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Hamza Ladouan : 48h de garde à vue pour un pistolet à eau — anatomie d'un buzz

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-19
Illustration: Hamza Ladouan : 48h de garde à vue pour un pistolet à eau — anatomie d'un buzz
© YouTube

Quarante-huit heures. C'est le temps qu'a passé Hamza Ladouan en garde à vue. Pour un pistolet à eau. Un adolescent — mineur, selon la vidéo — qui arrosait les passants au Canal Saint-Martin. Il est ressorti libre, sans poursuites. Mais entre-temps, les médias en avaient fait un « terroriste ». Retour sur une mécanique médiatique qui interroge.

L'été caniculaire du Canal Saint-Martin

Commençons par le commencement. Été 2024. Canicule. Paris suffoque. Le Canal Saint-Martin attire des centaines de jeunes, venus des banlieues et de la capitale. « C'est devenu un spot super sympa », explique un intervenant dans la vidéo. On se baigne, on saute des ponts, on fait la fête. Les médias s'intéressent au phénomène. Des images de jeunes sautant dans l'eau tournent en boucle. Le ton se durcit. « Il y avait ce sujet qui montait sur les jeunes banlieusards qui font un peu peur », analyse l'un des commentateurs.

Puis vient l'incarnation. Un visage. Un nom.

Hamza Ladouan, alias « Hamza la douane ». Un gamin avec un pistolet à eau. Il asperge les passants, leur demande parfois deux euros pour traverser la rue — ou pour ne pas être arrosé. La légende urbaine s'installe. « C'est un sale gosse », résume un intervenant. « Un petit malin », corrige un autre. La vidéo hésite entre tendresse et agacement. Le traitement médiatique, lui, ne balance pas.

Un adolescent, un pistolet à eau, une garde à vue

Les faits sont ténus. Hamza Ladouan s'amuse : il asperge des gens avec un pistolet à eau. Certains passants rient, d'autres donnent de l'argent par complaisance — selon les intervenants, « pas par peur ». Pourtant, la machine s'emballe. Le jeune est interpellé. Placé en garde à vue. Quarante-huit heures. Pour un mineur, c'est le maximum avant une présentation au parquet. Il est finalement relâché sans aucune poursuite.

« Il a fait 48 heures de garde à vue », confirme la vidéo. « Et surtout, un gamin comme ça, c'est un malin, un filou, un sacripant », ajoute un intervenant. La comparaison avec Gavroche — l'enfant des rues des Misérables — est immédiate. Un autre commentateur lit un passage de Victor Hugo : « Cet enfant ne se sentait jamais si bien que dans la rue. Le pavé lui était moins dur que le cœur de sa mère. » La référence est assumée. « Hamza Ladouan, c'est Gavroche 2024 », conclut l'un d'eux.

Mais la réalité judiciaire est simple : pas de chef d'inculpation, pas de procès. Juste un buzz.

BFM TV et la fachosphère : quand la peur fait recette

C'est là que ça devient intéressant. Selon la vidéo, l'affaire a été amplifiée par deux types de médias : BFM TV et les médias d'extrême droite — ce que les intervenants appellent « la fachosphère ». « Il y a que des médias d'extrême droite », affirme l'un d'eux. « Sinon, j'ai L'Humanité si vous voulez », ironise un autre. La couverture de BFM TV est décrite comme alarmiste : « Le sujet numéro 1 des infos, qui met en danger la France, c'est Hamza Ladouan, un petit Arabe avec un pistolet qui sème la terreur. » Les guillemets sont de rigueur : « sème la terreur au Canal Saint-Martin », titrait la chaîne, selon les intervenants.

Les commentateurs dénoncent une « construction complètement médiatique ». Un gamin qui joue devient une menace civilisationnelle. « Ils parlaient de lui comme si c'était le monstre du Loch Ness, comme Escobar », s'indigne l'un d'eux. La vidéo cite des noms : Vincent Lapierre, Jordan Florentin — des journalistes identifiés à la droite dure, voire à l'extrême droite. « Ce buzz, c'est la victoire du journalisme façon Jordan Florentin, Vincent Lapierre », assène un intervenant. « Ils cherchent à créer une réalité alternative. »

Le parallèle est fait avec d'autres affaires. Notamment celle de Mantes-la-Jolie, où des lycéens avaient été mis à genoux par des policiers lors d'une manifestation pacifique. « Une classe qui se tient sage », avait commenté un policier, dans une vidéo devenue virale. Aucune sanction contre les forces de l'ordre. « Par contre, restons sur Hamza », ironise la vidéo. Deux poids, deux mesures.

Gavroche 2024 : la gauche s'empare du symbole

La vidéo ne se contente pas de dénoncer. Elle propose une contre-lecture. Hamza Ladouan est réhabilité en figure populaire, presque romantique. La référence à Gavroche est filée tout au long de l'échange. « Il n'avait pas de gîte, pas de pain, pas de feu, pas d'amour, mais il était joyeux parce qu'il était libre », lit un intervenant. Le parallèle est explicite : l'enfant des rues du XIXe siècle, rejeté par sa famille, débrouillard, insolent, et finalement tué sur les barricades. « Hamza Ladouan, c'est Gavroche », répète-t-on.

Mais la comparaison a ses limites. Gavroche meurt pour une cause politique. Hamza, lui, a juste aspergé des passants. Les intervenants le reconnaissent : « C'est un petit filou, pas un révolutionnaire. » Pourtant, ils voient dans le traitement médiatique une tentative de diabolisation des jeunes de quartiers populaires, noirs et arabes. « On veut en faire un sujet de civilisation », dit l'un d'eux. « On ne peut pas vivre avec ces gens-là. » Le racisme systémique est pointé du doigt. « 75 à 80 % des policiers votent pour le Rassemblement national », affirme un intervenant — chiffre non sourcé dans la vidéo, mais présenté comme un fait.

L'affaire de Mantes-la-Jolie : deux poids, deux mesures

La vidéo établit un lien direct entre le traitement de Hamza et celui des lycéens de Mantes-la-Jolie. Dans les deux cas, des jeunes issus de quartiers populaires sont criminalisés pour des actes bénins — ou pour une manifestation pacifique. « Il y avait aucun motif pourtant », rappelle un intervenant à propos de la mise à genoux des lycéens. « Mais là, les policiers n'étaient pas répréhensibles. Ils faisaient leur boulot. » L'absence de sanction pour les forces de l'ordre contraste avec la garde à vue de 48 heures pour un pistolet à eau.

« C'est toujours ça quand il s'agit d'indigène, d'Arabe, de Noir : il n'y a aucun respect pour la jeunesse », conclut un commentateur. La vidéo cite également l'arrivée de groupes néonazis à Nice — un événement jugé plus grave mais moins médiatisé. « On a tout le dispositif, les éclairagistes, toute la cinématographie est en place. Maintenant, il faut jouer la pièce », dit l'un d'eux, en référence à la montée du fascisme en France.

Un buzz retombé, des questions qui restent

Le plus frappant, c'est la rapidité avec laquelle l'affaire est retombée. « Le buzz est monté super haut, et là franchement plus personne n'en parle quasiment », constate un intervenant. La vacuité du sujet est assumée : « On voit comment un buzz ça monte, ça descend, et comment tu vois la vacuité d'un sujet. » Pendant quelques jours, Hamza Ladouan a occupé le devant de la scène médiatique. Puis plus rien. Les vrais sujets — Gaza, le Liban, la guerre en Iran — ont repris leur place.

Mais les questions demeurent. Pourquoi un gamin avec un pistolet à eau a-t-il été traité comme un ennemi public ? Qui a décidé d'en faire le symbole d'une prétendue « insécurité » ? Et pourquoi les médias d'extrême droite ont-ils été les seuls à s'emparer du sujet, avec BFM TV en relais ? La vidéo n'apporte pas de réponse définitive. Elle pose un constat : la fabrique de l'ennemi de l'intérieur est à l'œuvre. Et elle a un visage — celui d'un adolescent qui s'amusait dans l'eau.

« C'est un cadeau tombé du ciel pour eux », dit un intervenant. « Le petit Arabe qui fait chier le monde, qui a une grande gueule. » La suite appartient à l'histoire — ou à l'oubli.

Sources : Vidéo YouTube (Master Poulet, Bassem et autres intervenants), BFM TV (citée dans la vidéo), L'Humanité (citée dans la vidéo). Les affirmations à charge sont attribuées aux intervenants de la vidéo. La version des médias mis en cause n'est pas présentée dans la source.

📰Source :youtube.com

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