LE DOSSIER

Toute la vérité sur les affaires françaises

PolitiqueÉpisode 59/91

Stérin : les 150 millions qui sentent le soufre — l'audition qui accable le milliardaire

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-05
Illustration: Stérin : les 150 millions qui sentent le soufre — l'audition qui accable le milliardaire
© YouTube

Il se présente comme un homme d’affaires. Il est un entrepreneur politique. Pierre-Édouard Stérin, 52 ans, a comparu en visioconférence depuis Bruxelles. Devant lui, une quinzaine de sénateurs de tous bords. La question est simple : comment un exilé fiscal peut-il injecter 150 millions d’euros dans le débat public français sans que personne ne contrôle rien ?

La réponse tient en un mot : opacité.

Le don qui n’en est pas un — les prêts fantômes de la holding Maison Mère

C’est la question qui fâche. Karine Daniel, sénatrice socialiste, ne mâche pas ses mots. « Vous effectuez des prêts par votre holding Maison Mère. Vous n’attendez pas le remboursement. Pourquoi un prêt plutôt qu’un don ? »

Stérin se dérobe. « Je ne suis pas un expert juridique. Il y a forcément une bonne raison. » Il promet de répondre par écrit. Une constante chez lui : il maîtrise les montages, mais pas les détails. La holding Maison Mère, c’est sa holding personnelle. Celle qui abrite les 3 milliards d’euros de sa fortune — une fortune bâtie sur Smartbox, entreprise créée avec 5 000 euros prêtés par ses parents.

Le système est simple, presque cynique. La holding prête de l’argent au Fonds du Bien Commun — le fonds de dotation créé par Stérin. Les rapports d’activité du fonds évoquent des « avances remboursables ». Mais personne ne rembourse. M. Wallet, l’un des associés de Stérin, avait déjà admis le caractère « atypique » du financement lors d’une audition précédente.

Pourquoi ? La réponse est fiscale. Un don ouvre droit à une réduction d’impôt — mais Stérin ne paie pas d’impôt sur le revenu en France. Il vit en Belgique depuis 2012. Un prêt non remboursé, lui, n’est pas un don. C’est un trou noir comptable. Les 150 millions d’euros qu’il affirme avoir reversés ne sont pas des dons. Ce sont des avances. Des avances qui ne reviendront jamais — oui, vous avez bien lu, jamais.

Colombe Brossel, la rapporteure, insiste : « Vous n’envisagez pas de demander le remboursement. Dans ce cas, pourquoi pas un don ? » Silence gêné. Puis la réponse : « Je suis certain qu’il y a une très bonne raison. » La sénatrice ne cache pas son agacement. « C’est un sujet fiscal. Ou un sujet d’organisation. »

Le dossier est loin d’être clos. La commission attend l’organigramme juridique complet de l’écosystème Stérin. Mais le principe est posé : l’argent sort, les comptes restent opaques. Et pourtant.

Périclès — le plan de bataille pour « l’Union des droites »

Stérin assume. Il a créé le projet Périclès. Un nom qui évoque la démocratie athénienne — mais les slides internes parlent d’autre chose. « Victoire idéologique, victoire électorale, victoire politique. » Ce n’est pas un think tank. C’est un outil de conquête.

Le projet a d’abord été porté par un fonds de dotation, puis par une association, puis par une SAS — société par actions simplifiée. La structure change, l’objectif reste. Stérin le résume sans fard lors de l’audition : « aider à la formation de 4 000 candidats de droite aux élections locales ». Par l’intermédiaire de Politica, une structure de formation qu’il finance via Périclès.

Mélanie Vogel, sénatrice écologiste, s’étrangle presque. « Vous formez des candidats aux municipales. Vous dites vous-même que la quasi-totalité est de droite. Et vous appelez ça de la philanthropie ? »

Stérin répond par un argument massue : « Je suis à droite de l’extrême droite sur l’immigration. » Il précise : « Je suis en faveur de la remigration des étrangers délinquants, sans papiers ou au chômage depuis plus de 12 mois. » Une position qu’il revendique, qu’il assume. Il l’a déjà déclarée au New York Times, le jour des élections municipales de 2026. Un timing qu’il jure « involontaire ».

Les sénateurs notent. Le projet Périclès n’est pas une œuvre de charité. C’est une machine électorale. Stérin est l’actionnaire unique de la structure qui chapeaute Politica. Il forme des candidats. Il finance leurs campagnes. Il influence le débat. Le tout avec des prêts non remboursés. La suite ? Édifiant.

L’exilé fiscal qui donne des leçons — 200 000 euros d’économies par an

Depuis 2012, Stérin a élu domicile en Belgique. Il le dit lui-même : « François Hollande n’aimait pas les riches. Moi, je n’aime pas les socio-communistes. » Résultat : il économise entre 100 000 et 200 000 euros d’impôts par an. Soit 1,5 à 3 millions d’euros sur 15 ans.

Mais il contre-attaque. « Mon écosystème paie des dizaines de millions d’euros d’impôts en France chaque année. » Il évoque les taxes foncières, les impôts sur les sociétés, les taxes sur les salaires. « Je n’ai pas un centime d’avantage fiscal sur mes dons. »

La rapporteure Colombe Brossel ne se laisse pas impressionner. « Vous avez choisi de vivre en Belgique pour économiser des impôts. Ce serait un comble que vous bénéficiiez en plus d’exonérations. »

Le calcul est simple : Stérin donne des dizaines de millions par an à des causes qui lui sont chères — mais il ne paie pas un euro d’impôt sur le revenu en France. Il profite des infrastructures françaises, de l’éducation de ses enfants (il en a cinq), du système de santé belge. Mais sa fortune reste hors de portée du fisc français. Question rhétorique : est-ce légal ? Oui. Est-ce moral ? Les sénateurs en doutent. Stérin, lui, ne doute de rien. Il se présente comme un patriote. « Je ne veux pas que la France devienne une République islamique. » La phrase est lourde. Personne ne relève. Mais chacun la note.

L’arme du soupçon — la multiplicité des structures vue par le ministère de l’Intérieur

Un signal d’alerte ? Oui, selon la Direction des Libertés Publiques du ministère de l’Intérieur. Auditionnée la veille, la DLPJ a été claire : « La multiplicité des structures est en soi un signal d’alerte. » Un signal d’alerte sur le détournement potentiel de l’intérêt général vers des fins politiques.

Stérin répond avec une pirouette. « Si on voulait cacher quelque chose, on serait parti dans des juridictions plus exotiques que la Belgique. » Il promet de transmettre l’organigramme juridique complet. « Je suis convaincu que vous serez rassurés. »

Mais les sénateurs ne le sont pas. L’écosystème Stérin, c’est une holding (Maison Mère), un fonds de dotation (le Fonds du Bien Commun), un projet politique (Périclès), une association, une SAS, un organisme de formation (Politica), et des dizaines d’autres structures. Des structures qui se créent, se dissolvent, renaissent sous d’autres formes.

Pourquoi tant de complexité ? Stérin évoque le « cadre légal français ». La sénatrice Brossel le reprend : « Ce sont vos décisions, pas la complexité du droit. » Elle souligne : « Créer une association, la dissoudre, créer un fonds de dotation, le dissoudre, en recréer un autre — tout cela, c’est vous qui le décidez. »

La question est politique. Plus il y a d’entités, plus il est difficile de tracer l’argent. Plus l’argent est difficile à tracer, plus il peut servir à financer des causes sans contrôle. Le Signal d’alerte du ministère de l’Intérieur est aussi un signal d’alerte démocratique.

Marthe, Marie et les calvaires — les projets qui révèlent l’idéologie

Quels projets finance-t-il ? La liste en dit long. Stérin en cite quelques-uns : Réseau Acutis (un réseau de prière), Marthe et Marie (une structure anti-IVG), l’Institut Iliade (une école de pensée identitaire), SOS Calvaires (restauration de calvaires bretons).

La sénatrice Laurence Rossignol le pousse sur ce terrain. « Vous avez déclaré en 2025 à l’Institut du Bon Pasteur qu’il fallait “faire plus de bébés de souche européenne” et que cela devait être “un projet nataliste identitaire porté par les chrétiens”. Financez-vous cela ? »

Stérin esquive. « Je ne crois pas que nous financions ce type de projet à part

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

📬

Ne manquez aucun scandale

Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.

Les autres épisodes de ce dossier

Voir tout le dossier →

Épisode 1 · 2026-03-06

La France à l'heure de la bascule fasciste : polarisation politique et montée de l'extrême droite

Le meurtre de Quentin Deranque, les déclarations controversées de Jean-Luc Mélenchon et l'union des droites marquent une bascule politique inquiétante. Analyse avec Michel Feher.

Épisode 1--- · 2026-03-07

L'extrême droite en France : la fascisation en marche ?

Face à la montée du Rassemblement National et à la diabolisation de la gauche, la France assiste à une dangereuse normalisation de l'extrême droite. Une stratégie concertée pour une union des droites sous hégémonie RN.

Épisode 2--- · 2026-03-07

Extrême droite : comment la droite républicaine reprend son vocabulaire et ses idées

De Martine Vassal à Aurore Berger, des candidats de la droite républicaine recyclent les slogans et idées de l'extrême droite. Une banalisation dangereuse.

Épisode 3--- · 2026-03-07

Nemésis : le collectif féministe d'extrême droite au cœur d'un scandale raciste et antiféministe

Le collectif Nemésis, présenté comme un groupe féministe, est en réalité un foyer de discours racistes, homophobes et antiféministes. Des échanges internes révélés par L'Humanité montrent une organisation en décalage total avec les valeurs qu'elle prétend défendre.

Épisode 4--- · 2026-03-07

Nemmésis : le groupe d'extrême droite derrière la mort de Quentin de Rank

Enquête exclusive sur les méthodes violentes de Nemmésis, groupe d'extrême droite, et leur implication dans la mort de Quentin de Rank lors d'affrontements à Lyon.

Épisode 59 · 2026-06-05

Stérin : les 150 millions qui sentent le soufre — l'audition qui accable le milliardaire

Sur le même sujet