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PolitiqueÉpisode 8/76

Gauche : la primaire en sursis, les ambitions personnelles enterrent l'union

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-06
Illustration: Gauche : la primaire en sursis, les ambitions personnelles enterrent l'union
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Le meeting de Belleville : un enterrement de première classe

Tout commence ici. Il y a 90 ans, le Front populaire de 1936 unissait les gauches contre la menace fasciste. Hier, le 5 mai 2026, dans le 20e arrondissement de Paris, la gauche unioniste a organisé sa grande messe. Marine Tondelier, François Ruffin, Clémentine Autain et Olivier Faure se sont succédé sur scène. Objectif ? Tenter un ultime massage cardiaque sur la dépouille de la primaire.

La com était jolie. C'est à peu près tout. Les organisateurs avaient promis un « sursaut ». Ils ont offert un spectacle gênant. « Ce soir, la question était de savoir si ce 5 mai serait le chant du signe ou le sursaut », résume le chroniqueur du Récap. Verdict : le chant du signe l'a emporté haut la main.

Pourquoi ? Parce que la gauche a passé deux heures à parler d'elle-même. « Ils ont beaucoup parlé de la gauche qui ne veut pas de l'union — avec une légère obsession pour Jean-Luc Mélenchon », note la même source. Lui n'était pas là. Il a officialisé sa campagne il y a des jours. Il n'a pas besoin de primaire. Il l'a déjà gagnée dans sa tête.

Les autres ? Fabien Roussel a balayé l'idée dès mars dernier. Il croit en une candidature combative des communistes. À ce jour, il n'est pas officiellement déclaré, mais c'est tout comme. Et puis il y a l'aile droite du PS — Boris Vallaud, Carole Delga, Nicolas Mayer-Rossignol — ralliée à Raphaël Glucksmann, Bernard Cazeneuve et Yannick Jadot. Eux non plus ne veulent pas de cette primaire.

Résultat : une gauche en miettes. 82 % des électeurs de gauche sont favorables à une primaire (Ipsos), mais aucun dirigeant ne veut vraiment s'y soumettre. Les adhérents éligibles à la primaire des Verts ? 12 800. Taux de participation : 54 %. Une misère.


Marine Tondelier : la patronne des Verts en roue libre

Marine Tondelier est la grande perdante de la soirée. La secrétaire nationale des Écologistes, désignée candidate de son parti pour la primaire avec 86 % des suffrages (5 341 voix contre 14 %), a offert un passage « malaisant » — c'est le mot qui revient. « Ce soir, nous le disons à nouveau. Nous sommes en 2026, ça fait 90 ans… et ça alors, attendez, on va le refaire. » La séquence a tourné au ridicule. « Ils n'étaient pas prêts », lance-t-elle. Le public, lui, ne sait plus s'il doit rire ou pleurer.

Le chroniqueur du Récap est impitoyable : « Le passage de Marine Tondelier, c'est ce que le monde retiendra de ce meeting — et ce n'est pas vraiment un compliment. » Il rappelle qu'elle avait « tout compris à la com politique » lors des législatives de 2024. Mais là, elle s'est loupée. « Visiblement, elle avait tout misé sur les punchlines et les blagounettes. » Résultat : un meeting qui ressemble à un stand-up raté.

Et ce n'est pas tout. En interne, les opposants à Tondelier tentent d'imposer des garde-fous. Une motion prévoit que sa candidature à la présidentielle soit rediscutée si la primaire n'a pas lieu au plus tard le 30 octobre 2026. « Si la primaire n'a pas lieu à temps, on remet tout sur la table, on revote », explique une source interne. En coulisses, on discute déjà du scénario le plus réaliste : retirer Marine Tondelier et négocier un bon accord pour sauver les meubles aux législatives.

Les finances du parti sont exsangues. Les européennes ont laissé des traces. Les municipales ? Pire. Une présidentielle coûte des millions. Dans ce contexte, la primaire devient un « outil de maintien de l'ordre » — un moyen pour Tondelier d'éviter que tout explose avant l'échéance. Elle y croit dur comme fer, mais elle est quasiment seule. « Personne n'a envie d'un casting réduit à quelques micropartis », analyse le chroniqueur. « Cela transformerait la grande union en concours interne gênant. »


Olivier Faure et le PS : l'inventaire qui n'a jamais eu lieu

Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, a pris la parole pour défendre l'union. Son discours ? Un exercice de funambule. « Nous pouvons gagner, mais pas comme ça, pas divisés », a-t-il lancé. Puis il a tenté de justifier le bilan du PS : « Nous avons eu le courage, après chaque défaite, de faire notre inventaire. »

Sauf que cet inventaire, personne n'y croit. Le chroniqueur du Récap le rappelle : « Faut quand même oser dire que le PS fait son inventaire après chaque défaite tout en ayant recyclé François Hollande aux dernières législatives. » Et de citer les « multiples renoncements politiques du Parti socialiste qui ont directement frappé les plus précaires ». Le PS a fait du mal à ce pays — et ce n'est pas en invoquant les victoires de Mitterrand et Jaurès que les victimes vont oublier.

La séquence du « unité ! » crié frénétiquement par des militants pour sauver les apparences en dit long. « Je ne sais pas ce que je préfère, ironise le chroniqueur : l'envoi du slogan qui déstabilise les mecs, ou la tentative d'argumentation qui s'ensuit. » Le PS est en pleine contradiction. Il parle d'union, mais ses propres cadres (Vallaud, Delga, Mayer-Rossignol) ont déjà tourné le dos à la primaire.


Mélenchon, Glucksmann, Roussel : les trois qui disent non

Jean-Luc Mélenchon est le seul à gauche à avoir officiellement démarré sa campagne. Son programme est le même. Aucune concession. Des équipes rodées. « C'est carré », commente le chroniqueur. Mélenchon défie l'idée même de primaire. Il n'en a pas besoin. Il est déjà en campagne.

Raphaël Glucksmann, lui, propose une candidature unique sans primaire. Ce matin sur France 2, il a expliqué pourquoi : « La malédiction de la gauche, c'est de ne parler qu'à la gauche. Pendant que Mélenchon parlera aux Français, pendant que Bardella parlera aux Français, nous devons construire notre ligne politique et désigner le candidat le mieux placé. » Il veut se mettre d'accord sur le fond — crise énergétique, retrait américain, souveraineté —, puis désigner une équipe. « Nous sommes des adultes », dit-il.

Fabien Roussel, patron du PCF, n'est pas officiellement déclaré, mais il a déjà balayé l'idée d'une primaire. Il croit en une candidature communiste combative. Il n'est pas venu au meeting.

Résultat : trois blocs qui s'ignorent. Glucksmann avec l'aile droite du PS et les centristes de gauche. Mélenchon avec LFI. Roussel avec le PCF. Et Tondelier qui tente de maintenir une primaire qui n'intéresse personne. « L'union est loin d'être une réalité, conclut le chroniqueur. Vu la largeur du spectre — du NPA à Glucksmann —, il y a des chances que tout ce petit monde peine à s'entendre. »


Le temps presse, l'argent manque : la primaire comme bouée de sauvetage

Dans un an, à cette date, les urnes auront déjà désigné le nouveau locataire de l'Élysée. La primaire de gauche, si elle a lieu, est prévue à l'automne 2026. Il restera alors très peu de temps pour faire campagne. Pendant ce temps, les autres se mettent en ordre de bataille.

Les Républicains ont leur candidat : Bruno Retailleau. Le Rassemblement national a son plan A et son plan B, selon les décisions de justice. Le bloc central arbitre entre Gabriel Attal et Édouard Philippe, avec une potentielle primaire dont le spectre est large mais qui reste plus efficace que celle de la gauche. « Les grandes officines politiques comme LR ou le RN ont déjà désigné leurs champions », observe le chroniqueur.

La gauche, elle, discute procédure. Et ce n'est pas faute d'avoir été prévenue. « 82 % des électeurs de gauche sont favorables à une primaire », rappelle une étude Ipsos. Mais aucun nom ne rassemble. « Jamais la gauche municipale n'avait contrôlé aussi peu de villes moyennes », ajoute Le Progrès. « La gauche est à son plus bas niveau historique depuis 1971 et la création du Parti socialiste au congrès d'Alfortville en 1969 », confirme une autre source.

Les unionistes ne sont pas dupes. Ils savent qu'ils ont peu de chance de gagner la présidentielle. Mais dans la Ve République, rester à l'écart n'est pas une option. « C'est disparaître du paysage pendant des mois, pile au moment où tout se reconfigure pour les législatives. » Alors ils s'engagent quand même — pas pour gagner, mais pour exister, occuper l'espace, garder un statut, préparer le terrain. La présidentielle devient une campagne d'exposition, hors de prix, dont l'issue est connue d'avance, mais indispensable pour ne pas arriver hors jeu aux législatives.

Et les finances ? Les Verts sont exsangues. Les européennes ont laissé des traces. Les municipales n'en parlons pas. Une présidentielle coûte extrêmement cher. Dans ce contexte, difficile de vendre une grosse machine de campagne. La primaire devient un outil par défaut — un moyen pour Marine Tondelier de survivre à la tempête. Mais les coulisses bruissent déjà d'un autre scénario : retirer la candidate, négocier un accord avec les socialistes et les insoumis pour sauver les meubles aux législatives.

Le temps presse. Et pendant que la gauche se déchire, la droite et l'extrême droite avancent. Bruno Retailleau, Jordan Bardella, Gabriel Attal, Édouard Philippe — tous ont déjà leur plan. La gauche, elle, cherche encore son candidat. Et à ce rythme, elle risque de le trouver trop tard.


Ce que cette division signifie pour la France

Ce n'est pas une simple querelle de partis. C'est une crise démocratique. La gauche représente encore un électorat considérable — près de 30 % des voix aux européennes de 2024. Mais fragmentée, elle devient inaudible. Pendant ce temps, le Rassemblement national capitalise sur les déceptions, et le bloc macroniste verrouille le centre.

Les conséquences sont concrètes. Moins de moyens pour les services publics. Plus de répression contre les mouvements sociaux — comme le montre la loi contre les fraudes, adoptée le 6 mai 2026. 335 voix pour, 182 contre. Macronistes, droite et RN main dans la main. Cette loi cible la fraude sociale (14 milliards d'euros estimés) mais laisse de côté la fraude fiscale (80 à 100 milliards d'euros de manque à gagner). Une aubaine pour les fraudeurs du CAC 40.

Et pendant que la gauche discute de procédure, Omar Alsoumi, porte-parole d'Urgence Palestine, comparaît au tribunal de Paris pour « apologie du terrorisme ». Signalé par Bruno Retailleau en mars 2025, il est jugé pour avoir parlé du « déluge d'Al-Aqsa ». Son avocate dénonce l'hypocrisie du gouvernement français, qui reconnaît l'État de Palestine mais réprime les soutiens à la résistance palestinienne.

La colonisation de la Cisjordanie s'accélère. Le projet E1, approuvé par Israël en août 2025, prévoit de couper la Cisjordanie en deux avec 3 400 logements sur 12 km². L'ONU et l'UE appellent à renoncer, mais rien n'y fait.

Et le détroit d'Ormuz ? Donald Trump a suspendu l'opération « Projet Liberté » après « de grands progrès » dans les négociations avec l'Iran. Mais un navire de CMA CGM, l'armateur de Rodolphe Saadé, a été frappé. Le porte-avions Charles de Gaulle a passé le canal de Suez. La France envoie un signal.

Pendant ce temps, la gauche française se regarde le nombril. Elle a 365 jours pour s'unir. Elle préfère régler ses comptes.


Sources

  • Transcript de l'émission Le Récap, Le Média, 6 mai 2026 (YouTube)
  • Wikipedia : « Primaire de la gauche française pour l'élection présidentielle de 2027 »
  • Le Monde avec AFP, 24 avril 2026 — « 82 % des électeurs de gauche favorables à une primaire »
  • France Info — sondage Ipsos sur la primaire
  • Le Progrès — « La gauche à son plus bas niveau historique depuis 1971 »
  • Discours de Marine Tondelier, Olivier Faure, Raphaël Glucksmann (citations directes)
  • Communiqué du ministère des Armées sur le passage du Charles de Gaulle (AFP, 6 mai 2026)
  • Haut Conseil du financement de la protection sociale — estimation de la fraude sociale à 14 milliards d'euros

📰Source :youtube.com

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