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Stérin : exil fiscal et opacité — le Sénat dénonce un « agenda politique » sous couvert de philanthropie

Par la rédaction de Le Dossier · '
Illustration: Stérin : exil fiscal et opacité — le Sénat dénonce un « agenda politique » sous couvert de philanthropie
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« Je suis au centre de la droite » — quand Stérin assume son agenda

Pierre-Édouard Stérin se définit politiquement. Il le fait sans ambages. « S'il fallait me définir politiquement, je me définirais comme étant au centre de la droite », a-t-il affirmé. Il précise avoir été « militant RPR dans les années 80 ».

Pourtant, ses actions parlent autrement. Le projet Périclès — porté par sa Fondation Périclès — vise explicitement « l'union des droites » et, selon les documents cités par la commission, « la victoire de l'extrême droite dans différents moments électoraux ».

Colombe Brossel ne mâche pas ses mots. « Il peut se réclamer de centrisme libéral quand il adresse des signaux de cette manière-là. Personne ne lui demandait, c'est lui qui l'a posé. » La rapporteure rappelle que Stérin a évoqué la « remigration » lors de son audition. Un terme théorisé par les franges les plus identitaires de l'extrême droite.

« Il est bien en dehors du champ du centrisme libéral », tranche-t-elle.


L'argent de l'exil : circuit opaque et questions sans réponse

Le cœur de l'enquête parlementaire porte sur la transparence des financements. Et sur ce point, les réponses de Stérin n'ont pas convaincu.

L'organisation est complexe. Une holding belge — où Stérin est domicilié depuis 2012 — redistribue les profits de ses activités entrepreneuriales vers des structures philanthropiques : le Fonds du Bien commun, la Fondation Périclès, et d'autres entités.

Mais le circuit exact de l'argent reste flou.

« Nous ne savons pas si le fonds de dotation est financé par des dons ou par des prêts », explique Colombe Brossel. « Ce n'est pas anecdotique, parce que ce n'est évidemment pas du tout la même dynamique. »

Interrogé sur ce point, Stérin a éludé. « Écoutez, moi j'ai d'autres choses à faire, je ne sais pas », a-t-il répondu. Il a renvoyé la commission vers ses collaborateurs, qui, eux aussi, n'ont pas su fournir de réponse claire.

« On peut sauter comme un cabri en disant "je suis transparent, je suis transparent". Ça ne fait pas de la transparence pour autant », ironise la rapporteure.

La présidente de la commission, la centriste Sonia de la Provôté, a regretté de « ne pas pouvoir regarder à l'intérieur du moteur » de l'écosystème Stérin.


« Tout ce qu'on fait est parfaitement légal » — la défense de Stérin

Face aux accusations d'opacité, le milliardaire a opposé une défense rodée. « Tout ce qu'on fait est parfaitement légal, on a un souci de transparence important dont je crois témoigne la participation de mes associés aux différentes réunions », a-t-il affirmé.

Il a également justifié son choix de la Belgique : « Si on voulait cacher quoi que ce soit, je ne m'embêterais pas à être en Belgique, je serais parti beaucoup plus loin, dans des juridictions plus exotiques. Toutes nos structures juridiques sont en France et en Belgique, et la Belgique fonctionne à peu près comme la France. »

« Le fait qu'ils soient en Belgique, ça joue en quel sens ? Plus de transparence ou plus d'opacité ? » a demandé un sénateur.

Réponse de Colombe Brossel : « Plus d'opacité. »

La loi française encadre strictement ce qui peut être mis au pot d'un fonds de dotation. Mais lorsque les structures sont à l'étranger, ce contrôle devient quasi impossible. Selon la rapporteure, « 30 à 40 % » des fonds de dotation en France sont dormants, et l'administration elle-même admet qu'ils pourraient être « soit des outils d'optimisation fiscale, soit des outils qui peuvent mettre en danger l'ordre public ».


La philanthropie comme cheval de Troie politique ?

Le problème, selon la commission, n'est pas les opinions politiques de Stérin. « Il a le droit d'en avoir comme tout le monde », rappelle Colombe Brossel.

Le problème, c'est l'usage de la philanthropie comme véhicule d'influence politique.

« Est-ce que, sous couvert d'actions en matière de philanthropie, de financement d'écoles, de financement de projets culturels, de financement de projets patrimoniaux, est-ce que vous êtes dans une stratégie, finalement, d'influence cachée sur un certain nombre de politiques publiques ? » C'est la question que pose la commission.

Stérin affirme que non. Il parle de « métapolitique », pas de politique. Une distinction que la rapporteure juge pour le moins artificielle.

« J'avais l'impression d'être au UNO quand vous sortez votre carte magique. En fait ça n'arrête pas le jeu », lance-t-elle. « La différence entre la métapolitique et la politique est un peu ténue. »

Et d'ajouter : « Utiliser la philanthropie, dont je répète que notre pays a besoin, pour un projet politique, c'est évidemment changer de dimension. »


Bolloré, Pigasse : d'autres milliardaires dans le viseur

Stérin n'est pas le seul homme riche à intéresser la commission. Mathieu Pigasse, banquier d'affaires et propriétaire des Inrocks et de Radio Nova, doit être auditionné dans les jours à venir.

« Il s'investit de plus en plus en politique et ne se cache pas de mener un combat contre la droite et l'extrême droite », rappelle Colombe Brossel.

La commission a volontairement exclu la question des médias — « elle aurait mérité une commission d'enquête à elle toute seule », reconnaît la rapporteure.

« Vous sentez que, voilà, nous n'avons pas travaillé autour de la question de la prise de pouvoir par Vincent Bolloré dans un certain nombre de médias », précise-t-elle.


Les maires face à l'opacité

L'enquête sénatoriale a également mis en lumière la situation des maires confrontés à des financements opaques.

Alexandra Rossetti, maire de Voisins-le-Bretonneux (Yvelines), était invitée sur le plateau pour témoigner. « Il y a des sites, des réseaux sociaux qu'on ne maîtrise absolument pas, où on peut dire tout et n'importe quoi, même sous couvert d'anonymat », a-t-elle expliqué.

Sa commune a lancé un festival de décryptage de l'information en partenariat avec l'université Panthéon-Assas et le programme européen De facto. Une application, « Je vérifie l'info », doit permettre aux habitants de signaler des informations douteuses.


Ingérences électorales : l'autre front

La commission d'enquête s'inscrit dans un contexte plus large. Sébastien Lecornu a prévu de réunir cette semaine les forces politiques sur les ingérences électorales.

« Elles ont déjà existé à l'étranger. On se rappelle des élections en Roumanie. Elles ont commencé à exister dans un certain nombre de scrutins électoraux en France », rappelle Colombe Brossel.

Elle cite le travail de Viginum, le service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères, mais estime qu'il faut « aller bien au-delà ».

« Nous avons besoin de contrôle démocratique, nous avons besoin de médias qui effectuent ce travail. Et donc nous avons besoin, par exemple en France, d'un renforcement des moyens de l'Arcom », ajoute-t-elle.

L'Arcom, selon elle, est aujourd'hui « dépassée par le nombre de sujets qui sont face à elle », notamment face aux GAFAM, qui sont « au cœur de ces fabriques d'accélération ».


Un système qui dépasse un seul homme

La commission d'enquête sénatoriale sur le financement privé des politiques publiques poursuit ses travaux. L'audition de Mathieu Pigasse est attendue dans les prochains jours.

« Personne ne sait jamais de qui on parle et qui finance quoi, avec manifestement un agenda politique », résume Colombe Brossel.

Et de conclure : « C'est une question pour le coup purement démocratique. »


Sources

  • Vidéo YouTube de l'audition de Pierre-Édouard Stérin par la commission d'enquête sénatoriale

📰Source :YouTube

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