CGT et CFDT unies contre la montée explosive de l'extrême droite

L'union sacrée contre l'extrême droite
Sophie Binet et Marise Léon sont assises côte à côte. La secrétaire générale de la CGT et celle de la CFDT ont décidé de mettre leurs divergences de côté. Pourquoi ? Parce que l'essentiel est en jeu. "L'essentiel démocratique dans notre pays est en train de se jouer aujourd'hui", explique Marise Léon. Les deux femmes dirigent les deux plus grandes organisations syndicales de France. Ensemble, elles représentent plus de deux millions d'adhérents. Leur objectif est clair : combattre la montée de l'extrême droite.
"Les idées de l'extrême droite ne sont plus l'apanage d'une seule formation politique, elles progressent dans la société", ajoute Sophie Binet. Les deux syndicats ont des désaccords profonds — retraites, salaires, assurance chômage — mais sur ce point, ils sont unis. "Quand il s'agit d'un enjeu démocratique, on sait unir nos forces", insiste Marise Léon.
Cette alliance n'est pas une surprise. Depuis la dissolution de l'Assemblée nationale en 2024, les syndicats ont multiplié les actions communes. Leur dernière initiative ? Une campagne nationale de débats sur les lieux de travail pour dénoncer l'imposture sociale du Rassemblement National.
L'extrême droite prospère sur le déclassement
Sophie Binet le rappelle : "L'extrême droite prospère sur le déclassement des territoires, des services publics, du travail qui ne paie plus". Elle cite l'exemple des ouvriers de LU en 2002. Lionel Jospin avait alors déclaré : "L'État ne peut pas tout". Une phrase qui a marqué le début du désenchantement de la gauche. "La gauche a abandonné les ouvriers de l'industrie face à Arcelor Mittal. C'est un boulevard ouvert pour l'extrême droite", explique-t-elle.
La mondialisation et la mise en concurrence des travailleurs ont également favorisé cette montée. "Depuis 40 ans, les politiques de dumping social ont détruit nos usines et réduit nos droits", ajoute Marise Léon. Les deux syndicalistes pointent du doigt les réformes régressives imposées par les gouvernements successifs. "À chaque fois, le narratif était le même : vous coûtez trop cher, il faut s'aligner sur les autres pays", dénonce Sophie Binet.
L'imposture sociale du Rassemblement National
"Le Rassemblement National a un programme social ? C'est faux", martèle Sophie Binet. Elle rappelle que le RN a toujours voté contre l'augmentation des salaires à l'Assemblée nationale. "Ils ont même refusé de bloquer les prix de l'essence alors que Total a fait 13 milliards de bénéfices nets l'année dernière", précise-t-elle.
Marise Léon explique que le RN a voté contre la taxation des plus riches lors des débats sur le budget. "Ils ne proposent jamais de financer leurs promesses sociales. Pourquoi ? Parce qu'ils n'affrontent jamais le capital", ajoute-t-elle. Les deux femmes soulignent que l'extrême droite prospère sur un sentiment de fatalité. "Les gens qui votent RN sont lucides sur les inégalités sociales, mais ils pensent que c'est impossible de prendre l'argent aux plus riches", explique Sophie Binet.
Le silence a changé de camp
"Le silence a changé de camp", explique Marise Léon. Elle raconte que lors des débats sur les lieux de travail, les militants syndicaux ont constaté un changement. "Ceux qui ne votent pas RN se taisent, tandis que ceux qui votent RN le font de plus en plus ouvertement", précise-t-elle. Cette banalisation est le résultat d'une stratégie de dédiabolisation mise en place depuis plusieurs années.
Pour contrer cette banalisation, les syndicats ont multiplié les initiatives. La CFDT a notamment publié un guide intitulé "Face à l'extrême droite, plus que jamais". "Nous avons organisé des débats sur la démocratie avec près de 800 adhérents", ajoute Marise Léon. Ces débats ont permis de mieux comprendre les aspirations des travailleurs et de déconstruire les idées reçues sur le RN.
La fierté retrouvée
"Le RN apporte de la fierté dans des territoires abandonnés", explique Sophie Binet. Elle reconnaît que les syndicats doivent travailler sur cette dimension émotionnelle. "Les gens veulent être respectés dans leur travail, pouvoir participer aux décisions qui les concernent", ajoute-t-elle. En réponse, les syndicats ont renforcé leur présence sur le terrain.
"Nous avons multiplié les actions pour redonner de la fierté aux travailleurs", explique Marise Léon. Elle cite l'exemple des grèves de travailleurs sans papiers organisées par la CGT il y a 20 ans. "Ces grèves ont permis de gagner des régularisations et de redonner de la dignité à ces travailleurs", précise-t-elle. Cette approche syndicale permet de déjouer le discours sur l'assistanat et de rassembler les travailleurs autour de luttes communes.
Le combat continue
"Le combat contre l'extrême droite est loin d'être terminé", conclut Sophie Binet. Elle appelle à une mobilisation générale pour défendre les valeurs démocratiques. "Nous devons tous prendre notre part dans ce combat", insiste-t-elle. Les syndicats continueront à multiplier les débats et les actions sur les lieux de travail pour déconstruire les idées reçues sur le RN.
Marise Léon rappelle que les syndicats ne sont pas seuls dans ce combat. "Les formations politiques doivent également prendre leur part", ajoute-t-elle. Elle appelle à remettre de la rationalité dans le débat public et à dénoncer les discours qui stigmatisent les plus vulnérables. "Nous devons montrer que les syndicats sont une alternative crédible à l'extrême droite", conclut-elle.
Le dossier est loin d'être clos. À suivre.
Par la rédaction de Le Dossier
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