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PolitiqueÉpisode 26/112

Universités : le ministre avoue « l’hypocrisie » d’un système qui sélectionne par l’échec

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-06
Illustration: Universités : le ministre avoue « l’hypocrisie » d’un système qui sélectionne par l’échec
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L’aveu

Il l’a dit. Devant les sénateurs. Un ministre qui reconnaît, sous serment, que son propre système est un mensonge — c’est rare. Philippe Baptiste a été entendu par la commission d’enquête sur l’excellence des universités, une initiative du groupe Les Républicains confiée à la sénatrice Laurence Garnier. L’objet : « identifier les leviers permettant d’améliorer la qualité du service public de l’enseignement supérieur », selon le président de séance, rapporté par Public Sénat.

Le ministre a prêté serment. Puis il a parlé.

« Trop souvent, le discours sur l’absence de sélection à l’université cache une sélection par l’échec qui ne dit pas son nom. » Une phrase qui résume le paradoxe français : un système ouvert à tous, mais qui laisse sur le bord de la route les plus fragiles. « C’est inadmissible », a-t-il ajouté, à propos des 5 % de bacheliers professionnels qui obtiennent une licence.

Le mot est lâché : hypocrisie. Le ministre l’a employé à plusieurs reprises. Pour décrire l’accueil des bacheliers pro sans accompagnement. Pour évoquer le droit automatique à la poursuite d’études en master. Pour dénoncer, enfin, l’écart entre le discours d’excellence et la réalité du terrain.

« On fait porter à nos universités à la fois cette nécessité d’accueillir tout le monde, et en même temps on leur dit : “Les gars, vous oubliez pas le classement de Shanghai”. On peut pas tout faire à la fois. »

Les faits

Chiffres après chiffres, le ministre a déroulé la mécanique. Le 3 juin 2026, Philippe Baptiste a été entendu pendant près de deux heures. La commission cherche à comprendre pourquoi l’université française perd du terrain dans les classements — 11e au Shanghai, hors du top 10 pour les publications scientifiques — et comment inverser la tendance.

D’après Public Sénat, qui retransmettait l’audition en direct, plusieurs données clés ont été citées :

  • Moins de 5 % des bacs pro obtiennent une licence. « Inadmissible », dit le ministre.
  • 97 % des candidats en terminale générale décrochent le bac. Interrogation sur la valeur du diplôme.
  • 34 étudiants sur un million de vœux Parcoursup n’ont pas eu de place en 2024. Chiffre faible en apparence, mais qui masque des orientations subies.
  • 78 % des enseignants-chercheurs partiront en retraite entre 2024 et 2035. Hémorragie annoncée.
  • 25 % des étudiants sont désormais dans le privé — c’était 10 % avant. Basculement silencieux.
  • 40 % des étudiants internationaux vivent dans la précarité ou la grande précarité, selon les données citées par le ministre.

Le ministre a aussi évoqué le rapport Fournel‑Roussel, qui propose d’augmenter les droits d’inscription à 900 € en licence et 1 300 € en master — environ 10 % du coût réel. Mais Philippe Baptiste a été clair : le gouvernement ne modifiera pas les droits. « Ce n’est pas à l’ordre du jour », a-t-il affirmé.

Le contexte

Mais comment en est-on arrivé là ? L’université française n’a pas toujours été ainsi. Le ministre l’a rappelé en introduction : « Il y a plus de huit siècles que l’université a parti lié avec la formation de la jeunesse en France. » En trente ans, tout a changé. La massification — 85 % d’une classe d’âge obtient le bac, contre 10 % en 1960 — a transformé l’université en service public de masse. Sans que les moyens suivent. Voilà le résultat.

D’après le baromètre bien-être au travail commandité par le ministère, 60 % des enseignants-chercheurs estiment que leur travail met en danger leur santé physique ou mentale. Un chiffre qui donne le vertige — « C’est énorme », a commenté le présentateur de Public Sénat.

Pourquoi ? Parce que les enseignants-chercheurs sont en « surservice moyen de 32 % », selon les termes du ministre. Ils effectuent en moyenne 32 % d’heures supplémentaires par rapport à leur statut. À cela s’ajoute une charge administrative croissante — notamment avec Parcoursup et ses millions de dossiers à évaluer chaque année, un travail non compensé.

8 % des postes d’enseignants-chercheurs n’ont pas été pourvus au dernier concours. C’est le double de 2020. Le métier n’attire plus. « Cette dégradation des conditions de travail a eu des conséquences sur l’attractivité de notre métier », a reconnu le ministre.

Le traitement judiciaire

Précision nécessaire : ce n’est pas un tribunal. Les sénateurs ont entendu le ministre sous serment — un faux témoignage est passible des peines des articles 434‑13, 434‑14 et 434‑15 du code pénal. Mais aucune mise en examen, aucune garde à vue. La commission rendra son rapport en septembre 2026, après avoir entendu syndicats, présidents d’université et experts.

Les auditions se poursuivent. Le ministre était l’un des derniers témoins. « Notre commission d’enquête s’arrête quasiment avec vous », a indiqué le président de séance. « Il y a encore quelques auditions cet après-midi, mais on aura fait le tour. »

Le rapport sera soumis à la commission de la culture « pour la rentrée », avec une présentation visée « les premiers jours de septembre ». Reste à savoir si ses conclusions seront suivies d’effets.

Ce que ça dit de la France

Un mot résume : hypocrisie. Le ministre lui-même l’a employé. Pour décrire un système qui promet l’excellence à tous, mais trie par l’échec les plus modestes. Qui affiche l’ambition du classement de Shanghai, mais sous‑finance ses universités. Qui vante l’attractivité internationale, mais laisse 40 % de ses étudiants étrangers dans la précarité.

« La vraie excellence, ce n’est pas de les écarter ni de leur permettre l’accès à l’université en leur promettant un avenir radieux », a déclaré Philippe Baptiste. « Elle consiste à leur proposer des parcours où leurs chances de réussite sont réelles. »

Mais les moyens ne suivent pas. Le rapport Fournel‑Roussel propose une hausse des droits d’inscription — 900 € en licence, 1 300 € en master — avec exonération pour les 50 % de foyers les plus modestes. Le gouvernement refuse. « Pas à l’ordre du jour », répète le ministre.

Alors, que faire ? Le ministre a esquissé des pistes : repenser le bac (97 % de réussite, ce n’est plus un diplôme sélectif), revoir le droit automatique au master, créer des « bacs + 1 » pour les étudiants ayant besoin d’une remise à niveau. Mais il a aussi reconnu les limites de son action. « Pour faire des changements radicaux, il faut qu’il y ait un consensus. Encore faut-il que le débat intéresse quelqu’un dans la classe politique. Je suis pas certain d’entendre beaucoup de questionnements ou de débats sur ces questions. »

Un constat amer. L’université française est à un tournant. Mais personne, semble-t-il, n’est prêt à prendre le volant.

« Faute de sanctions, ces pratiques sont encouragées », dénonce le CNPAV dans un autre contexte — celui de la corruption en RDC, selon RFI. La phrase pourrait s’appliquer à l’enseignement supérieur français. L’hypocrisie prospère quand personne ne la sanctionne.

Le rapport de la commission d’enquête sera présenté en septembre. Il contiendra des propositions. Reste à savoir si le gouvernement les entendra. Ou si, comme le craint le ministre, le débat sur l’avenir de l’université restera « un impensé » de la campagne présidentielle.

À suivre.

Sources :

  • Public Sénat (YouTube) : « Excellence des universités : audition du ministre de l’Enseignement supérieur », 3 juin 2026.
  • RFI (YouTube) : « Corruption en RDC : “Faute de sanctions, ces pratiques sont encouragées”, dénonce le CNPAV » — recoupement partiel sur la notion d’impunité systémique.

📰Source :youtube.com

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