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Arcade : Stéphane Bern annule son prix après des révélations de liens avec l'extrême droite

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-03
Illustration: Arcade : Stéphane Bern annule son prix après des révélations de liens avec l'extrême droite
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« Tombé des nues » — le coup de fil qui a tout fait sauter

Stéphane Bern ne savait rien. Il l’a dit à Mariam Sarai, journaliste au pôle enquête de L’Humanité. « Il m’a dit qu’il tombait des nues. » Le dossier d’Arcade, présenté par un jury d’experts, ne mentionnait aucun lien politique. Pas une ligne sur la Nuit du Bien Commun. Pas un mot sur le soutien du Canon France. Rien sur le passé de son fondateur, Amory Gomar.

Bern a réagi immédiatement. « Il ne souhaitait pas récompenser une association qui avait des liens avec l’extrême droite », rapporte la journaliste. En quelques heures, les lauréats ont reçu un mail : la cérémonie est reportée. Pas de date annoncée. Peut-être jamais.

Ce n’est pas la première fois. En 2025, L’Humanité avait déjà révélé que l’association Les Plus Belles Fêtes de France était liée à Sterin. Bern avait rétropédalé, cessant tout soutien. « Il ne veut pas être instrumentalisé à des fins politiques », insiste la journaliste. L’homme de télévision, chantre du patrimoine, semble sincèrement piégé.

Mais le piège n’est pas nouveau. Arcade existe depuis 2019. Elle organise une quarantaine de chantiers par an pour des jeunes de 18 à 30 ans. Restauration d’églises, d’abbayes, de couvents — 60 % des projets en 2026. Un vernis vertueux. Derrière, une machine idéologique.

Le réseau Sterin : un milliardaire, une galaxie, des associations

Pierre-Edouard Sterin. Le nom revient comme une tache d’huile. Ce milliardaire, dont le fonds Odyssée Impact finance des projets ultra-conservateurs, est le centre d’une toile tentaculaire. Arcade en est un fil.

Premier indice : la Nuit du Bien Commun, gala de charité annuel où des associations récoltent des fonds. Amory Gomar y a participé en 2021. Or, cet événement brasse des réseaux ouvertement anti-genre, des écoles hors contrat, des groupes traditionalistes. « On y retrouve souvent des associations ultra-conservatrices », explique Mariam Sarai.

Deuxième indice : le site Internet d’Arcade mentionnait en 2022 le soutien du Canon France. Cette entreprise, spécialisée dans les banquets du terroir, a fait la une des journaux pour des saluts nazis et des insultes racistes lors de ses événements. Un rapport de force qui n’a rien d’anodin. Canon France n’est pas une simple entreprise de traiteur : c’est un vecteur de l’extrême droite identitaire.

Troisième indice : l’ouvrage de 2022, 10 jeunes catholiques engagés, consacre plusieurs dizaines de pages à Amory Gomar. On y apprend que pendant la Manif pour tous, il défilait dans les cortèges parisiens, déterminé à « ne pas rester passif au changement de civilisation qu’il voyait ». Le livre précise que « l’évangélisation est un effet positif des chantiers d’Arcade ». L’association, officiellement apolitique et aconfessionnelle, porte une charge idéologique assumée.

Gomar, contacté par la journaliste, a nié tout lien politique. Il affirme que ses engagements personnels n'engagent pas Arcade. Il n’a pas répondu sur le passage concernant l’évangélisation.

Amory Gomar : un militant dans un costume d’animateur de chantier

Qui est Amory Gomar ? Issu d’une famille de militaires vendéens, il a été formé à l’Institut catholique de Vendée — une école privée conservatrice qui a produit des figures comme Nicolas de Villiers, actuel président du Puy du Fou. Un moule.

Après la Manif pour tous, il se lance en politique. Il devient collaborateur de la députée Véronique Beze, élue sous l’étiquette du Mouvement pour la France de Philippe de Villiers. De 2023 à 2024, il travaille à ses côtés. Puis il fonde Arcade. Chantiers de restauration, lien social, « reconstruire du lien entre Français », comme le dit le manifeste.

Mais derrière le discours apolitique, les actes parlent. En août 2025, Arcade pose ses valises à Hérisson, dans l’Allier. 600 habitants. Un chantier de rénovation. Les jeunes arrivent, t-shirts floqués du logo. Ils vont à la brocante du village pour rencontrer les habitants. Julie, une habitante, les repère. « Elle a tout de suite eu la puce à l’oreille », raconte Mariam Sarai. Le village est connu pour sa communauté d’artistes. Personne n’avait été prévenu.

Julie cherche sur Internet. Elle tombe sur l’article mentionnant la Nuit du Bien Commun. Elle alerte les voisins. 80 personnes se mobilisent, des touristes aussi. La maire, qui avait invité Arcade, découvre les liens. Elle confronte Gomar, qui nie tout. Les jeunes repartent « traumatisés », disent les habitants. La machine s’enraye.

Le patrimoine, nouveau terrain de conquête de l’extrême droite

Ce n’est pas un épisode isolé. La présidente d’Union Rempart, association qui fédère 200 organisations de restauration du patrimoine, a alerté L’Humanité. « Le patrimoine est un terrain investi par l’extrême droite », dit-elle. Pourquoi ? Parce qu’il charrie tout un imaginaire : la France éternelle, un passé fantasmé, un roman national que les Français regretteraient.

L’extrême droite a compris que le patrimoine est une arme culturelle. Elle y injecte des financements, des bénévoles, des discours. Les banquets du Canon France, les labels des Plus Belles Fêtes de France, les chantiers d’Arcade — tout converge vers une même stratégie : occuper le terrain symbolique.

La gauche, elle, a délaissé ce secteur. « La gauche n’y a pas vu un sujet de lutte », regrette la présidente d’Union Rempart. Résultat : l’extrême droite s’y engouffre. François Ruffin a récemment lancé un pavé dans la mare sur ce thème. Mais le retard est immense.

Arcade n’est qu’une pièce du puzzle. L’association SOS Calvaires, qui restaure des croix, est aussi liée à des milieux conservateurs. La toile s’étend. Et Stéphane Bern, malgré lui, en est le révélateur involontaire.

Une annulation qui pose question : et maintenant ?

La cérémonie du 3 juin est annulée. Les 25 000 euros ne seront pas versés. Brigitte Macron ne viendra pas. Mais que va devenir Arcade ? L’association continue d’exister. Ses chantiers, ses jeunes, ses financements. L’enquête de L’Humanité a tout dévoilé, mais les liens avec Sterin ne sont pas illégaux. La question est morale, politique.

Stéphane Bern a fait le choix de la rupture. Il a déjà eu à le faire en 2025. Combien de fois devra-t-il trancher ? Le patrimoine est devenu un champ de bataille. Les associations qui travaillent sur le terrain, comme Union Rempart, appellent à une prise de conscience. « Le patrimoine peut être un moyen de résister, en créant du lien social authentique, pas un outil de propagande. »

Mais le mal est fait. Arcade a réussi à passer sous les radars pendant sept ans. Elle a reçu un prix prestigieux. Elle a été soutenue par Canon France. Elle a recruté des centaines de jeunes, peut-être sans leur dire la couleur politique de l’opération.

Retenez ce détail : le 2 juin 2026, L’Humanité publie son enquête. Le 3 juin, le prix est annulé. En vingt-quatre heures, le château de cartes s’effondre. Mais les fondations, elles, tiennent encore.

À suivre.

Sources

  • Enquête de L’Humanité, publiée le 2 juin 2026
  • Entretien avec Stéphane Bern, réalisé par Mariam Sarai
  • Témoignage de Julie, habitante de Hérisson, recueilli par L’Humanité
  • Ouvrage de 2022 : 10 jeunes catholiques engagés (plusieurs dizaines de pages consacrées à Amory Gomar)
  • Articles de presse sur les banquets du Canon France (saluts nazis, insultes racistes)
  • Entretien avec la présidente d’Union Rempart
  • Archives web du site d’Arcade (version 2022) mentionnant le soutien du Canon France

📰Source :youtube.com

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