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Faits diversÉpisode 53/86

Ultras niçois d'extrême droite : 65 interpellations après le chaos au canal Saint-Martin

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-22
Illustration: Ultras niçois d'extrême droite : 65 interpellations après le chaos au canal Saint-Martin
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Jeudi soir, la veille de la finale

Les supporters niçois sont dans la capitale pour le match RC Lens – OGC Nice au Stade de France. Mais ils ne viennent pas pour le spectacle sportif. Ils viennent pour casser. Autour de 23h30, une centaine d'ultras habillés en noir envahissent le canal Saint-Martin. "J'ai vu une meute arriver de jeunes habillés en noir. C'était affolant", raconte un témoin au micro de nos confrères.

Violence brute. Les clients des bars et restaurants n'ont pas le temps de comprendre. "On travaillait normalement et puis on a vu une espèce de nuée de gens arriver", explique Enzo, serveur dans un bar du quartier. Les ultras traversent le pont, hurlent, frappent. Tables et chaises volent. "Ça a commencé à crier un peu de l'autre côté du canal Saint-Martin, les gens ont commencé à avoir peur. Nos clients se sont réfugiés, il y a commencé à avoir bagarre, je pense peut-être aussi avec nos clients, et puis certains sont rentrés se réfugier."

La meute agresse des passants sans raison. Ils tabassent un jeune au sol. "Un mec il aura les insultés de pas chaud, ils sont revenus, ils ont ciblé. Ils ont tabassé un jeune qui était par terre, ils ont pris les tables de la terrasse pour les jeter contre le restaurant." Chaos total.

Enzo, serveur : "On s'est cachés sous les tables"

Enzo se souvient. Peu de secondes pour réagir. "Les lumi se sont on n pas compris ce qui se passait. Donc on s cach sous les tables comme on a pu et on a attendu un peu que passe." Lui et ses collègues se terrent pendant que la meute dévaste la terrasse. Les clients aussi. Des familles, des jeunes, des vieux. Tous sous les tables, terrorisés.

"Des gars, il y en a beaucoup, toutes les tables ont volé, toutes les chaises ont volé. J'ai plus de verre, plus de couvert, plus de sous-tasse, plus de tasse à café, plus rien." Enzo égrène les pertes. Il attend les fournisseurs. "On va aller faire les courses aujourd'hui et tout racheter." Amertume dans la voix. Ce qu'il a construit, des heures de travail, réduit en miettes par des hommes en noir venus de Nice pour "fêter" une finale.

Alertée, la police arrive rapidement. Mais le mal est fait. Des dizaines de milliers d'euros de dégâts. Six blessés, dont un grièvement. Et un quartier traumatisé. "Je viens d'apprendre que c'était pour le foot. Je me dis, il y a des guerres à l'extérieur où c'est réel. Et là, pour du foot, on fait la guerre. Parce que c'était la guerre en fait." Ce témoin anonyme résume l'absurdité.

65 gardes à vue, armes blanches, cagoules

Soixante-cinq. C'est le chiffre communiqué sobrement par la préfecture de police. "65 personnes ont été placées en garde à vue. Certains portaient sur eux armes blanches, cagoules et gants coquets." Des accessoires qui ne trompent pas. Les gants coquets — oui, vous avez bien lu, ces gants sans doigts — permettent de frapper sans se blesser. Les cagoules, pour ne pas être identifiés. Les armes blanches, pour tuer.

Ces saisies révèlent une organisation méthodique. Ces ultras ne sont pas venus pour chanter dans le métro. Ils sont venus pour en découdre. Pourquoi le canal Saint-Martin ? Parce que c'est un lieu de rassemblement, de fête, symbolique. Parce que c'est Paris. Le chiffre est à retenir : 65 personnes interpellées en une seule nuit. L'un des plus gros coups de filet dans le milieu du hooliganisme d'extrême droite depuis des années. Mais est-ce suffisant ? Combien d'entre eux seront condamnés, combien relâchés sans suite ? Questions sans réponse. Pour l'instant.

Dégâts matériels : des dizaines de milliers d'euros à la poubelle

Enzo fait ses comptes. "C'est des dizaines de milliers d'euros." Tables, chaises, verres, cafetières, tasses. Tout est à reconstruire. Les terrasses parisiennes sont le poumon du quartier. Et ces ultras les ont saccagées. Pourquoi ? Pour le plaisir, la provocation, l'idéologie ?

Les commerçants du canal Saint-Martin sont en colère. "On avait déjà eu des incidents avec des supporters de l'Olympique de Marseille ou du PSG, mais jamais une telle violence", confie un restaurateur voisin. "Là, c'était organisé. Ils savaient exactement où frapper."

Les dégâts ne sont pas que matériels. Traumatisme psychologique immense. Des clients qui ont vu des hommes cagoulés les menacer avec des couteaux. Des serveurs qui ont cru mourir. Des enfants qui ont vu la guerre en plein Paris. "On n'a rien demandé", répète Enzo. "On était juste en train de travailler."

Emmanuel Grégoire condamne, 2200 policiers mobilisés

Condamnation rapide du maire de Paris. Emmanuel Grégoire "condamne les agissements de supporters affichant une certaine proximité avec l'extrême droite". Déclaration sobre. Qui ouvre la porte à une question plus large : que fait la ville pour empêcher ces groupes de semer la terreur dans la capitale ?

La finale du lendemain est classée "à risque" par la Division Nationale de Lutte contre le Hooliganisme. 2200 policiers et gendarmes mobilisés pour sécuriser le Stade de France. Mais le mal était déjà fait. La veille. Au canal Saint-Martin. Et pourtant. Pourquoi n'y avait-il pas plus de forces de l'ordre dans les rues du 10e arrondissement ce jeudi soir ?

Le préfet de police n'a pas commenté. Questions sans réponse. Mais une certitude émerge : ces ultras niçois ne sont pas un phénomène isolé. Ils s'inscrivent dans une mouvance politique bien identifiée. L'extrême droite dans le football n'est plus une rumeur. C'est une réalité documentée.

L'extrême droite dans le foot : un poison qui gangrène les tribunes

Saluts nazis, chants racistes, violence ciblée — le cocktail est connu depuis des années. Des groupes ultras comme ceux de l'OGC Nice, mais aussi de l'AS Saint-Étienne, du PSG ou de l'OM, sont infiltrés par des militants d'extrême droite. Ce qui change au canal Saint-Martin, c'est l'absence totale de retenue. Ils débarquent dans la capitale, en plein centre, et frappent sans être inquiétés.

Le Dossier enquête sur cette mouvance depuis plusieurs mois. Nous avons déjà publié sur les liens entre ultras niçois et groupes néonazis, sur la "nazification" des universités, sur les violences politiques. Mais cette rixe marque un nouveau seuil. Un seu

📰Source :youtube.com

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