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SociétéÉpisode 58/86

Canon Français : le député PS qui défie les saluts nazis et 5000 messages de haine

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-22
Illustration: Canon Français : le député PS qui défie les saluts nazis et 5000 messages de haine
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« Cochon, cochon, cochon » — le signal qui tue

Commençons par le commencement. Une date. Un virement. Une question.

Mai 2024. Caen. Un banquet du Canon Français rassemble 4000 convives. Cochon à la broche, béret basque, on chante la Marseillaise. Michel Sardou. Michel Delpech. L'ambiance est « bon enfant », selon les organisateurs.

Sauf que.

Antoine Gignot, journaliste de France Inter, filme. Il capture des saluts nazis. Des propos racistes. Un participant lâche : « Le cochon fait fuir. Avec du cochon, t'es tranquille. » Un autre renchérit : « On n'a pas été emmerdés les gars. »

Le cochon n'est pas un plat. C'est un signal.

Un dog whistle, comme disent les Anglo-Saxons — un sifflet à chien. Un message codé adressé à ceux qui comprennent : « Ici, on n'aime pas les musulmans. Ici, on est entre bons Français. »

Pierre-Alexandre Mortemar de Boisse, l'organisateur, fait un lapsus. Il voulait dire « bon vivant ». Il dit « bons français ». Puis il se reprend. Trop tard. Le lapsus est filmé. Le lapsus est gravé.

Les participants, eux, ne se reprennent pas. Ils déambulent dans les rues de Caen en criant « cochon, cochon, cochon ». Ils entrent dans les bars. Ils lancent aux gérants : « On était entre nous, on était entre bons Français. »

La suite est pire.

Un courrier collectif de plusieurs bars de Caen témoigne. Des saluts nazis. Des injures racistes. Des propos homophobes. Les commerçants n'osent plus parler. Ils ont peur. Ils ont vu. Ils ont encaissé.

Voilà où ça se complique.


5000 messages de haine — le prix de la dénonciation

Arthur Delaporte est député socialiste du Calvados. Il a alerté le maire de Caen avant le banquet. Il a demandé l'interdiction. On ne l'a pas écouté.

Après le reportage de France Inter, il écrit au ministère de l'Intérieur. Il réclame l'interdiction pure et simple du Canon Français, sur le fondement du trouble à l'ordre public.

Sa récompense ? 5000 messages de haine.

« Je n'ai pas forcément envie d'aller me faire enculer par un autre en Ariège », lui écrit un anonyme. « Je n'ai pas forcément envie d'assumer que je tends les fesses devant l'islam », ajoute un autre.

Arthur Delaporte a saisi le procureur.

Il n'est pas seul. Emma Fourreau, députée LFI, a reçu des menaces de viol. « Faire violer Emma Fourreau par des slaves dans un bordel ukrainien », lit-on dans un message. Isabelle Assis, maire socialiste de Quimper, est traitée de « pute à nègre » — elle est mariée à un homme noir.

Les élus qui s'opposent au Canon Français subissent la même mécanique. Insultes. Menaces. Intimidation.

Qui sont les agresseurs ? Des anonymes, protégés par leur écran. Mais pas seulement. Les organisateurs du Canon Français, eux, gardent le silence. Ils condamnent les débordements dans une charte — une charte que les participants doivent signer. Mais les faits sont là. Les vidéos sont là.

Où est la condamnation publique ? Où est la rupture claire ?

Elle n'existe pas.


Tugdual Denis : « une pulsion liberticide » — vraiment ?

Tugdual Denis, directeur de la rédaction de Valeurs Actuelles, est invité sur France Inter pour débattre avec Arthur Delaporte. Il défend le Canon Français. Il minimise les saluts nazis. Il les qualifie de « résiduels ».

« Je suis assez que vienne de ce bord cette pulsion liberticide », lance-t-il au député PS.

Pulsion liberticide.

Arthur Delaporte ne se démonte pas. Il rappelle la loi. Il rappelle que les appels à la haine raciale sont interdits en France. Il rappelle que le 9 mai 2024, le ministre de l'Intérieur a interdit la manifestation C9M, un rassemblement néo-nazi à Paris, pour les mêmes raisons : saluts nazis, comportements antisémites, homophobes.

« C'est la même chose pour le Canon Français », assène le député.

Tugdual Denis contre-attaque. Il parle de « diabolisation ». Il accuse la gauche de vouloir interdire les banquets de droite. Il cite 1848. Il cite les banquets républicains. Il compare.

Arthur Delaporte lui tend un livre : Pour un socialisme joyeux, qu'il a lui-même écrit. « Je n'ai aucun problème avec le fait de faire la fête de droite, dit-il. Mais la fraternité républicaine est inclusive. Le Canon Français est un espace xénophobe et exclusif. »

Le débat est violent. Les arguments s'entrechoquent. Mais un fait demeure : les images. Les saluts nazis. Les propos racistes.

Tugdual Denis les reconnaît. Il les condamne. Puis il les minimise. Puis il les relativise.

C'est un classique. Un classique de la communication d'extrême droite : condamner pour mieux noyer.


Pierre-Edouard Stérin : le milliardaire derrière le cochon

Les organisateurs du Canon Français se disent apolitiques. Ils jurent qu'ils ne connaissent pas Pierre-Edouard Stérin.

Mensonge.

Pierre-Edouard Stérin est un milliardaire catholique identitaire. Il a donné une interview au Point. Il assume son projet de « re-christianisation de la France ». Il assume son projet de « rémigration des musulmans ». Il est co-actionnaire de Valeurs Actuelles.

Et il est lié au Canon Français.

Comment ? La société 496 — comme le baptême de Clovis — finance les événements. L'association « Les Plus Grandes Fêtes de France » est gérée par la même galaxie. Pierre-Alexandre Mortemar de Boisse, l'organisateur, a été administrateur de cette société.

Les liens sont documentés. Les faits sont têtus.

Les organisateurs du Canon Français sont hébergés dans les mêmes locaux que les sociétés de Stérin. Ils partagent les mêmes objectifs. Ils portent le même projet : une France blanche, catholique, identitaire.

Mais ils le nient.

Ils le nient parce que l'aveu serait trop coûteux. Comment justifier des banquets « apolitiques » quand on sait qui les finance ? Comment défendre la « convivialité » quand on connaît le projet politique ?

Arthur Delaporte le dit sans détour : « Ces personnes, qui sont les plus intransigeantes, qui portent une idéologie xénophobe et anti-républicaine, sont les mêmes qui, au nom de la liberté d'expression, cherchent à intimider les autres. »

Il a raison.


« C'est bon enfant » — la stratégie du sourire

Tugdual Denis insiste. Le Canon Français, c'est « bon enfant ». Les gens chantent Michel Sardou. Ils boivent du vin. Ils mangent du cochon. « Je ne crois pas que ce soit criminel en France », lance-t-il.

Non, ce n'est pas criminel.

Mais ce n'est pas innocent.

Le cochon est un marqueur. Historiquement, les groupes d'extrême droite organisaient des « soupes au cochon » pour s'assurer qu'aucun musulman ne vienne. C'est un signal. Un signal d'exclusion.

Les participants le savent. Les organisateurs le savent. Les journalistes le savent.

Alors pourquoi continuer à jouer la carte de la naïveté ?

Parce que la stratégie est rodée. Elle consiste à noyer les faits sous un flot de bons sentiments. À opposer la « joie de vivre » à la « gravité républicaine ». À faire passer les dénonciateurs pour des rabat-joie, des ayatollahs de la bien-pensance.

C'est efficace. Ça marche.

Mais ça ne fonctionne pas contre des vidéos.

Les saluts nazis ne sont pas « bon enfant ». Les propos racistes ne sont pas « résiduels ». Les menaces de viol ne sont pas « de la polémique ».

Le Canon Français est un rassemblement identitaire. Il produit des troubles à l'ordre public. Il attire des militants d'extrême droite. Il crée un climat d'intimidation.

Et il est temps que la République le traite comme tel.


Interdire ou ne pas interdire — la question qui fâche

Arthur Delaporte a raison sur un point : la loi permet d'interdire un rassemblement s'il y a un risque de trouble à l'ordre public. Le ministre de l'Intérieur l'a fait pour le C9M. Il peut le faire pour le Canon Français.

Les preuves sont là. Les vidéos. Les témoignages. Les courriers. Les plaintes.

Les organisateurs disent qu'ils ne peuvent pas contrôler les débordements. C'est un aveu. Un aveu d'impuissance. Un aveu de responsabilité.

Si vous organisez un rassemblement de 4000 personnes, vous devez garantir qu'il ne dérive pas. Si vous ne pouvez pas le garantir, vous ne devez pas l'organiser.

C'est la règle. C'est la loi.

Mais le Canon Français continue.

Il continue parce que personne ne l'arrête. Il continue parce que les maires hésitent. Il continue parce que le ministère de l'Intérieur regarde ailleurs.

Arthur Delaporte a saisi le procureur. Il a écrit au ministre. Il a pris 5000 messages de haine.

Et le Canon Français organise son prochain banquet.

Où est l'État ?


Sources

  • France Inter — reportage d'Antoine Gignot sur le banquet du Canon Français à Caen (mai 2024)
  • Le Figaro — 100 000 participants au total pour le Canon Français
  • Courrier collectif des bars de Caen — témoignages de saluts nazis, injures racistes et homophobes
  • Charte des organisateurs du Canon Français — condamnation des propos haineux
  • Interview de Pierre-Edouard Stérin dans Le Point — projet de re-christianisation et de rémigration
  • Dépôt de plainte d'Arthur Delaporte, député PS du Calvados, pour 5000 messages de haine
  • Intervention de Tugdual Denis sur France Inter, directeur de la rédaction de Valeurs Actuelles
  • Société 496 et association « Les Plus Grandes Fêtes de France » — liens avec Pierre-Edouard Stérin
  • Interdiction de la manifestation C9M (néo-nazie) à Paris, 9 mai 2024, par le ministre de l'Intérieur
  • Témoignages d'Emma Fourreau (députée LFI) et d'Isabelle Assis (maire de Quimper) — harcèlement et insultes

📰Source :youtube.com

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