commission n'en revient pas. « Le président vous a posé un nombre de questions. Je crois que vous n'avez répondu à absolument aucune question qui ont été posées par le président en ouverture de cette discussion. » Le ton est donné. M. Bayens nie d'abord tout en bloc — « Nous n'avons jamais utilisé de traitement charbon actif. Nous n'avons jamais utilisé de traitement UV ou ultraviolet. » —, puis il oublie. Le rapporteur, M. Gilet, le rattrape : « Comprenez que quand même vous êtes sous serment et que lorsque je vous pose la question sur tous vos sites, il y a-t-il eu un autre traitement et que vous ne répondez, et que vous répondez non, que quelques minutes plus tard mon collègue Gilet revient sur un point et que vous lui répondez oui, on a un petit sujet. » La retranscription glace le sang. M. Bayens avoue : « Ceci je l'ai oublié. Voilà. » Oublié ? Sous serment. Devant une commission d'enquête. Retenez ce détail.

Un traitement au sulfate de fer « qui ne servait à rien »

Le dirigeant finit par craquer. Il reconnaît l'existence d'un traitement au sulfate de fer sur un site — il ne précise pas lequel. « J'ignore totalement son existence », affirme-t-il d'abord, avant de concéder : « Ce procédé ne servait à rien. C'était pour une question de facilité. » Il explique avoir fait « sinistrer cet élément-là immédiatement » pour respecter l'arrêté préfectoral. Mais pourquoi ne pas l'avoir signalé plus tôt ? Pourquoi avoir attendu la perquisition et l'arrêt de production ? « Il y avait la visite de 40 personnes gendarmes ou autres armées. C'était impressionnant. » M. Bayens minimise : l'écart avec la réglementation était, selon lui, « un écart comme l'a prononcé la directrice de la répression des fraudes ». Il insiste : les produits n'ont jamais été dangereux. Pourtant, la tromperie est au cœur du dossier. Le rapporteur le souligne : « La tromperie appartient au juge. » M. Bayens ne veut pas employer ce mot. Il préfère parler d'« écart », citant les propos de la directrice générale de la DGCCRF.

Adjonction de CO2 industriel : l'aveu qui change tout

Autre coup de tonnerre : l'eau de Châteldon, vendue comme naturellement gazeuse, a reçu du CO2 industriel. M. Bayens le confirme après avoir tenté d'esquiver. « C'est une eau minérale avec adjonction de gaz carbonique aujourd'hui finement pétillante. » L'étiquette a été modifiée. « Nous avons changé l'étiquette à la demande des autorités. » Le sénateur Linkened s'étonne : « Est-ce que vous saviez que ce traitement était illégal ? » Réponse : « Non. » Le dirigeant ajoute que pour lui, l'adjonction de CO2 n'est pas un traitement. « Le CO2 n'est pas un traitement. » Il oppose un argument sémantique. La sénatrice ne se laisse pas démonter : « Donc pour vous, ce n'est pas traiter de l'eau que de mettre du CO2 dedans. » Le président intervient : « Le produit n'est plus conforme. » M. Bayens admet la non-conformité. Il précise qu'aucun rappel de produit n'a été ordonné, car l'eau était « parfaitement saine ». La commission note que les autorités sanitaires n'ont pas exigé de retrait.

Une absence de plainte qui parle d'elle-même

Un des échanges les plus frappants porte sur l'absence de plainte pour diffamation. La presse a publié des accusations graves contre le groupe Alma. M. Bayens a-t-il porté plainte ? « Non. » Le président insiste : « Est-ce que ça vous a jamais effleuré l'esprit ? » Réponse : « Non, absolument pas. Pas du tout. » Le président conclut : « C'était peut-être pas si faux que ça. » M. Bayens ne relève pas. Il invoque la pression de la grande distribution et la nécessité de se concentrer sur la recherche et développement. « Si on doit écouter tout ce que la presse dit, on en finira plus. » Cette absence de poursuites interroge. Pour un groupe qui nie l'essentiel des accusations, le silence judiciaire est éloquent.

Le secret judiciaire comme bouclier

À plusieurs reprises, M. Bayens invoque le secret de l'instruction pour ne pas répondre. « Je ne peux pas vous répondre. C'est un dossier qui est dans les mains du procureur de la République. » Les sénateurs lui rappellent qu'il n'existe pas de droit au silence devant une commission d'enquête. « Il y a pas de droit au silence devant cette commission d'enquête, monsieur le directeur. » Le dirigeant persiste : « Je ne connais pas aujourd'hui le contenu de ce dossier. » Pourtant, les services de l'État l'ont interrogé. Il affirme ignorer le rapport Egas qui mentionne des filtres à charbon sur l'usine de Saint-Tior. « C'est dans le rapport Egas. » Le rapporteur cite l'annexe. M. Bayens nie encore : « À ma connaissance, non. » Mais quelques minutes plus tard, il avoue le traitement au sulfate de fer. Les contradictions s'accumulent.

« Je ne qualifierai pas cela »

Le mot « tromperie » est un point de friction. Le président le prononce. M. Bayens refuse de le reprendre. « Je ne qualifierai pas cela. » Il préfère parler d'« écart », reprenant le terme utilisé par la directrice de la DGCCRF. La nuance est importante pour lui. Les sénateurs, eux, voient une infraction caractérisée : un traitement illégal, une étiquette mensongère. La sénatrice Linkened résume : « Il y a un traitement illégal et une adjonction que vous ne qualifiez pas de traitement qui aussi était illégal au regard de l'étiquette. » M. Bayens admet. « C'est une qualification que vous faites, et à laquelle vous adhérez. » Il lâche : « Oui, merci. »

Un groupe familial sous pression

M. Bayens insiste sur la taille de son entreprise. « Nous sommes une structure très courte au sein de notre société, société familiale qui fait énormément de recherche et développement. » Il évoque la pression des clients et de la grande distribution. « On a la grande distribution à faire face. » Comme si cela justifiait les pratiques. Le Sénat n'achète pas cette excuse. Les faits sont têtus : des traitements illégaux, une eau présentée comme naturelle alors qu'elle ne l'est pas, un silence sur les procédures.

Ce que l'audition établit

Le transcript de cette audition met en lumière plusieurs éléments :

— M. Bayens a nié l'usage de filtres à charbon et d'UV, puis a admis un traitement au sulfate de fer qu'il dit avoir « sinistré » immédiatement après la perquisition.

— Il a reconnu avoir ajouté du CO2 industriel dans l'eau de Châteldon, modifié l'étiquette sur demande des autorités, mais soutient que ce n'est pas un traitement.

— Il n'a pas porté plainte contre la presse — ce qui alimente les doutes sur la véracité des accusations.

— Il a invoqué le secret judiciaire pour ne pas répondre à plusieurs questions, malgré l'absence de droit au silence devant la commission.

— Les sénateurs ont relevé des contradictions entre ses déclarations initiales et ses aveux ultérieurs.

— Aucun rappel de produit n'a été ordonné ; les autorités jugent l'eau saine.

— L'enquête judiciaire est en cours.

Et pourtant

Les consommateurs ont acheté de l'eau minérale naturelle qui ne l'était pas. Ils ont payé pour une pureté garantie, pour une origine préservée. Le groupe Alma, lui, a utilisé des procédés interdits pendant une durée indéterminée. Le directeur général le reconnaît, mais il assure que tout est rentré dans l'ordre et que la santé publique n'a jamais été menacée. La commission d'enquête n'a pas fini son travail. D'autres auditions sont prévues. D'autres révélations, peut-être. En attendant, une question demeure : que contient vraiment l'eau que vous buvez ?

Sources : audition publique devant la commission d'enquête du Sénat le 2 juillet 2026, rapport Egas, rapport de la DGCCRF, arrêté préfectoral, procédure judiciaire en cours.

📰Source :youtube.com

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