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PolitiqueÉpisode 47/74

Eugénie Bastier rejoint France 2 : l'extrême droite s'empare du service public

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-05
Illustration: Eugénie Bastier rejoint France 2 : l'extrême droite s'empare du service public
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Eugénie Bastier : la machine à polémiques s’invite sur France 2

Elle arrive. Elle pose ses valises. Avec elle, une avalanche de déclarations qui défient le simple bon sens. Eugénie Bastier — née le 18 novembre 1991 à Toulouse (Wikipédia) — n’est pas une journaliste comme les autres. C’est une militante. Une guerrière idéologique. Elle le prouve à chaque chronique.

« Les policiers qui ont arrêté Dominique Pelicot sont aussi des hommes », a-t-elle lancé sur Europe 1. Traduction : les flics ne sont pas des modèles, mais les violeurs non plus. Un relativisme qui banalise. Puis elle exige qu’on « change les juges puisqu’ils sont tous de gauche ». Une généralisation absurde, sans aucun fondement. Et ce n’est pas tout. Elle regrette que le périscolaire parisien n’ait pas été confié à l’Église catholique. « Ça aurait été traité depuis longtemps », dit-elle. Comme si l’Église — celle des scandales pédophiles — était un modèle de gestion. Ironie tragique.

Elle ose aussi affirmer que « les mains aux fesses n’ont jamais tué personne ». Une phrase qui insulte toutes les victimes de harcèlement sexuel, de violences, de féminicides. Et elle nie la transidentité, purement et simplement. « On passe sur sa phrase », résume Margot Bonéri, journaliste de L’Humanité. On ne passe pas. On la cite.

Ces propos ne sont pas des dérapages isolés. Ce sont les fondations d’une pensée radicale. Une pensée qui entre maintenant dans le service public — payée par nos impôts. Voilà.

Nathan Devers et Paul Melin : les chevaux de Troie de Bolloré

Bastier n’est pas seule. Depuis la rentrée 2024-2025, France Télévisions et Radio France accueillent des transfuges du groupe Bolloré. Le premier s’appelle Nathan Devers. Philosophe, écrivain, il a fait toutes les émissions de CNews : de Pascal Praud à Laurence Ferrari, en passant par Gautier Le Bret. Aujourd’hui, il est chroniqueur sur France 5 dans « C ce soir », anime une émission sur France Culture et co-anime « Le pour et le contre » sur France Info le week-end. Lui se dit « intellectuel de gauche qui anime la controverse ». Mais son co-animateur, Paul Melin, est souverainiste et nationaliste. Adversaire farouche du wokisme. Il veut « préserver les valeurs culturelles françaises ». Lui aussi a passé quatre ans sur CNews — et sur « L’Heure des pros ». Son profil ne gêne personne à France Info.

Ces deux noms restent discrets. Mais avec Bastier, on franchit un cap. « On entre dans une autre dimension », confirme Margot Bonéri. Celle des polémistes professionnelles. Celle qui cumule les plateaux du Figaro, de CNews, d’Europe 1, et désormais de France 2. Le service public ne se contente plus d’inviter des voix d’extrême droite. Il les intègre à son personnel. Il les naturalise.

Rapport Loncle : un cadeau empoisonné signé Bolloré

Le 5 mai 2026, le jour même où Bastier est officialisée, le rapport de Charles Loncle est publié. Quatre cents pages. Une commission d’enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public. Des auditions violentes, hallucinantes. Et au bout, un texte qui propose « de défoncer l’édifice audiovisuel public », selon les mots de L’Humanité. Adopté de justesse à l’Assemblée nationale.

Sophie Taille-Polian, députée du Val-de-Marne (Génération·s), s’alarme dans les colonnes de L’Humanité : « Le problème de ce rapport est d’abord de dévoyer le travail parlementaire, ensuite de jeter des noms en pâture alors que c’est un document officiel. Afficher des noms met la pression sur les personnels. Désormais, les agents du service public vont réfléchir deux ou trois fois avant de dire que l’extrême droite ce n’est pas bien. »

Coïncidence ? Le rapport paraît le même jour que l’arrivée de Bastier. Margot Bonéri pose la question : « Est-ce que ce ne serait pas un moyen de donner des gages à Charles Loncle, le petit McCarthy de l’Assemblée nationale ? » Réponse : oui. « Ou plutôt de lui filer un os arrangé, en croisant les doigts pour que la présence de cette journaliste d’extrême droite permette de déclarer fièrement que France Télévisions n’est pas gauchiste », ajoute-t-elle. Un calcul cynique — et transparent.

Charles Loncle dans le viseur du parquet financier : la plainte Anticor

Le même samedi de mai 2025 — la vidéo ne précise pas la date exacte — l’association Anticor dépose une plainte contre X devant le Parquet National Financier. Motifs : prise illégale d’intérêt et trafic d’influence passif. La plainte s’appuie sur les révélations du Monde : Charles Loncle aurait « influencé la teneur des débats avec des questions suggérées par la direction de CNews », filiale de l’empire Bolloré.

L’enquête est ouverte. Les documents en attestent. Loncle présidait la commission d’enquête sur l’audiovisuel public. Il recevait des consignes de la chaîne privée de Vincent Bolloré. Le même Bolloré qui veut affaiblir le service public pour le privatiser. Le même Bolloré qui fait entrer ses poulains dans les rédactions publiques. Le rapport Loncle est un cheval de Troie législatif. Et Bastier en est le symbole médiatique.

Caroline Constant, chef de la rubrique média de L’Humanité, tire la sonnette d’alarme : « Ces dernières années, l’audiovisuel public nous a fait la démonstration qu’il n’avait pas attendu Charles Loncle pour se prostituer. » Elle cite Guillaume Meurice, viré pour une blague sur Netanyahou en plein génocide à Gaza. Elle cite Julia Fau, licenciée de Radio France — une voix féministe, une voix des sans-voix. Et Antoine Chao, Charlotte Perry, Guyanc Til. Tous évincés.

En novembre 2024, Alix Bouillaget, journaliste de France Info, a raconté des mensonges au sujet du maire de New York, Zoran Mamdani. L’Arcom a épinglé la chaîne. Tout cela sous la pression d’une petite voix d’extrême droite qui accuse la gauche d’être majoritaire sur les antennes. Un prétexte pour purger les journalistes critiques et inviter les chiens de garde du capital.

L’heure de vérité… ou l’heure de la capitulation ?

Regardons le casting de « L’heure de vérité » : Eugénie Bastier, Benjamin Duhamel, Marc-Olivier Fogiel. Trois profils. Aucun n’est de gauche. Aucun ne peut être taxé de gauchiste. Où est le pluralisme ? « Qui va représenter la gauche dans ces journalistes ? » interroge Margot Bonéri. « On va nous faire croire que ces gens parlent de nulle part. On les entend depuis des années. Ils sont en vérité. » Le pluralisme, mot inscrit dans le cahier des charges de l’audiovisuel public, devient une coquille vide.

Les Français le sentent. France Inter reste première radio, mais ses audiences baissent drastiquement depuis la rentrée. À côté, Radio Nova explose : ses chiffres ont été multipliés par 800 à un moment, et chaque vague Médiamétrie confirme la progression. Europe 1 retombe. CNews est passée derrière BFMTV. « D’où veulent-ils nous faire croire que, parce qu’ils imposent leurs thèmes dans l’espace public, ils sont majoritaires ? » s’indigne Bonéri. « Ils ne le sont pas du tout. Ils mènent une guerre idéologique. »

Une guerre que le service public ne devrait pas mener. Son rôle est d’informer, pas de servir les intérêts d’un milliardaire. Mais la direction de France Télévisions et de Radio France accepte ces profils. Elle cède. Elle se compromet. Et pendant ce temps, l’extrême droite normalise ses idées par le biais de l’argent public.

Charles Loncle est visé par une plainte. Les questions suggérées par CNews sont documentées. La nomination de Bastier est un fait acquis. Les pièces du puzzle s’assemblent. Et la question qui reste, brutale, est celle-ci : combien de temps encore l’audiovisuel public imitera-t-il les chaînes privées de Bolloré ?

À suivre.


Le Dossier — Enquête réalisée à partir du transcript de la vidéo Eugénie Bastier rejoint France 2 (épisode 47 du dossier « La France à l’heure de la bascule fasciste »), des articles de L’Humanité, des révélations du Monde et de la plainte d’Anticor déposée devant le PNF. Les citations d’Eugénie Bastier sont extraites de ses chroniques sur Europe 1 et CNews. Les propos de Margot Bonéri, Caroline Constant et Sophie Taille-Polian sont tirés du transcript.

📰Source :youtube.com

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