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Solazaref et TAED : quand des sectes alchimiques d'extrême droite servaient de gardes prétoriennes à Le Pen

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-08-02
Illustration: Solazaref et TAED : quand des sectes alchimiques d'extrême droite servaient de gardes prétoriennes à Le Pen
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Ils roulaient en Harley. Portaient des peaux de bêtes. Et se préparaient au combat. Leur ennemi : le « grand Satan marxiste ». Entre 1984 et la fin des années 1990, deux sectes alchimiques — Solazaref puis TAED — ont prospéré dans le Massif central. Mêlant ésotérisme, culte de la moto et extrême droite. Leurs membres assuraient le service d'ordre de Jean-Marie Le Pen. Un ancien adepte, qui a grandi dans cette nébuleuse, témoigne pour la première fois. L'histoire d'une porosité historique entre sectes, violence et politique.

L'enfance d'un « fils de la secte »

Il avait cinq ans. 1984. Quelque part en Auvergne. Le garçonnet ne mesurait pas encore que sa vie venait de basculer dans un univers parallèle, un monde de silences et de rites.

« J'étais le seul gamin à aller à l'école publique », raconte-t-il, des décennies plus tard. « Les autres allaient à l'école privée. J'étais le gosse de la secte. »

Son récit glace le sang. Il décrit un quotidien rythmé par des rituels stricts, des silences imposés, une hiérarchie implacable. Au sommet — un homme. Tous l'appelaient « maître ». Solazaref — de son vrai nom Lazarev — était un gourou charismatique. Grand, séducteur, colérique.

« C'était un dieu vivant », souffle l'ancien adepte. « Un modèle paternel. »

Selon Blast, la secte ressemblait à une armée : des « incorruptibles » — gardes rapprochées féminines — aux disciples, frères et sœurs, et enfin les postulants, qui devaient faire leurs preuves. Le gourou imposait un « travail sur l'ego ». Un euphémisme pour une destruction méthodique de l'identité de ses adeptes.

« Constater la nudité de soi », écrivait la mère du narrateur, qui prenait des notes pendant les discours du maître. « Il faut s'affranchir des petits chefs intérieurs. » Ces carnets, conservés précieusement, ont servi de matière à un livre que l'ancien adepte a écrit pour « exorciser » son passé.

Des motards alchimistes en guerre contre le « grand Satan marxiste »

Qu'est-ce qui cimentait le groupe ? L'alchimie. Solazaref se présentait comme un alchimiste capable de trouver la pierre philosophale — celle qui transforme le plomb en or et confère l'immortalité. Il promettait à ses disciples une « médecine universelle », une guérison totale.

Mais derrière le mysticisme ? Une idéologie politique féroce.

Le gourou avait écrit un livre, Les Bûchers du 20e siècle. La bible du groupe. Dès la première page, on trouve un pastiche d'Astérix — oui, vous avez bien lu — un petit village menacé par les francs-maçons et les Soviétiques. Un chapitre s'intitule « Attention danger société pluriculturelle ». Un autre attaque Harlem Désir, alors figure de SOS Racisme : « Plus de 16 siècles d'histoire de France par la braderie du pays à ce genre d'idéologie en deux années de septennat au point d'élire Harlem Désir comme maître de la culture nationale. Voici une trahison qui relève des plus lourdes de peine. »

Le but ultime, selon les notes de la mère : « Détruire par hypnose Moscou » et réaliser des « transmutations simultanées dans toute l'Europe en vue d'apporter une énergie positive contre le grand Satan marxiste. »

« C'était une secte armée, qui se préparait à se défendre contre les Soviétiques, contre les communistes, contre l'ennemi intérieur », résume l'ancien adepte. « Une paranoïa totale. »

Le service d'ordre de Jean-Marie Le Pen

« Il faisait partie du service d'ordre de Jean-Marie Le Pen. » Ce n'est pas une rumeur. L'ancien adepte le confirme, sans détour.

Les motards alchimistes vendaient aussi des produits lors des fêtes du Front National et participaient au mouvement Bleu Blanc Rouge, organisation satellite du FN.

Cas isolé ? Pas vraiment. Les historiens ont documenté cette porosité entre mouvances sectaires et extrême droite dans la France des années 1980-1990, mais sans jamais vraiment l'explorer.

« L'intensification des attaques de l'extrême droite contre la culture et la pensée est en accélération », analyse Olivier Mannoni dans un entretien à France Info Politique.

Le journaliste Denis Mousti, qui a couvert l'affaire pour Libération à l'époque, se souvient : « C'était une secte qui mêlait alchimie, extrême droite, moto, peaux de bêtes. Un peu fou furieux, quand même. »

La chute : un article, un procès, l'effondrement

L'effondrement est venu de l'extérieur. En novembre 1996, un journaliste local, Le Faou, publie un article sur TAED. Il a rencontré la mère du narrateur, qui lui a fourni documents et témoignages internes. L'article fait l'effet d'une bombe.

Le gourou attaque le journaliste pour diffamation. Il se présente au procès avec tous ses disciples, persuadé de l'emporter. C'est l'inverse qui se produit. « Il a été prouvé que le mec racontait des conneries », dit l'ancien adepte. La secte s'effondre.

Le narrateur quitte le groupe, fait des études, tente d'oublier. Mais les séquelles sont profondes. « Traumatismes, addiction », énumère-t-il. « On voit des choses qu'on ne devrait pas voir quand on est gosse. »

Un gourou aux multiples visages

Le gourou a survécu à sa secte. Solazaref s'est « converti » au judaïsme — du moins en apparence. Kippa, barbe, cheveux longs. Mais sur un forum, il tient toujours des propos antisémites et anti-islam.

« C'est une claque dans la tête de le voir dans ce nouveau personnage », confie l'ancien adepte. « Cet homme est une suite de transformations. »

Une question le taraude : « On sait qu'il y a une part de l'extrême droite qui soutient le sionisme le plus pur et le plus dur. Est-ce que lui, finalement, c'est pas le symbole de ça ? »

Ce que ça dit de la France

Pourquoi ? Parce que cette histoire, vieille de quarante ans, n'est pas une simple curiosité. Elle révèle une porosité structurelle entre trois mondes : les sectes, les groupes violents et l'extrême droite politique.

Dans les années 1980, le Front National de Jean-Marie Le Pen cherchait à se donner une respectabilité. Mais il n'hésitait pas à s'appuyer sur des groupes paramilitaires, des motards sectaires, des alchimistes antisémites pour assurer son service d'ordre. Une contradiction qui n'en est pas une : l'extrême droite a toujours cultivé ces deux faces — la respectabilité électorale et la violence souterraine.

Aujourd'hui, le Rassemblement National a changé de nom, de logo, de discours. Et pourtant. Les réseaux, eux, n'ont pas disparu. Ils se sont recomposés, adaptés, parfois radicalisés. La conversion de Solazaref au judaïsme tout en restant antisémite en est le symbole le plus absurde — et le plus inquiétant.

« Le problème, c'est quand tu veux parler de ta vie, de ton histoire, jusqu'où tu peux aller ? », s'interroge l'ancien adepte. « Moi, j'ai décidé d'exploser les barrières. »

Ce témoignage est rare. Il montre que les sectes d'extrême droite n'ont pas disparu avec la fin de la guerre froide. Elles ont muté. Certaines se sont fondues dans la mouvance identitaire. D'autres ont rejoint des groupes plus radicaux. D'autres encore, comme Solazaref, ont changé de costume. Sans changer d'idées.

La question est simple : combien de ces réseaux souterrains continuent d'opérer, discrets, sous la surface de la vie politique française ? Qui, aujourd'hui, assure leur protection ?

L'ancien adepte, lui, a choisi de parler. Pour sa mère, décédée, qui avait accumulé les preuves. Pour les autres victimes. Pour que « les secrets de famille » soient enfin brisés.

« J'ose espérer qu'une fois pour toutes, ma vérité soit dite », conclut-il. « Et que ça puisse faire du bien aux gens. »

Sources :

  • Blast (YouTube) : « DÉTRUIRE LE "GRAND SATAN MARXISTE" : PLONGÉE DANS UNE SECTE D'EXTRÊME DROITE »
  • France Info Politique : Entretien avec Olivier Mannoni, « L'intensification des attaques de l'extrême droite contre la culture et la pensée est en accélération »

📰Source :youtube.com

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