Paris : Dati, la candidate de l'extrême droite qui divise la droite

38% pour Grégoire. 25% pour Dati. Un écart qui pourrait se réduire. Car la candidate LR est désormais portée par Bardella, Knafo et la fachosphère. Plongée dans une campagne qui révèle les fractures de la droite française.
Le piège Dati
Paris devait être une promenade. Rachida Dati l'a transformée en cauchemar pour la droite républicaine.
13 points derrière Emmanuel Grégoire au premier tour. Un score décevant dans l'Ouest parisien — son fief. Pire : des alliances qui puent. "Mme Dati est soutenue par toute l'extrême droite", assène Yann Brossat, candidat PCF. Les relevés parlent.
Jordan Bardella a appelé à voter pour elle sur TF1. Sarah Knafo — ex-conseillère d'Éric Zemmour — l'a publiquement soutenue. Max Guazzini, candidat en position éligible sur sa liste, a comparé les musulmans à des chiens sur Twitter avant de supprimer son compte.
"Si elle est élue, Guazzini siègera au Conseil de Paris. Un homme qui compare la victoire de Zoran Mandani aux attentats du 11 septembre", rappelle Brossat. Les tweets existent. Ils datent de février 2026.
Voilà où ça se complique. Dati, ministre sous Sarkozy, devient l'étendard d'une droite décomplexée. Celle qui assume les alliances avec l'extrême droite. "Elle devra son élection à eux", insiste Brossat.
Les chiffres qui accusent
38,2%. C'est le score d'Emmanuel Grégoire (PS-PCF-EELV) au premier tour. Rachida Dati plafonne à 25,7%. Sophia Chikirou (LFI) réalise 11%.
La gauche unie aurait donc une avale confortable. Mais Chikirou maintient sa liste. Une décision qui pourrait coûter la mairie. "Le seul bulletin utile contre Dati, c'est Grégoire", martèle Brossat.
Les calculs sont implacables. Si 60% des électeurs insoumis reportent leurs voix sur Grégoire, Dati l'emporte avec 51,3%. Les simulations de l'Institut Montaigne — jamais démenties — le confirment.
Pire : Dati bénéficie du nouveau mode de scrutin. Le PLM (Paris-Lyon-Marseille) devait avantager les candidats médiatiques. Elle en est la première victime. "Les électeurs de droite ont voté pour leurs maires d'arrondissement... pas pour elle", analyse un conseiller de Grégoire.
Corruption : l'épée de Damoclès
10 ans de prison. C'est la peine encourue par Rachida Dati dans l'affaire des emplois fictifs de l'Assemblée nationale. Son procès s'ouvre en septembre 2026.
"Si elle est élue, elle risque la révocation", prévient un magistrat du tribunal correctionnel. L'article L. 2122-15 du Code général des collectivités territoriales est clair : un maire condamné à plus d'un an de prison inéligible perd son mandat.
Pierre-Yves Bournazel (Horizons) l'avait rappelé pendant sa campagne : "Je ne soutiendrai pas une candidate renvoyée en correctionnelle." Il a finalement fusionné avec Dati au second tour.
Les questions restent sans réponse. Pour l'instant.
La gauche face à ses contradictions
"Elle aurait dû se désister." Brossat ne mâche pas ses mots sur Sophia Chikirou. La candidate insoumise a organisé un meeting le 15 mars, criant : "Je suis la première opposante à Dati !"
Un coup de com' ? Peut-être. Mais un coup dur pour Grégoire. Car à Paris comme ailleurs, la gauche éclate.
À Marseille, Benoît Payan (PS) refuse l'alliance avec LFI. À Toulouse et Lyon, socialistes et insoumis s'unissent. "Chaque territoire a sa logique", tempère Brossat.
Pourtant, les chiffres sont têtus. À Paris, 11% d'électeurs insoumis pourraient faire basculer la ville. "C'est un risque", admet le candidat PCF. Un euphémisme.
Saint-Amand-les-Eaux : la leçon Roussel
Fabien Roussel a gagné dès le premier tour. Le secrétaire national du PCF a battu le RN dans son fief du Nord. Une exception ?
"La preuve qu'on peut vaincre l'extrême droite avec un programme populaire", argue Brossat. Le maire sortant a enchaîné les mesures sociales : cantine à 1€, rénovation des écoles, aides aux associations.
À Paris, Grégoire mise sur le même crédo. Encadrement des loyers — 1000€ économisés par locataire. Tarifs sociaux dans les cantines. 25% de logements sociaux contre 13% en 2001.
"Madame Dati veut détruire tout cela", accuse Brossat. Les programmes le confirment. La candidate LR promet de "réformer" l'encadrement des loyers et de "réviser" la carte scolaire.
Le piège de l'abstention
48,7%. C'est le taux d'abstention au premier tour dans les quartiers populaires du 18e arrondissement. Dans le 7e ? 22,1%.
"Les géants votent toujours. Les pauvres s'abstiennent", résume Brossat. Un déséquilibre qui pourrait être fatal.
Car Dati cartonne dans l'Ouest. Grégoire domine dans l'Est. Tout se jouera sur la mobilisation. "Si les quartiers populaires votent, nous gagnons", assure l'entourage du candidat PS.
L'histoire leur donne raison. En 2022, la gauche a remporté les législatives grâce à une mobilisation record dans les cités. Un scénario qui pourrait se répéter.
Ou pas.
Sources
- Déclarations de Yann Brossat - BFM TV (15/03/2026)
- Résultats premier tour - Ministère de l'Intérieur
- Procès Dati - Tribunal correctionnel de Paris
- Tweets de Max Guazzini (archivés)
- Étude Institut Montaigne sur les reports de voix
- Code général des collectivités territoriales
Par la rédaction de Le Dossier
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