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Caen : une ado voilée agressée, le maire accusé de minimiser le racisme

Par la rédaction de Le Dossier · 12 AOÛT 2026
Illustration: Caen : une ado voilée agressée, le maire accusé de minimiser le racisme
© YouTube

L'agression

Les faits, on les connaît. Une vidéo — filmée par Tesnim elle-même — montre la scène. D'après le reportage de L'Humanité, une femme s'approche une première fois de la table. Elle marmonne des propos inaudibles. Puis elle revient. Cette fois, les mots sont clairs : « sales arabes de merde », accompagnés d'autres injures racistes. Elle crache sur les jeunes femmes.

Tesnim, 17 ans, a fondé la JC (Jeunesse Communiste). Elle milite. Ce jour-là, elle est en terrasse avec trois amies.

Emma Fourreau, eurodéputée LFI de la circonscription, est alertée immédiatement. Elle saisit le procureur de la République au titre de l'article 40 du code de procédure pénale — obligation pour tout élu confronté à des faits susceptibles de constituer un crime ou un délit. « Les injures racistes sont des délits », rappelle-t-elle dans le reportage de L'Humanité.

Tesnim, elle, n'a pas porté plainte. « Elle dit que ça ne servira à rien, qu'elle tous les jours elle est victime d'actes, d'insultes, d'agressions racistes et que si elle portait plainte à chaque fois, elle irait tous les jours au commissariat », explique la députée.

Un chiffre donne la mesure du phénomène : selon une étude de la CNCDH datant de 2025, 97 % des victimes d'atteintes racistes ne portent pas plainte.


Le contexte : une ville sous tension

L'agression de Tesnim n'est pas un fait isolé. Elle s'inscrit dans une séquence plus large de violences à caractère idéologique à Caen.

Le 18 avril 2025, un événement intitulé « Le Canon Français » se tient dans un équipement municipal. Quatre mille personnes, alcool, et une obédience d'extrême droite revendiquée. La communication — nourriture, décors, discours — est ouvertement réactionnaire. D'après le reportage de L'Humanité, des participants défilent ensuite dans les rues de Caen en proférant des insultes racistes et sexistes, et en effectuant des saluts nazis.

Tesnim elle-même avait été victime d'une agression ce jour-là : une vingtaine d'hommes lui auraient proféré des menaces d'agression sexuelle.

Emma Fourreau et d'autres élus avaient alerté la mairie en amont. « On avait averti sur le fait qu'il risquait d'y avoir des violences, des choses totalement illégales comme des saluts nazis », raconte-t-elle. « Ça a été pris totalement à la légère. Rien n'a été fait ni pour interdire, ni même pour sécuriser. »

Une dizaine de bars et restaurants du centre-ville avaient adressé une lettre commune au maire après l'événement. Les tenanciers décrivaient « la pire nuit, le pire service de leur vie ». D'après le reportage, ils n'ont jamais reçu de réponse.

Depuis, les violences se multiplient. Des groupuscules d'extrême droite sont actifs sur les campus. Un bar associatif, le seul identifié comme de gauche à Caen, a été attaqué. Des supporters du club de foot local affichent de plus en plus ouvertement leur appartenance à l'extrême droite. Le Rassemblement national, lui, s'implante sur les marchés — « avant il se faisait jeter », note le reportage.


La réaction du maire : un refus de qualifier

Le samedi 8 août, la vidéo de Tesnim circule. Le maire de Caen, Aristide Olivier (droite), publie une réaction. Plusieurs slides, plusieurs paragraphes. Le mot « raciste » n'apparaît pas.

« Il dit : c'est abject, c'est violent, mais le mot raciste n'existe pas », résume Emma Fourreau. « Il essaie de gommer la réalité centrale de ce que Tesnim vient de vivre. »

Dans sa communication, le maire évoque rapidement la gravité des faits, puis enchaîne sur ce qui l'intéresse vraiment : le profil psychiatrique de l'agresseure. « Cette vidéo ne raconte pas toute l'histoire », écrit-il. Il suggère que la femme serait connue pour des problèmes psychiatriques.

Une instrumentalisation, selon la députée. « Ce n'est pas aux élus de déterminer si une personne est responsable ou non de ses actes. C'est à la justice et au personnel médical. Mais notre rôle, c'est de signaler des actes racistes. »

Le maire va plus loin : il attaque Emma Fourreau personnellement, l'accusant d'instrumentaliser l'affaire.

Le responsable local du Rassemblement national, lui, a immédiatement relayé et salué la publication du maire. « Merci monsieur le maire », écrit-il. Ce n'est pas la première fois, note le reportage, que le RN local sert de « service d'avant-garde » à Aristide Olivier.


Le traitement judiciaire : une procédure en cours

Emma Fourreau a saisi le procureur de la République au titre de l'article 40. La procédure est en cours.

Mais Tesnim n'a pas porté plainte. Elle l'a dit : elle ne croit pas en l'efficacité du système. Un sentiment partagé par 97 % des victimes d'atteintes racistes, selon la CNCDH.

Le maire, lui, a appelé Tesnim à porter plainte. « Il faut qu'elle porte plainte », a-t-il déclaré.


Sources :

  • Vidéo filmée par Tesnim
  • Reportage de L'Humanité (mai 2025)
  • Étude de la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) de 2025
  • Lettre commune de bars/restaurants de Caen au maire

📰Source :YouTube

Par la rédaction de Le Dossier

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