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PolitiqueÉpisode 73/121

Eurovote : le PPE s'allie à l'extrême droite sur le climat et l'immigration

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-17
Illustration: Eurovote : le PPE s'allie à l'extrême droite sur le climat et l'immigration
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Ils votent ensemble, sans le dire

16 décembre 2025. La directive Omnibus sur le devoir de vigilance des entreprises est adoptée. 428 voix pour, 218 contre. Large majorité, en apparence. Mais regardons les camps : toute la gauche — sociaux-démocrates, Verts — a voté contre. Le PPE a voté pour. Et avec lui, toute l'extrême droite.

« C'est cette alliance qui ne dit pas son nom pour détricoter une part de l'héritage du pacte vert », résume la présentatrice de l'émission diffusée sur France 24, LCP et Public Sénat. Le pacte vert d'Ursula von der Leyen vacille. La compétitivité des entreprises a pris le pas sur la transition.

Christophe Préot (Toute l'Europe) nuance : « Le vote concerne une simplification des charges administratives. » Mais il admet que le sujet est « instrumentalisé par la droite et l'extrême droite ». Ces dernières se posent en défenseurs de la compétitivité. Comme si la gauche ne s'en souciait pas.

Le résultat est là : majorité alternative PPE + Patriotes pour l'Europe + ESN, parfois rejointe par une partie de Renew. Sur les textes économiques et migratoires, l'alliance fonctionne.

Sur l'Ukraine, l'extrême droite dit non. La gauche se déchire.

Le soutien à l'Ukraine reste un marqueur. 16 décembre 2025 : les prêts à l'Ukraine sont adoptés par 473 voix contre 140. Ces 140 « non » viennent massivement de l'extrême droite. Patriotes pour l'Europe (Jordan Bardella) vote contre. ESN aussi.

La gauche radicale, elle, est très divisée. Au sein de la GUE/NGL, 17 voix pour, 21 contre. Manon Aubry, coprésidente, s'abstient. « Texte révélateur des différences de fond entre groupes », commente Michel Derdevet, président de Confrontations Europe et créateur d'Eurovote.

Conséquence de la guerre : tous les pays de l'OTAN sont désormais au-dessus des 2 % du PIB pour la défense. La Pologne mène avec 4,3 %. Mais en valeur absolue, ces 4,3 % pèsent moins que les 2 % de la France. La France reste le seul membre de l'UE au Conseil de sécurité de l'ONU doté de l'arme nucléaire.

Gaza : le PPE éclate, les Allemands font cavalier seul

Sur la guerre à Gaza, les positions sont tranchées. Toute la gauche, jusqu'à Renew, vote une résolution de soutien à Gaza. À droite, c'est l'inverse. Le PPE est très divisé : les 56 députés allemands du PPE votent contre.

« Cela a surpris même des parlementaires plus anciens », note Michel Derdevet. Habituellement, sur la politique étrangère, le PPE tenait une ligne commune. Cette fois, les clivages nationaux l'emportent. L'extrême droite vote contre ou s'abstient.

Une carte de Toute l'Europe montre les pays de l'UE qui reconnaissent l'État de Palestine. Et ceux qui ne le reconnaissent pas. Le fossé est profond.

Mars 2026 : la directive retour passe — grâce à l'extrême droite

Autre tournant. La directive retour, qui prévoit le renvoi de migrants dans des centres hors de l'UE, est adoptée. Le PPE a eu besoin des voix de la droite radicale pour passer. La France pourtant s'y était opposée.

« Vote très symbolique de cette alliance des droites sur cette thématique », souligne la présentatrice. Le commissaire Brunard a même été interpellé par le Parlement pour avoir reçu une délégation afghane à Bruxelles. Objectif : discuter du renvoi d'Afghans en situation irrégulière.

Les Français du groupe Renew ont hésité entre trois positions : pour, contre, abstention. Le débat traverse tous les groupes. Mais le fait dominant reste le glissement du PPE vers l'extrême droite.

Jordan Bardella : 77,8 % de présence. Pas terrible pour un chef.

Eurovote mesure aussi la présence des députés. Classement : Manon Aubry (gauche radicale) en tête avec 90,5 %. Valérie Hayer (Renew) à 89,8 %. François-Xavier Bellamy (PPE) à 84,3 %. Raphaël Glucksmann (S&D) à 83,1 %.

Jordan Bardella ferme la marche. 77,8 % de présence aux votes. — Oui, vous avez bien lu : le plus bas des chefs de file.

« On a beaucoup dit que Jordan Bardella était aux abonnés absents, ne s'intéressant qu'à son destin national », rappelle la présentatrice. Christophe Préot répond que son positionnement a changé : il travaille désormais à la commission des affaires étrangères, plus importante que celle des pétitions. Les chiffres, eux, restent. 77,8 %. C'est peu quand les émoluments sont liés à la présence.

Eurovote : confronter les paroles aux actes

L'outil permet de vérifier la cohérence entre votes européens et discours nationaux. « On ne peut pas avoir un double discours entre ce qu'on fait à Bruxelles et ce qu'on dit aux électeurs français », insiste Michel Derdevet.

Eurovote recense les votes de tous les députés, groupe par groupe, commission par commission. « Le Parlement européen, c'est une maison de verre », ajoute-t-il.

Un complément utile à l'agrégateur de présence. Car être présent ne signifie pas être actif. « On est reconnu par ses pairs quand on prend des rapports, quand on s'investit », précise Derdevet.

L'extrême droite progresse partout. Le cordon sanitaire craque.

La carte des pays d'Europe dirigés par l'extrême droite s'agrandit. Au Portugal, le parti Chega a poussé la présidentielle à un second tour pour la première fois en 40 ans.

« Chaque élection donne une place plus importante à ces partis », constate Christophe Préot. Il explique cette montée par les « non-réponses des partis traditionnels » et la situation actuelle de l'Union.

Pour la France, l'enjeu est clair. À un an de la présidentielle de mai 2027, les électeurs pourront vérifier la cohérence des candidats. Eurovote permet de confronter les discours nationaux aux votes européens. Un outil de transparence. Une arme contre le double langage.

2026 : le grand virage du PPE

Le PPE, traditionnellement centriste, s'allie de plus en plus souvent à l'extrême droite. Sur le climat, l'immigration, l'économie. Les majorités fluctuent, mais la tendance se dégage.

« Le fait dominant, c'est le glissement du PPE vers les trois groupes de la droite radicale », résume Michel Derdevet.

Un glissement qui interroge. À l'approche de la présidentielle française, tous les regards se tournent vers Strasbourg. Les votes des eurodéputés français seront scrutés. Leurs absences aussi.

À suivre.

Sources :

  • France 24, LCP, Public Sénat — émission diffusée le 17 juillet 2026
  • Site Eurovote (confrontations.org)
  • Site Toute l'Europe (touteleurope.eu)
  • Mensuel l'Europe

📰Source :youtube.com

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