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Faits diversÉpisode 24/90

EXCLUSIF – Marine Boisseron : le père brise le silence, nouveau témoin clé

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-03
Illustration: EXCLUSIF – Marine Boisseron : le père brise le silence, nouveau témoin clé
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Ce mardi-là, Marine a 20 ans

Chazay-d’Azergues, petit village du Rhône. Elle est encore toute une vie devant elle. Le soir, elle ne rentre pas. Son corps est retrouvé. Assassinée. Le choc est immédiat dans la commune. Mais très vite, l’enquête s’enlise.

Les gendarmes interrogent, cherchent, ne trouvent rien. Pas d’ADN probant. Pas de témoin oculaire. Rien. L’affaire rejoint les tiroirs poussiéreux des « cold cases ». Des milliers d’autres — comme elle — attendent encore.

Pendant six ans, aucun progrès significatif. Le dossier dort. La famille de Marine, elle, ne dort pas. Eric Boisseron, son père, refait sans cesse le film. Il connaît chaque minute de cette journée. Il sait que sa fille a été tuée entre 17h et 18h. Il sait que la vérité est quelque part. Mais où ?

La réponse, il va devoir la chercher lui-même.

Six ans plus tard, un nom surgit

Ludovic. Ex-petit ami de Marine. Il rentre de Bali pour les vacances de Noël. À la descente d’avion, il est interpellé. Douche froide.

« Il ne comprend pas », raconte l’un des enquêteurs dans le récit. Ludovic est mis en examen pour homicide volontaire. Placé en détention provisoire. Le parquet tient sa pièce maîtresse : le témoignage de deux collégiens.

Ces adolescents affirment avoir vu, le 11 octobre 2005 à 17h, un jeune homme en survêtement blanc près des lieux du crime. On leur montre des photos. Ils hésitent. « Potentiellement lui », finissent-ils par dire. Pas une identification formelle. Mais pour la justice, ça suffit.

Ludovic passe des semaines en prison. Sa famille, ses amis, son employeur clament son innocence. Personne ne les écoute. Sauf un avocat. Celui de Ludovic fouille, gratte, remonte le temps. Et il dégote une pépite : la facture d’un buraliste de Villefranche-sur-Saône. Un ticket de caisse. (Oui, vous avez bien lu.)

Le ticket qui sauve un innocent — et tue l’accusation

17h, le 11 octobre 2005. Ludovic est au supermarché Casino de Villefranche. Il achète des magazines. Le ticket de caisse est formel : date, heure, articles. Impossible d’être à Chazay-d’Azergues en même temps.

« On ne peut pas s’échapper de la maison de Marine à 17h et acheter des magazines à Villefranche-sur-Saône », résume un expert.

Le ticket tue l’accusation. Ludovic est libéré. Aucune charge retenue. La justice reconnaît son erreur — sans bruit, sans excuses. Mais ce ticket ne résout rien. Au contraire : il renvoie l’enquête à zéro. Six ans après le meurtre, l’affaire Marine Boisseron est plus froide que jamais. Les enquêteurs n’ont plus qu’une piste : le père.

Eric Boisseron, obstiné

Il refuse de baisser les bras. Il lit toutes les pièces du dossier. Interroge les voisins, les proches, les commerçants. Il se transforme en détective amateur — mais méthodique.

« L’enquête sur Marine devient quasi exclusivement le combat d’un père pour connaître la vérité », dit-il.

Ce combat dure quinze ans. Quinze années de silence, de doutes, de nuits sans sommeil. Quinze années à remuer le passé. Jusqu’à ce qu’un événement le fasse sortir de l’ombre. Eric Boisseron contacte les médias. Il veut un coup de projecteur. Il veut que quelqu’un, quelque part, se souvienne. Et ce quelqu’un existe.

Une femme, un récit, quinze ans après

Elle le contacte. Ancienne professeure. Elle habite toujours le secteur. Au téléphone, elle lui dit des choses « absolument incroyables ».

Interrogée quinze ans après, elle raconte :

« C’était un mardi, le 11 octobre. Le mardi, je ne travaillais pas. J’emmenais ma petite-fille chercher mon petit-fils à l’école du village de Morancet. La maison des Boisseron est sur la route de Chazet, à 1,5 ou 2 km de Morancet. Il était 11h15, 11h20. J’arrive à un carrefour. Et j’entends crier : “Ô voleur, ô voleur, arrêtez-le !” »

Elle voit deux hommes qui courent. L’un poursuit l’autre.

« Le premier, un homme très brun, avec une mallette à la main. À ce moment, je vois une voiture qui embusque contre une maison. La voiture ne veut pas se souvenir. La fenêtre était ouverte, je vois une femme blonde, les cheveux tirés, une coupe chimère, des lunettes noires qui conduisaient. La voiture prend la direction de la fin du village, là où il y a le feu rouge et la route vers Chazet. »

Le poursuivant arrive. C’est un viticulteur. Il lui explique :

« Je suis rentré chez moi, j’ai trouvé ce monsieur en train de farfouiller dans mes affaires. Je lui ai dit “qu’est-ce que vous foutez là ?” L’autre a ouvert sa valise, a pris un couteau et a dit : “t’approches pas où je te pique”. Je l’ai laissé partir par la porte-fenêtre. »

Cette scène — une tentative de vol avec violence, une femme blonde au volant — se déroule à moins de deux kilomètres de la maison de Marine. À 11h20. Le jour du crime. Pourquoi ce témoignage n’a-t-il jamais été exploité ? Pourquoi la police n’a-t-elle pas enquêté sur cette femme blonde, ce voleur brun, cette mallette ? Pourquoi le lien avec Marine n’a-t-il jamais été fait ?

Le père avance, la justice piétine

Eric Boisseron est formel : ce témoignage est la clé. Il relie une tentative de vol violente et une mort violente. Dans le même secteur. Le même jour.

« Je la questionne, c’est un ancien professeur. Parfois je me disais quand même, tu sais quelque chose, tu devrais le dire. Puis bon, le temps passe, je ne sais pas à qui m’adresser. Jusqu’à cet article. Au bout de 15 ans, ça m’est vraiment revenu. »

C’est donc un article — un appel public — qui a délié la parole. Quinze ans après. Les autorités ont-elles rouvert le dossier ? Officiellement, rien ne filtre. Le parquet de Villefranche-sur-Saône n’a pas communiqué. Le père, lui, continue.

« Tout simplement que l’enquête avance », dit-il. « Tout simplement. »

Mais l’enquête n’avance pas. Pas encore. Pas assez.

Vingt ans d’attente

Le 11 octobre 2025 marquera vingt ans. Vingt ans que Marine Boisseron attend la vérité. Vingt ans que son père se heurte à un mur.

Ce n’est pas une affaire ordinaire. C’est le symbole de milliers de cold cases français. Des dossiers qui dorment, des preuves qui s’évanouissent, des témoignages qui ne viennent que trop tard.

Aujourd’hui, deux éléments concrets existent :

  • Un ticket de caisse qui a innocenté un homme.
  • Un témoignage qui pourrait en accuser un autre.

Mais la femme blonde ? La mallette ? Le couteau ? Le viticulteur qui a poursuivi le voleur ? Qui sont-ils ? Pourquoi la police n’a-t-elle pas confronté ces faits ? — Le dossier est loin d’être clos.

Eric Boisseron continue son combat. Il lit, il écrit, il appelle. Il sait que le temps joue contre lui. Les mémoires s’effacent. Les témoins vieillissent. Les preuves se dégradent.

« Il faut continuer. »

Il n’a pas de plan B. Marine n’a pas de sépulture de vérité.

Nous, Le Dossier, mettons en ligne cet article pour que des témoins éventuels — le viticulteur, la femme blonde, leurs proches — se manifestent. Si vous avez une information, contactez le parquet de Villefranche-sur-Saône ou notre rédaction.

La justice a déjà fait une erreur monumentale en accusant Ludovic. Elle n’a pas le droit d’en commettre une seconde : celle de laisser tomber Marine.


Sources

  • Transcription de l’émission « Appels d’urgence » (extrait vidéo, 2026) – témoignages d’Eric Boisseron et de l’ancienne professeure.
  • Données vérifiées : site letribunaldunet.fr – conclusions de l’enquête initiale, dates et lieu du crime (Chazay-d’Azergues, Rhône, 11 octobre 2005).
  • Archives judiciaires : mise en examen de Ludovic en 2011, libération après production du ticket de caisse du supermarché Casino de Villefranche-sur-Saône (17h, 11 octobre 2005).
  • Témoignage des deux collégiens : signalement d’un jeune homme en survêtement blanc, identification non formelle.
  • Récit du viticulteur (rapporté par l’ancienne professeure) : tentative de vol, homme brun avec mallette, couteau, femme blonde au volant d’une voiture.

Si vous détenez des informations sur cette affaire, contactez Le Dossier à l’adresse : contact@ledossier.fr

📰Source :youtube.com

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