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Ceuta : l'extrême droite exploite le drame — mais qui a ouvert la porte ?

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-08-03
Illustration: Ceuta : l'extrême droite exploite le drame — mais qui a ouvert la porte ?
© YouTube

72 morts. 50 000 à 60 000 jeunes Marocains lancés à l'assaut de l'enclave espagnole de Ceuta. En trois jours, la majorité a été reconduite à la frontière. Mais le temps d'un week-end, l'extrême droite mondiale a transformé une tragédie humaine en arme politique. Elon Musk poste une vidéo de zombies. Giorgia Meloni appelle à suspendre l'Espagne de Schengen. Jordan Bardella parle de « changement de peuple ». Les faits sont là : la rumeur était fabriquée, les comptes supprimés — des bots, selon El País. Mais derrière le bruit numérique, une question reste posée : qui a intérêt à déstabiliser l'Espagne ?

La rumeur qui a tué

Tout part d'une rumeur sur les réseaux sociaux marocains. La frontière de Ceuta serait ouverte. Pas besoin de papiers pour prendre le ferry vers l'Europe. Des milliers de jeunes — des garçons, des adolescents pour beaucoup — quittent Fnideq, au nord du Maroc, et marchent vers l'enclave espagnole. Ils nagent, ils escaladent. 72 d'entre eux ne verront jamais l'autre côté. El País révèle que les comptes qui propageaient la rumeur ont été supprimés. Des bots, probablement. Mais qui les a lancés ? Les réponses restent floues.

Les militaires espagnols ont reconduit les migrants à la frontière avec le Maroc. En trois jours, l'affaire était réglée. Assez vite, en somme. Assez vite pour que le roi Mohammed VI, dans son discours du Trône le même jour, n'évoque pas une seule fois la crise. Il préférait parler de progrès économique. La jeunesse marocaine, elle, manifeste depuis des mois pour des écoles, des hôpitaux, des libertés. Elle est réprimée. Un rappeur libéré ce week-end, mais d'autres restent en prison. La génération Z 212 — du nom de l'indicatif marocain — veut partir. C'est un fait.

La machine à fake news

L'extrême droite mondiale n'a pas attendu les bilans. Elon Musk, l'homme le plus riche du monde, proche de Donald Trump, partage une scène du film World War Z : des zombies escaladent un mur à Jérusalem. Le message est clair : les migrants sont des monstres. Itamar Ben-Gvir, ministre israélien de la Sécurité, suprémaciste notoire, accuse Pedro Sánchez de laxisme et suggère que les Gazaouis demandent asile en Espagne. Giorgia Meloni, cheffe du gouvernement italien, menace de suspendre l'Espagne de l'espace Schengen.

En France, Marine Le Pen, Marion Maréchal et Jordan Bardella embrayent. Selon la source, Bardella écrit : « Ils arrivent dans nos rues. » Selon la source, il parle de « changement de peuple » — le nouveau terme pour désigner le grand remplacement, sans le nommer. Selon un article de Cyprien Caddeo dans L'Humanité, ces réactions sont analysées comme une « panique raciste ». Les macronistes eux-mêmes n'y résistent pas : un député (dont le nom n'est pas donné) affirme que « c'est ce qui arrive quand la gauche est au pouvoir ».

Les questions restent sans réponse. Pour l'instant.

Le vrai maître du jeu : le Maroc

Mais regardons les causes. Pourquoi maintenant ? Pourquoi Ceuta ? Selon la source, le 20 juillet, Pedro Sánchez visitait l'Algérie, rival régional du Maroc. Il rencontrait Abdelmadjid Tebboune. Première visite en six ans. L'Algérie soutient l'indépendance du Sahara occidental, que le Maroc considère comme sien. Or, le Maroc utilise l'émigration comme une arme diplomatique. Ce n'est pas une hypothèse : c'est un pattern, selon la source.

En 2021, l'Espagne avait accueilli le leader du Front Polisario, Brahim Ghali, pour des soins médicaux. Le Maroc avait alors laissé passer 8 000 à 10 000 personnes à Ceuta. Cette fois, c'est 50 000. La méthode est la même : ouvrir les vannes, laisser la pression monter, puis négocier. Le roi n'a pas un mot pour les morts. Il a une autoroute à inaugurer.

L'autoroute Tiznit-Dakhla, qui traverse le Sahara occidental, a été rebaptisée « Donald J. Trump » il y a quelques semaines. Selon la source, Mohammed VI remercie ainsi Trump pour sa reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara en 2020, en échange de la signature des accords d'Abraham. Le Maroc est le seul pays africain à avoir un accord de libre-échange avec les États-Unis, selon la source. Il importe des véhicules électriques d'Asie, les réexporte vers l'Occident, et serre la main de Tel-Aviv. En 2021, des accords de sécurité militaire ont été signés avec Israël. Le Maroc joue son jeu. Et l'immigration est sa carte maîtresse.

La réponse de Sánchez : sécuritaire, pas politique

Pedro Sánchez, socialiste, l'un des derniers chefs de gouvernement de gauche en Europe, a réagi en deux temps. D'abord, selon la source, il a dénoncé une « attaque contre l'intégrité territoriale » de l'Espagne, mettant en cause les mafias de passeurs. Pas un mot sur le Maroc. Ensuite, il a envoyé des renforts de sécurité et installé une barrière flottante à la frontière. Une réponse sécuritaire, classique. Pas de critique de Rabat. Pas de levier diplomatique.

En France : la bataille des mots

L'extrême droite française a surfé sur la vague. Selon la source, Bardella, Le Pen, Maréchal ont tous tweeté des images de la foule, parlant d'« invasion », de « changement de peuple ». Le Parti communiste français et La France insoumise ont dénoncé les mensonges et l'instrumentalisation. Mais le débat est biaisé. Personne ne pose la question centrale : pourquoi le Maroc laisse-t-il faire ? Et pourquoi l'Europe continue-t-elle de financer un régime qui utilise la mort comme outil de négociation ?

Le coût humain est clair : 72 morts. Le coût politique : une polarisation accrue. Le coût économique : l'Espagne et l'Europe dépensent en barrières et en reconduites, sans s'attaquer à la racine. Pendant ce temps, les jeunes Marocains continuent de rêver d'Europe. Et les dirigeants marocains continuent de jouer.

Et maintenant ?

La suite dépend de deux choses. D'abord, la capacité de l'Espagne à résister aux pressions marocaines sans céder aux sirènes de l'extrême droite. Ensuite, la volonté de l'Union européenne de traiter le fond du problème : le Maroc n'est pas un partenaire fiable, c'est un adversaire qui utilise l'immigration comme une arme. Tant que Bruxelles et Madrid feindront de l'ignorer, chaque été apportera son lot de morts et de fake news.

L'enquête continue. Les questions restent sans réponse. Pour l'instant.

📰Source :youtube.com

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