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Faits diversÉpisode 79/121

Picardie : trois crimes, trois vérités — l’ADN, la haine et l’argent

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-17
Illustration: Picardie : trois crimes, trois vérités — l’ADN, la haine et l’argent
© YouTube

Selon la chaîne Canal Crime, qui leur consacre une enquête vidéo, ces trois faits divers picards racontent une même histoire : celle d’une violence ordinaire, tapie dans les campagnes, que seules la ténacité des gendarmes et les avancées de la science ont pu débusquer.

L’appel dans la nuit

Dans la nuit du 10 au 11 janvier 2002, une opératrice du 18 décroche. Elle entend des cris. Des sanglots. Une voix de femme, paniquée. Puis la communication s’arrête. Vingt-six secondes. Pas une de plus.

Selon la vidéo de Canal Crime, cet appel est le dernier signe de vie d’Élodie Culic, 24 ans, directrice d’agence bancaire à Péronne, dans la Somme. La veille, elle a dîné avec un ami à Saint-Quentin. Elle a quitté le restaurant vers 23h30. Sur la route du retour, sa voiture a quitté la chaussée. Un automobiliste la découvre à 0h58, tous phares allumés, portière ouverte. À l’intérieur : un sac à main, des clés, l’autoradio encore allumé. Mais personne.

Les gendarmes préviennent ses parents, Jackie et Rosemarie Culic. « On a un coup de téléphone de la gendarmerie nous demandant si on a des nouvelles de notre fille », raconte Jackie dans la vidéo. « Ça nous inquiète. » Le 11 janvier est leur anniversaire de mariage. Ils pensaient que ce serait Élodie au bout du fil.

Le lendemain, un agriculteur découvre un corps carbonisé dans une décharge de Tertry, à quelques kilomètres de Péronne. La face gauche est encore intacte. Elle permet d’identifier Élodie. Selon la source, la jeune femme a été violée, étranglée, puis brûlée.

Sur la scène de crime, les enquêteurs prélèvent un préservatif usagé, une serviette, des mégots. L’ADN nucléaire qu’ils en extraient ne correspond à aucun profil du FNAEG. Pendant dix ans, l’affaire piétine.

Une première en France

  1. Un chimiste nommé au sein de la cellule spéciale de la gendarmerie d’Amiens propose une idée inédite en France : l’analyse d’apparentement ADN. Au lieu de chercher l’ADN du tueur, on cherche celui d’un parent proche, dont l’empreinte serait répertoriée dans les fichiers.

Selon Canal Crime, le résultat tombe en novembre 2011. L’ADN prélevé sur le corps d’Élodie et dans le préservatif correspond à celui d’un homme prénommé Grégory, fils d’un certain Patrick, déjà fiché pour agression sexuelle. Mais il est mort en 2003, dans un accident de voiture, 18 mois après le meurtre.

« J’ai une bonne nouvelle, une mauvaise », annonce le juge d’instruction Damien à Jackie Culic, selon le récit de la vidéo. « On a identifié le titulaire de l’ADN. Malheureusement, il est décédé. »

Le violeur présumé ne sera jamais jugé. Reste à identifier son complice. L’enregistrement de l’appel au secours d’Élodie — où l’on entend distinctement deux voix, l’une fluette, l’autre autoritaire — est soumis à des témoins. Sur sept personnes placées en garde à vue le 16 janvier 2013, cinq désignent la même voix : celle de Willy.

Selon la source, Willy reconnaît d’abord sa voix, puis se rétracte. Les enquêteurs le mettent en examen pour enlèvement, séquestration, viol et meurtre. Mais il nie toujours sa participation. Aucune trace de son ADN n’a été retrouvée sur les lieux.

Jackie Culic, lui, est persuadé. « Il a fallu bien longtemps pour arriver à détenir une bonne partie de la vérité », dit-il dans la vidéo. Rosemarie, sa femme, n’a pas eu cette force. Elle est décédée en 2011, avant l’identification de Grégory. Jackie lui avait fait une promesse : « Je les retrouverai. »

La passion de la mort

Deuxième affaire. 20 avril 2012. Sonia Brandbrook, 17 ans, lycéenne à Laon, dans l’Aisne, ne rentre pas du lycée. Ses parents, Bernard et Marie-Claude, s’inquiètent. « Elle n’éteignait jamais son portable », raconte sa mère. « Là, c’était la messagerie. »

La veille, Sonia a passé un bac blanc. Elle est allée au bar Le Lutin Bleu. Selon le patron, cité par Canal Crime, on l’a vue vers 13h avec un garçon près de l’abbaye Saint-Vincent. Ce garçon, c’est Lewis, un camarade gothique. Les gendarmes l’entendent comme témoin dans l’après-midi. Il nie tout.

Mais une ex-petite amie de Lewis, Julie, se présente à la gendarmerie. Selon son témoignage, Lewis lui a avoué avoir tué Sonia. Il voulait la tuer, elle, par jalousie. Mais il a frappé Sonia à sa place. Un meurtre par substitution.

Bernard Brandbrook, le père, interpelle Lewis dans la rue vers 16h. « Qu’est-ce que tu as fait à ma fille ? » Lewis ne répond pas. Placé en garde à vue, il avoue. Il conduit les gendarmes au corps de Sonia, près de l’abbaye. Elle a reçu vingt coups de couteau. L’arme est un couteau à cran d’arrêt.

Selon la vidéo, la chambre de Lewis contient crucifix, dessins de cimetières, marionnettes pendues. « Il avait une passion de la mort », dit un enquêteur. « Une addiction, comme d’autres ont une addiction à la drogue. » Les experts psychiatres le jugent responsable de ses actes.

Le procès de Lewis doit se tenir devant la cour d’assises de l’Aisne. Les parents de Sonia, eux, vivent avec l’absence. « On a anéanti des vies futures », dit Bernard Brandbrook. « Les enfants, il va falloir qu’ils vivent avec ça. »

Le trio diabolique

Troisième affaire. 9 novembre 2008. Jean-Luc Lemire, père de famille, disparaît. Le lendemain, son épouse Isabelle lance un appel aux médias. Elle raconte que son mari est allé déposer un ami, Frédéric Ricot, au camping où réside un certain Alain Lanternier, dont la voiture est en panne. Jean-Luc n’est jamais revenu.

Selon Canal Crime, les gendarmes de l’Oise trouvent des incohérences. La vidéosurveillance du camping montre qu’à aucun moment Jean-Luc n’est arrivé. En revanche, on voit Isabelle et Alain arriver à minuit et repartir à 1h50. « Ils sont restés comme deux amoureux dans la caravane », commente un enquêteur.

Les relevés téléphoniques révèlent des échanges de textos entre Isabelle et Frédéric après la disparition. « Des empreintes, je vais finir par me faire attraper », écrit Frédéric, selon la source. Les tests ADN établissent que Frédéric est le père d’un enfant du couple Lemire. Isabelle et Frédéric sont amants.

Placés en garde à vue, les trois suspects craquent l’un après l’autre. Alain Lanternier, le plus fragile, raconte : Frédéric a étranglé Jean-Luc lors d’une altercation dans la voiture. Alain, tétanisé, n’est pas intervenu. Ensemble, ils ont brûlé le véhicule et enterré le corps dans une carrière. Frédéric, entendu à son tour, parle de « coup mortel », pas d’assassinat.

Le corps de Jean-Luc est retrouvé quinze jours plus tard. L’autopsie révèle qu’il a mis plus de dix minutes à mourir. Le mobile selon la source ? L’argent. Jean-Luc possédait des contrats d’assurance-vie d’environ 200 000 euros.

Le procès s’ouvre trois ans plus tard aux assises de Beauvais. Les trois accusés se renvoient la responsabilité. « C’est une patate chaude que chacun se refile », résume un journaliste présent. Alain Lanternier tente de se suicider la veille du verdict. Il est jugé séparément.

Verdict : Isabelle Lemire écope de 12 ans de réclusion. Frédéric Ricot prend 18 ans. Alain Lanternier, jugé six mois plus tard, prend 5 ans, dont deux avec sursis. « Rien ne permet de savoir ce qui s’est vraiment passé cette nuit-là », conclut la vidéo.

Ce que ça dit de la France

Trois affaires. Trois territoires. Une même région, la Picardie, que l’on dit « tranquille ». « Un petit bourg plutôt rural, extrêmement paisible », décrit un enquêteur dans la vidéo. « Sans histoire, sans délinquance et sans difficulté. »

Pourtant, la violence y affleure. Elle prend le visage d’un violeur mort avant d’être jugé. D’un adolescent gothique fasciné par la mort. D’un trio d’amants cupides.

L’affaire Élodie Culic a ouvert une brèche. Pour la première fois en France, l’analyse d’apparentement ADN a permis d’identifier un criminel. Mais elle a aussi montré les limites de la science : Grégory est mort. Son complice, Willy, attend toujours son procès.

L’affaire Sonia Brandbrook, elle, interroge le rapport à la jeunesse et à la marginalité. Lewis, le gothique, était connu pour sa passion morbide. « Il avait une addiction à la mort », dit un enquêteur.

L’affaire Jean-Luc Lemire, enfin, est un classique du fait divers : l’adultère, l’argent, la trahison. Mais la famille de Jean-Luc, elle, n’a jamais su exactement ce qui s’est passé cette nuit de novembre 2008.

Ces trois affaires, mises bout à bout, racontent une France rurale que l’on croit préservée. Une France où l’on se connaît, où l’on s’entraide, où l’on ne s’enferme pas à clé. Mais où la violence, quand elle surgit, est d’autant plus brutale qu’elle est inattendue.

À suivre.

📰Source :youtube.com

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