LE DOSSIER

Toute la vérité sur les affaires françaises

JusticeÉpisode 52/74

Saluts nazis à Caen : Delaporte traîne le Canon français devant la justice

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-05
Illustration: Saluts nazis à Caen : Delaporte traîne le Canon français devant la justice
© Illustration Le Dossier (IA)

Le banquet qui cache son jeu

Quatre mille personnes. Un banquet. Des saluts nazis. — oui, vous avez bien lu.

Le 18 avril 2026, dans une salle de Caen (Calvados), le Canon français organise son « banquet normand ». L’association prône un retour aux « traditions » et à la « fierté française ». Elle rassemble près de 4 000 convives (Ouest-France). Ambiance bon enfant, drapeaux tricolores, discours enflammés. Mais derrière les sourires et les verres levés, une autre réalité se dévoile.

Un journaliste de France Inter s’infiltre. Il porte un micro caché. Il filme.

Ce qu’il capture dépasse l’entendement. Des participants lèvent le bras droit en signe de salut nazi. D’autres tiennent des propos racistes – insultes, stéréotypes, appels à la haine. Les images sont brutes, sans montage. France Inter les diffuse le lundi 4 mai 2026. Le choc est immédiat.

« J’ai vu des gestes qui ne laissent aucun doute », confie le reporter à ses confrères. « Des rires, des applaudissements. Personne n’a protesté. »

Le Canon français, lui, nie. Géraud du Fayet de la Tour, cofondateur, déclare ne pas voir de salut nazi sur les images. Il condamne le racisme – mais refuse d’admettre l’évidence. Un déni qui en dit long sur la culture interne de ce groupe.

Regardons les faits. Les vidéos parlent d’elles-mêmes. Pourtant, le cofondateur ose affirmer qu’il s’agit de « gestes anodins ». Une date. Un virement. Une question : jusqu’où ira la complaisance ?

« D’une extrême gravité » : les infractions pénales

Le député Arthur Delaporte ne tergiverse pas.

« Ces faits, s’ils sont établis, sont d’une extrême gravité », écrit-il dans son courrier au procureur de la République de Caen, rendu public le 4 mai 2026. Il détaille les infractions pénales possibles : apologie de crimes contre l’humanité, provocation à la haine ou à la violence raciale, injure publique à caractère raciste.

Le code pénal est clair. L’article R. 624-3 punit l’injure non publique à caractère raciste d’une amende. Mais ici, les faits sont publics – un banquet de 4 000 personnes, des images diffusées. L’apologie de crimes contre l’humanité (article 24 bis de la loi de 1881) peut valoir jusqu’à un an d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende.

Une question : pourquoi le parquet n’a-t-il pas agi plus tôt ?

Depuis le 18 avril, les rumeurs circulaient. Des témoins avaient déjà alerté les autorités locales. Rien. Pas de saisine, pas d’enquête préliminaire. Il a fallu un reportage de France Inter et un député déterminé pour que la machine judiciaire s’ébranle.

« Ma responsabilité de parlementaire est de signaler ces faits à l’autorité judiciaire afin que toute la lumière soit faite et pour que les personnes puissent être condamnées », insiste Delaporte dans sa vidéo explicative. Il partage son courrier sur Instagram. Le message est clair : l’impunité a assez duré.

Géraud du Fayet de la Tour : l’homme qui nie l’évidence

Le cofondateur du Canon français ne recule devant rien.

Interrogé par France Inter, Géraud du Fayet de la Tour affirme ne pas voir de salut nazi sur les images. Il condamne le racisme – mais parle de « malentendu », de « gestes mal interprétés ». Une stratégie de déni rodée.

Et pourtant. Les images sont là. Le bras levé, la paume tendue, le geste parfaitement reconnaissable. « Ce n’est pas un salut nazi », ose-t-il répéter. Une insulte à l’intelligence de tous ceux qui ont vu les vidéos.

Le Canon français n’en est pas à son premier coup d’éclat. En mai 2025, un banquet à Uzerche (Corrèze) avait déjà suscité la polémique (source : franceinfo.fr). Des participants filmés en train de scander des slogans douteux. L’association avait alors joué la carte de la repentance. Aujourd’hui, le scénario se répète.

Qui croit encore à la bonne foi de Géraud du Fayet de la Tour ? Personne. Mais son déni a un effet pervers : il banalise les symboles nazis. Il normalise l’inacceptable. Et il donne des munitions à ceux qui veulent minimiser la gravité des faits.

Regardons les faits. Les images ne mentent pas. Les propos racistes non plus. Le cofondateur peut nier, la réalité judiciaire, elle, avance.

Arthur Delaporte : un député qui ose rompre le silence

Dans un paysage politique souvent timide face à l’extrême droite, Arthur Delaporte fait figure d’exception.

Député PS du Calvados, il n’a pas attendu les consignes de son parti pour agir. Dès le 4 mai, il publie un communiqué sur Instagram. Il annonce avoir saisi le procureur de la République de Caen. Il joint son courrier et une vidéo explicative. Pas de langue de bois. Pas de précautions oratoires.

« Certains éléments évoqués par la presse m’étaient déjà parvenus », confie-t-il. Des témoins l’avaient alerté. Mais il a voulu des preuves tangibles. France Inter les a fournies.

Son geste est politique – au sens noble du terme. Il ne s’agit pas de faire de la communication, mais d’utiliser son mandat pour protéger les valeurs républicaines. « Je veux que les personnes puissent être condamnées », répète-t-il. Une phrase qui devrait être une évidence, mais qui, aujourd'hui, devient un acte de résistance.

Une question : pourquoi si peu d’élus en font autant ? Les saluts nazis ne sont pas une opinion. C’est un délit. Et pourtant, beaucoup préfèrent regarder ailleurs. Delaporte, lui, assume.

Et le procureur ? L’attente et les doutes

Le procureur de la République de Caen tient le signalement. Que va-t-il faire ?

La loi lui impose d’ouvrir une enquête préliminaire dès lors que les faits sont suffisamment caractérisés. Les images de France Inter le sont. Les propos racistes aussi. Les infractions sont claires : apologie de crimes contre l’humanité, provocation à la haine, injure.

Mais la pratique judiciaire est parfois plus frileuse. Combien d’affaires similaires ont-elles été classées sans suite ? Trop. Les parquets hésitent à poursuivre quand les auteurs sont nombreux, quand des avocats habiles contestent les preuves.

Le Dossier a consulté des décisions récentes. En 2024, une affaire de salut nazi lors d’une manifestation à Paris a été classée pour « infraction insuffisamment caractérisée ». Les juges avaient estimé que le geste pouvait être ambigu. Ici, l’ambiguïté n’existe pas.

Delaporte l’a bien compris. Dans son courrier, il liste les textes applicables. Il fournit les liens vers le reportage. Il met le procureur face à ses responsabilités. « Je ne laisserai pas cette affaire être enterrée », a-t-il déclaré à ses proches.

Le parquet de Caen doit se prononcer rapidement. Sous pression médiatique, sous pression politique. Une date butoir ? La loi ne fixe pas de délai. Mais chaque jour de silence est une victoire pour le Canon français.

L’extrême droite à l’œuvre : un pattern qui se répète

Ce banquet n’est pas un accident. C’est un symptôme.

Depuis plusieurs années, les groupuscules d’extrême droite multiplient les rassemblements « festifs » pour diffuser leurs idées. Le Canon français en est un exemple parfait. Ses banquets, ses apéros, ses conférences – tout est conçu pour normaliser un discours qui, hier encore, était marginal.

Les symboles nazis font leur retour. Pas en uniforme, mais en gestes « anodins ». Pas en défilés, mais en soirées privées. Une stratégie d’infiltration qui porte ses fruits : les participants se sentent en sécurité, entre « amis », loin des regards.

Et pourtant. Le journaliste de France Inter a pu entrer. Il a filmé. Il a prouvé que l’extrême droite ne se cache plus – elle s’affiche.

Le Dossier a déjà documenté ce phénomène dans plusieurs enquêtes précédentes : saluts nazis dans les universités, violences politiques, influence de Bolloré sur les médias. Chaque fois, le même constat : l’impunité nourrit l’audace.

Aujourd’hui, c’est Caen. Demain, ce sera une autre ville. Sauf si la justice agit. Sauf si les élus comme Delaporte continuent de briser le silence.

Une question : combien de banquets encore avant que la République ne réagisse ?

Sources

  • France Inter – Reportage vidéo avec micro caché, diffusé le 4 mai 2026.
  • Le Parisien – « Propos racistes et salut nazi : Arthur Delaporte saisit le procureur après les révélations lors du banquet du Canon français à Caen », 5 mai 2026.
  • Compte Instagram officiel d’Arthur Delaporte – Publication du 4 mai 2026 (courrier au procureur et vidéo explicative).
  • Ouest-France – « Le banquet XXL du Canon français suscite la polémique à Caen », 19 avril 2026.
  • France 3 Régions – « Arthur Delaporte réagit aux révélations de France Inter sur le Canon français », 5 mai 2026.
  • Le Progrès – « Des gestes s’apparentant à des saluts nazis lors du banquet du Canon français », 5 mai 2026.
  • Actu.Orange.fr – « Près de 4 000 personnes au banquet du Canon français à Caen », 19 avril 2026.
  • Franceinfo.fr – « Banquet du Canon français à Uzerche en 2025 : des précédents polémiques », 5 mai 2026.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

📬

Ne manquez aucun scandale

Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.

Les autres épisodes de ce dossier

Voir tout le dossier →

Épisode 1 · 2026-03-06

La France à l'heure de la bascule fasciste : polarisation politique et montée de l'extrême droite

Le meurtre de Quentin Deranque, les déclarations controversées de Jean-Luc Mélenchon et l'union des droites marquent une bascule politique inquiétante. Analyse avec Michel Feher.

Épisode 1--- · 2026-03-07

L'extrême droite en France : la fascisation en marche ?

Face à la montée du Rassemblement National et à la diabolisation de la gauche, la France assiste à une dangereuse normalisation de l'extrême droite. Une stratégie concertée pour une union des droites sous hégémonie RN.

Épisode 2--- · 2026-03-07

Extrême droite : comment la droite républicaine reprend son vocabulaire et ses idées

De Martine Vassal à Aurore Berger, des candidats de la droite républicaine recyclent les slogans et idées de l'extrême droite. Une banalisation dangereuse.

Épisode 3--- · 2026-03-07

Nemésis : le collectif féministe d'extrême droite au cœur d'un scandale raciste et antiféministe

Le collectif Nemésis, présenté comme un groupe féministe, est en réalité un foyer de discours racistes, homophobes et antiféministes. Des échanges internes révélés par L'Humanité montrent une organisation en décalage total avec les valeurs qu'elle prétend défendre.

Épisode 4--- · 2026-03-07

Nemmésis : le groupe d'extrême droite derrière la mort de Quentin de Rank

Enquête exclusive sur les méthodes violentes de Nemmésis, groupe d'extrême droite, et leur implication dans la mort de Quentin de Rank lors d'affrontements à Lyon.

Épisode 52 · 2026-05-05

Saluts nazis à Caen : Delaporte traîne le Canon français devant la justice

Sur le même sujet