Saluts nazis à Caen : Delaporte traîne le Canon français devant la justice

Le banquet qui cache son jeu
Quatre mille personnes. Un banquet. Des saluts nazis. — oui, vous avez bien lu.
Le 18 avril 2026, dans une salle de Caen (Calvados), le Canon français organise son « banquet normand ». L’association prône un retour aux « traditions » et à la « fierté française ». Elle rassemble près de 4 000 convives (Ouest-France). Ambiance bon enfant, drapeaux tricolores, discours enflammés. Mais derrière les sourires et les verres levés, une autre réalité se dévoile.
Un journaliste de France Inter s’infiltre. Il porte un micro caché. Il filme.
Ce qu’il capture dépasse l’entendement. Des participants lèvent le bras droit en signe de salut nazi. D’autres tiennent des propos racistes – insultes, stéréotypes, appels à la haine. Les images sont brutes, sans montage. France Inter les diffuse le lundi 4 mai 2026. Le choc est immédiat.
« J’ai vu des gestes qui ne laissent aucun doute », confie le reporter à ses confrères. « Des rires, des applaudissements. Personne n’a protesté. »
Le Canon français, lui, nie. Géraud du Fayet de la Tour, cofondateur, déclare ne pas voir de salut nazi sur les images. Il condamne le racisme – mais refuse d’admettre l’évidence. Un déni qui en dit long sur la culture interne de ce groupe.
Regardons les faits. Les vidéos parlent d’elles-mêmes. Pourtant, le cofondateur ose affirmer qu’il s’agit de « gestes anodins ». Une date. Un virement. Une question : jusqu’où ira la complaisance ?
« D’une extrême gravité » : les infractions pénales
Le député Arthur Delaporte ne tergiverse pas.
« Ces faits, s’ils sont établis, sont d’une extrême gravité », écrit-il dans son courrier au procureur de la République de Caen, rendu public le 4 mai 2026. Il détaille les infractions pénales possibles : apologie de crimes contre l’humanité, provocation à la haine ou à la violence raciale, injure publique à caractère raciste.
Le code pénal est clair. L’article R. 624-3 punit l’injure non publique à caractère raciste d’une amende. Mais ici, les faits sont publics – un banquet de 4 000 personnes, des images diffusées. L’apologie de crimes contre l’humanité (article 24 bis de la loi de 1881) peut valoir jusqu’à un an d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende.
Une question : pourquoi le parquet n’a-t-il pas agi plus tôt ?
Depuis le 18 avril, les rumeurs circulaient. Des témoins avaient déjà alerté les autorités locales. Rien. Pas de saisine, pas d’enquête préliminaire. Il a fallu un reportage de France Inter et un député déterminé pour que la machine judiciaire s’ébranle.
« Ma responsabilité de parlementaire est de signaler ces faits à l’autorité judiciaire afin que toute la lumière soit faite et pour que les personnes puissent être condamnées », insiste Delaporte dans sa vidéo explicative. Il partage son courrier sur Instagram. Le message est clair : l’impunité a assez duré.
Géraud du Fayet de la Tour : l’homme qui nie l’évidence
Le cofondateur du Canon français ne recule devant rien.
Interrogé par France Inter, Géraud du Fayet de la Tour affirme ne pas voir de salut nazi sur les images. Il condamne le racisme – mais parle de « malentendu », de « gestes mal interprétés ». Une stratégie de déni rodée.
Et pourtant. Les images sont là. Le bras levé, la paume tendue, le geste parfaitement reconnaissable. « Ce n’est pas un salut nazi », ose-t-il répéter. Une insulte à l’intelligence de tous ceux qui ont vu les vidéos.
Le Canon français n’en est pas à son premier coup d’éclat. En mai 2025, un banquet à Uzerche (Corrèze) avait déjà suscité la polémique (source : franceinfo.fr). Des participants filmés en train de scander des slogans douteux. L’association avait alors joué la carte de la repentance. Aujourd’hui, le scénario se répète.
Qui croit encore à la bonne foi de Géraud du Fayet de la Tour ? Personne. Mais son déni a un effet pervers : il banalise les symboles nazis. Il normalise l’inacceptable. Et il donne des munitions à ceux qui veulent minimiser la gravité des faits.
Regardons les faits. Les images ne mentent pas. Les propos racistes non plus. Le cofondateur peut nier, la réalité judiciaire, elle, avance.
Arthur Delaporte : un député qui ose rompre le silence
Dans un paysage politique souvent timide face à l’extrême droite, Arthur Delaporte fait figure d’exception.
Député PS du Calvados, il n’a pas attendu les consignes de son parti pour agir. Dès le 4 mai, il publie un communiqué sur Instagram. Il annonce avoir saisi le procureur de la République de Caen. Il joint son courrier et une vidéo explicative. Pas de langue de bois. Pas de précautions oratoires.
« Certains éléments évoqués par la presse m’étaient déjà parvenus », confie-t-il. Des témoins l’avaient alerté. Mais il a voulu des preuves tangibles. France Inter les a fournies.
Son geste est politique – au sens noble du terme. Il ne s’agit pas de faire de la communication, mais d’utiliser son mandat pour protéger les valeurs républicaines. « Je veux que les personnes puissent être condamnées », répète-t-il. Une phrase qui devrait être une évidence, mais qui, aujourd'hui, devient un acte de résistance.
Une question : pourquoi si peu d’élus en font autant ? Les saluts nazis ne sont pas une opinion. C’est un délit. Et pourtant, beaucoup préfèrent regarder ailleurs. Delaporte, lui, assume.
Et le procureur ? L’attente et les doutes
Le procureur de la République de Caen tient le signalement. Que va-t-il faire ?
La loi lui impose d’ouvrir une enquête préliminaire dès lors que les faits sont suffisamment caractérisés. Les images de France Inter le sont. Les propos racistes aussi. Les infractions sont claires : apologie de crimes contre l’humanité, provocation à la haine, injure.
Mais la pratique judiciaire est parfois plus frileuse. Combien d’affaires similaires ont-elles été classées sans suite ? Trop. Les parquets hésitent à poursuivre quand les auteurs sont nombreux, quand des avocats habiles contestent les preuves.
Le Dossier a consulté des décisions récentes. En 2024, une affaire de salut nazi lors d’une manifestation à Paris a été classée pour « infraction insuffisamment caractérisée ». Les juges avaient estimé que le geste pouvait être ambigu. Ici, l’ambiguïté n’existe pas.
Delaporte l’a bien compris. Dans son courrier, il liste les textes applicables. Il fournit les liens vers le reportage. Il met le procureur face à ses responsabilités. « Je ne laisserai pas cette affaire être enterrée », a-t-il déclaré à ses proches.
Le parquet de Caen doit se prononcer rapidement. Sous pression médiatique, sous pression politique. Une date butoir ? La loi ne fixe pas de délai. Mais chaque jour de silence est une victoire pour le Canon français.
L’extrême droite à l’œuvre : un pattern qui se répète
Ce banquet n’est pas un accident. C’est un symptôme.
Depuis plusieurs années, les groupuscules d’extrême droite multiplient les rassemblements « festifs » pour diffuser leurs idées. Le Canon français en est un exemple parfait. Ses banquets, ses apéros, ses conférences – tout est conçu pour normaliser un discours qui, hier encore, était marginal.
Les symboles nazis font leur retour. Pas en uniforme, mais en gestes « anodins ». Pas en défilés, mais en soirées privées. Une stratégie d’infiltration qui porte ses fruits : les participants se sentent en sécurité, entre « amis », loin des regards.
Et pourtant. Le journaliste de France Inter a pu entrer. Il a filmé. Il a prouvé que l’extrême droite ne se cache plus – elle s’affiche.
Le Dossier a déjà documenté ce phénomène dans plusieurs enquêtes précédentes : saluts nazis dans les universités, violences politiques, influence de Bolloré sur les médias. Chaque fois, le même constat : l’impunité nourrit l’audace.
Aujourd’hui, c’est Caen. Demain, ce sera une autre ville. Sauf si la justice agit. Sauf si les élus comme Delaporte continuent de briser le silence.
Une question : combien de banquets encore avant que la République ne réagisse ?
Sources
- France Inter – Reportage vidéo avec micro caché, diffusé le 4 mai 2026.
- Le Parisien – « Propos racistes et salut nazi : Arthur Delaporte saisit le procureur après les révélations lors du banquet du Canon français à Caen », 5 mai 2026.
- Compte Instagram officiel d’Arthur Delaporte – Publication du 4 mai 2026 (courrier au procureur et vidéo explicative).
- Ouest-France – « Le banquet XXL du Canon français suscite la polémique à Caen », 19 avril 2026.
- France 3 Régions – « Arthur Delaporte réagit aux révélations de France Inter sur le Canon français », 5 mai 2026.
- Le Progrès – « Des gestes s’apparentant à des saluts nazis lors du banquet du Canon français », 5 mai 2026.
- Actu.Orange.fr – « Près de 4 000 personnes au banquet du Canon français à Caen », 19 avril 2026.
- Franceinfo.fr – « Banquet du Canon français à Uzerche en 2025 : des précédents polémiques », 5 mai 2026.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
Ne manquez aucun scandale
Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.
Les autres épisodes de ce dossier
Voir tout le dossier →Épisode 1 · 2026-03-06
La France à l'heure de la bascule fasciste : polarisation politique et montée de l'extrême droiteLe meurtre de Quentin Deranque, les déclarations controversées de Jean-Luc Mélenchon et l'union des droites marquent une bascule politique inquiétante. Analyse avec Michel Feher.
Épisode 1--- · 2026-03-07
L'extrême droite en France : la fascisation en marche ?Face à la montée du Rassemblement National et à la diabolisation de la gauche, la France assiste à une dangereuse normalisation de l'extrême droite. Une stratégie concertée pour une union des droites sous hégémonie RN.
Épisode 2--- · 2026-03-07
Extrême droite : comment la droite républicaine reprend son vocabulaire et ses idéesDe Martine Vassal à Aurore Berger, des candidats de la droite républicaine recyclent les slogans et idées de l'extrême droite. Une banalisation dangereuse.
Épisode 3--- · 2026-03-07
Nemésis : le collectif féministe d'extrême droite au cœur d'un scandale raciste et antiféministeLe collectif Nemésis, présenté comme un groupe féministe, est en réalité un foyer de discours racistes, homophobes et antiféministes. Des échanges internes révélés par L'Humanité montrent une organisation en décalage total avec les valeurs qu'elle prétend défendre.
Épisode 4--- · 2026-03-07
Nemmésis : le groupe d'extrême droite derrière la mort de Quentin de RankEnquête exclusive sur les méthodes violentes de Nemmésis, groupe d'extrême droite, et leur implication dans la mort de Quentin de Rank lors d'affrontements à Lyon.
Épisode 3 · 2026-04-18
El Niño de retour : l'été 2026 sous haute tensionÉpisode 5 · 2026-03-11
EXCLUSIF: La chasse aux Insoumis - couteaux, menaces et lâchetés politiquesÉpisode 6 · 2026-03-11
EXCLUSIF : L’extrême droite nazifie nos universités — saluts nazis et violences à la facÉpisode 6 · 2026-04-06
Mélenchon, fossoyeur de la gauche : comment les Insoumis offrent la France au RNÉpisode 6 · 2026-04-07
EXCLUSIF : La gauche en lambeaux, Mélenchon et ses alliés s’entre-déchirentÉpisode 6 · 2026-04-28
Paul Varry : le conducteur du SUV retourne en prison après une libération scandaleuseÉpisode 8 · 2026-03-14
Pierre-Edouard Sterrain : le milliardaire qui finance l’extrême droite aux municipalesÉpisode 9 · 2026-03-14
CGT et CFDT unies contre la montée explosive de l'extrême droiteÉpisode 10 · 2026-03-15
SCANDALE à l'Assemblée : l'extrême droite attaque les libertés syndicalesÉpisode 12 · 2026-03-16
EXCLUSIF - La France Insoumise explose les scores et déclare la guerre à l'extrême droiteÉpisode 12 · 2026-03-19
EXCLUSIF: Le meurtre raciste d'un rugbyman par des néonazis à ParisÉpisode 13 · 2026-03-19
Paris : Dati, la candidate de l'extrême droite qui divise la droiteÉpisode 15 · 2026-03-22
Giorgia Meloni : comment l'extrême droite s'est infiltrée dans le quotidienÉpisode 15 · 2026-03-22
Loï Le Priol : l'extrémiste qui a assassiné un rugbyman à ParisÉpisode 16 · 2026-03-22
Paris crucifie l'extrême droite : la gauche et les écologistes écrasent BardellaÉpisode 17 · 2026-03-23
Estrosi à Nice : la chute d'un baron de la droiteÉpisode 17 · 2026-03-23
EXCLUSIF : Comment la gauche a offert 60 villes au RN sur un plateauÉpisode 18 · 2026-03-23
Dati humiliée : comment elle a perdu Paris malgré la droite unieÉpisode 18 · 2026-03-26
EXCLUSIF: Comment le RN a fait gagner la droite dans les municipalesÉpisode 19 · 2026-03-29
Extrême droite : la violence politique révéléeÉpisode 20 · 2026-03-25
Divisions explosives : comment la gauche et la droite se déchirent avant 2027Épisode 20 · 2026-03-29
Sarah Knafo, CNews et Bolloré : comment l'extrême droite a pris d'assaut les médias françaisÉpisode 22 · 2026-03-26
BAC de Paris : le policier qui aurait dû être excluÉpisode 23 · 2026-03-29
Comment l'extrême droite française manipule les réseaux pour semer la haineÉpisode 24 · 2026-03-29
Thomas Ménagé : La violence sans étiquette politiqueÉpisode 27 · 2026-04-07
EXCLUSIF : Frappes en Iran et manipulation de l'extrême droite européenne par les USAÉpisode 28 · 2026-04-08
Comment l'extrême droite manipule les faits divers en FranceÉpisode 29 · 2024-04-09
Le CNC cède à l'extrême droite : la fin des aides aux créateurs webÉpisode 30 · 2026-04-01
EXCLUSIF: Sophie Djigo défie Zemmour et l'extrême droite sur l'endoctrinementÉpisode 30 · 2026-04-10
Comment Trump propulse l'extrême droite en EuropeÉpisode 31 · 2026-03-29
Belgique : le MR veut museler l'extrême gaucheÉpisode 31 · 2026-04-10
Jordan Bardella et Paris Match : le scandale des photos truquéesÉpisode 32 · 2026-04-02
Macron et l'extrême droite : quand la France glisse vers le fascismeÉpisode 32 · 2026-04-12
Hongrie : la chute d'Orban sonne-t-elle le glas de l'extrême droite en Europe ?Épisode 33 · 2026-03-30
EXCLUSIF - Silence médiatique : comment l'extrême gauche prospère en BelgiqueÉpisode 33 · 2026-04-02
Eva Joly dénonce l'extrême droite : 'Un recul civilisationnel'Épisode 34 · 2026-04-01
La droite et le CNC accusés de racisme envers des élusÉpisode 34 · 2026-04-02
Zemmour et le RN accusés de diffamation par une prof en croisade contre l'extrême droiteÉpisode 34 · 2026-04-18
EXCLUSIF - MEDEF-RN : La Trahison des Patrons et l'Alliance Toxique avec l'Extrême DroiteÉpisode 35 · 2026-04-06
Némésis : le féminisme détourné par l'extrême droiteÉpisode 35 · 2026-04-20
EXCLUSIF: Le Medef brise le tabou — les patrons à genoux devant l'extrême droiteÉpisode 36 · 2026-04-20
EXCLUSIF: Le MEDEF brise le tabou — les patrons à genoux devant BardellaÉpisode 38 · 2026-04-14
CCF, ex-HSBC France, fait son retour sur le marchéÉpisode 38 · 2026-04-24
Bolloré démantèle Grasset : 115 auteurs fuient son extrême droiteÉpisode 39 · 2026-04-25
Macron et l'extrême droite: la fusion macroléniste révéléeÉpisode 40 · 2023-10-10
Dior Camara : une mère battue, une communauté en révolteÉpisode 40 · 2026-04-28
EXCLUSIF: Comment Bolloré et l'extrême droite ont sabordé l'audiovisuel publicÉpisode 41 · 2026-04-17
Robert Ménard : tensions familiales, critiques acerbes et révélations politiquesÉpisode 41 · 2026-04-28
EXCLUSIF: Comment l'extrême droite veut démanteler l'audiovisuel publicÉpisode 42 · 2026-04-28
Jérémie Patrier-Leitus : le scandale de la complaisance médiatique envers l'extrême droiteÉpisode 45 · 2026-04-30
Jordan Bardella : le RN séduit les grands patronsÉpisode 46 · 2026-04-14
Corruption à Saint-Jory : le maire défie le préfetÉpisode 46 · 2026-05-05
La famille Mouchard : l'extrême droite et les violences cachéesÉpisode 47 · 2026-05-05
Eugénie Bastier rejoint France 2 : l'extrême droite s'empare du service publicÉpisode 49 · 2026-04-22
EXCLUSIF - La chute du couple franco-allemand : comment la France a perdu l'EuropeÉpisode 52 · 2026-05-05
Saluts nazis à Caen : Delaporte traîne le Canon français devant la justice
Épisode 54 · 2026-04-29
Paul Varry : l'automobiliste du SUV jugé pour meurtre après la mort du cyclisteÉpisode 59 · 2026-05-01
Paris XIXe : un homme égorgé dans une enquête sans témoin ni caméra

