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Faits diversÉpisode 56/82

15 ans, 14 ans, 27 ans : les trois verdicts qui claquent à la face de la justice

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-21
Illustration: 15 ans, 14 ans, 27 ans : les trois verdicts qui claquent à la face de la justice
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L’infanticide de Targé : une mère, deux enfants, une vengeance

10 octobre 2012, dans un petit village de la Vienne. Un appel hurle au fond d’un puits. « À l’aide, je suis avec mes deux enfants. » Les gendarmes arrivent. Ils entendent les cris. Une corde trop courte, un tuyau d’arrosage trop long. Ils extraient un nourrisson — Benjamin, cinq mois, indemne. Puis Camille, cinq ans, en arrêt cardiaque. Enfin Alice, 29 ans, en hypothermie.

La petite ne survivra pas. Alice, elle, est lucide. Dès la sortie du puits, elle parle. « J’ai tenté de me suicider et d’emporter mes enfants. » Les enquêteurs reconstituent vite la scène.

Alice a frappé sa fille avec une poêle. Une fois. Deux fois. La troisième fois, elle l’a jetée dans l’eau. Une voisine entend les cris — « intenses, terribles ». Puis Alice prend son fils dans sa chambre, retourne au puits, et saute. Le choc de l’eau la réveille. Elle rattrape son bébé, le tient hors de l’eau, tente de ranimer sa fille. En vain.

Pourquoi ? Le mobile est clair. Sébastien, son mari, a une maîtresse. Il a annoncé la rupture définitive cinq jours plus tôt. Alice était hospitalisée pour tentative de suicide la veille. Et ce matin-là, elle réécoute un message sur son répondeur. La voix de sa rivale. « Crève, mais fous-nous la paix. »

Alice ne parvient pas à joindre Sébastien. Elle explose. « Une rage monstrueuse », diront les experts. Elle veut « rendre l’ascenseur » à son mari. Ses enfants sont « au mauvais endroit, au mauvais moment ».

Rien d’anormal dans les analyses toxicologiques : des doses thérapeutiques d’anxiolytiques. Pas d’état second. Pas de folie. Juste une vengeance, méthodique, consciente.

Le procès s’ouvre à Poitiers. Alice reconnaît les faits. Elle ne cherche pas d’excuse. « Rien ne pourra permettre que je sois pardonnée », dit-elle. L’avocat général requiert 15 ans. Les jurés suivent. Sébastien, lui, est effondré. « Depuis la mort de sa fille, il vit comme un mort-vivant », rapporte une source. L’enfant de cinq ans est morte pour que son père souffre. La peine tombe, mais l’horreur reste.


Kalou, le « papi du camping » : 14 ans de prison pour six petites filles

À Ygos-Saint-Saturnin, dans les Landes, un autre cauchemar se joue dans un camping familial. Août 2014. Chloé, 11 ans, passe des vacances tranquilles avec ses parents. Un apéritif. Une baignade. Et puis Kalou — Jean-Claude, 71 ans, surnom affectueux — propose une balade en scooter. Les parents acceptent. Confiance.

Au retour, Chloé est pâle. Elle raconte. Kalou l’a touchée, caressée, agressée sexuellement. Les parents préviennent la gendarmerie. L’enquête démarre.

Jean-Claude est un habitué. Depuis des années, il campe au même endroit, discute avec les parents, joue avec les enfants. « Il mettait en place une relation de confiance d’abord avec les adultes référents », dit un enquêteur. Les parents n’imaginaient pas qu’il profite de cette confiance pour agresser sexuellement les gamines.

Les langues se délient. D’autres victimes sortent de l’ombre. Victoria, agressée en 2008. Gina et Luna, les petites-filles de sa compagne — viols et attouchements. Mélissa, Laura. Six fillettes, âgées de 6 à 11 ans. Toutes racontent la même chose.

Dans son camping-car, les gendarmes trouvent 17 images pédopornographiques. Rien de plus. Pas de vidéo, pas de réseau. Kalou nie, minimise, parle de « jeux innocents ». Les expertises psychologiques sont cinglantes : « Risque de récidive élevé, absence totale de prise de conscience. »

Le procès se déroule devant la cour d’assises des Landes en décembre 2016. Kalou écope de 14 ans de réclusion criminelle. Une peine lourde pour un septuagénaire. Mais les familles ne sont pas apaisées. « Il a détruit leur enfance », résume un avocat. La petite Chloé a porté plainte. Les autres aussi. Aucune peine ne répare l’innocence volée.


Kevin, le meurtrier masqué : 27 ans pour un jeu qui n’a jamais eu lieu

Troisième affaire, troisième décor. Dans la Vienne, Chantal, 45 ans, tente de se reconstruire après son divorce. Fragile, sous curatelle pour des problèmes psychologiques et financiers, elle vit seule. Le 21 janvier d’une année non précisée, Kevin, 27 ans, son amant, vient la voir. Le lendemain, le corps de Chantal est découvert dans les toilettes du garage.

Scène d’horreur. Elle est attachée avec une ceinture à la barre de soutien des toilettes handicapées. Elle porte une guêpière, un masque sur les yeux, des menottes aux poignets. Le corps est froid.

Kevin est interrogé. Il raconte une histoire : Chantal lui a demandé, dans le cadre d’un jeu sexuel, de l’étrangler avec une ceinture. « Elle insistait. Serre plus fort, encore plus fort. J’ai perdu contact avec la réalité. » Il dit avoir arrêté quand elle a cessé de respirer. Puis il a paniqué, descendu le corps, nettoyé la scène. Et il a repris sa journée — sa nouvelle compagne, Maude, devait arriver pour dîner.

Les enquêteurs ne croient pas à cette version. D’abord, Kevin a consulté internet le jour même sur la strangulation. « J’ai vérifié comment procéder sans danger », prétend-il. Ensuite, l’autopsie révèle des ecchymoses aux bras et aux genoux — des traces de lutte, pas d’un jeu consenti. Le médecin légiste le dit clairement : « Si Chantal était décédée au moment où il a traîné le corps, ces lésions auraient été impossibles. » La version de Kevin s’effondre.

Les témoignages de l’entourage sont accablants. Sa famille le décrit comme « menteur, roublard, escroc, voleur, parasite ». Son père vient à la barre et dit « Il en peut plus de ce fils ». Unanime détestation. Kevin est mythomane — il prétend avoir un cancer, perd ses cheveux, vomit comme un malade. Mais les examens prouvent qu’il invente tout.

La reconstitution du 24 novembre 2016 ne fait que confirmer l’invraisemblance de son récit. Pourquoi avoir attaché Chantal de cette manière ? « Aucune réponse », constate un observateur. Une mise en scène morbide, rien de plus.

Le procès s’ouvre à Poitiers, quatre ans jour pour jour après le meurtre. Les proches de Chantal sont en colère. Kevin reste muet, recroquevillé, regard froid. Quand on le confronte à ses contradictions, il s’énerve. « Je l’ai interrogé, il a monté le ton », raconte un avocat.

L’avocat général requiert 25 ans. La cour prononce 27 ans. Kevin ne fait pas appel. « Il considère qu’il mérite cette peine », disent ses avocats. Les parties civiles, elles, n’ont ni réponse ni apaisement. « C’est une perte immense pour ses enfants. Leur maman n’était pas une inconnue — c’était leur maman. »


Trois affaires, une mécanique commune : la manipulation

Alice a tué pour se venger de son mari. Kalou a abusé de petites filles en jouant la confiance. Kevin a assassiné sa compagne en maquillant son crime en jeu sexuel. Trois histoires distinctes, mais un même fil rouge : la manipulation.

Alice manipule son entourage — elle prétend faire un jeu avec sa fille avant de la frapper. Kalou construit une réputation de « gentil papi » pour s’approcher des enfants. Kevin construit un monde parallèle où la fiction devient réalité — il invente un cancer, une relation, un jeu de strangulation consentie.

Les expertises psychiatriques le confirment. Mythomanie, absence d’empathie, besoin de contrôle. Les tribunaux ont condamné lourdement : 15 ans, 14 ans, 27 ans. Mais les victimes, elles, portent les stigmates à vie.

« Le père de Camille vit comme un mort-vivant depuis la mort de sa fille », résume un proche. Les petites de Kalou ont grandi avec la peur des hommes. Les enfants de Chantal ont perdu leur mère dans des circonstances obscènes.

La justice a tranché. Les peines tombent. Mais la question demeure : comment une mère, un grand-père, un amant peuvent-ils basculer à ce point ? Les expertises parlent de « personnalités pathologiques », de « vengeance », de « manipulation ». Mais derrière les termes techniques, il y a du vide. Un vide que les verdicts ne comblent pas.


Des peines, pas de vérité

Le 10 octobre 2012 est une date. Le 20 janvier, une autre. Le 13 décembre 2016, une troisième. Ces jours-là, des vies ont basculé. Les procès ont eu lieu, les condamnations sont tombées. Mais les familles cherchent encore des réponses.

Alice, Kalou, Kevin — trois visages de la violence ordinaire. Pas de système, pas de complot, pas de scandale. Juste une série de faits divers glauques, jugés dans l’anonymat des cours d’assises.

Mais pour ceux qui ont perdu un enfant, une mère, une nièce, la justice ne répare rien. Les 15 ans d’Alice ne ramèneront pas Camille. Les 14 ans de Kalou n’effaceront pas les cauchemars de Chloé. Les 27 ans de Kevin ne redonneront pas la parole à Chantal.

Les archives judiciaires conservent les procès-verbaux, les expertises, les témoignages. Mais la question reste suspendue, comme un corps dans un puits de vingt mètres : qu’est-ce qui pousse un être humain à faire ça ?

Le dossier est fermé. Les affaires sont closes. Pas les blessures.

📰Source :youtube.com

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