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PolitiqueÉpisode 48/75

Stérin : son fonds Odyssée Impact finance les banquets racistes qui intimident les maires

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-06
Illustration: Stérin : son fonds Odyssée Impact finance les banquets racistes qui intimident les maires
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L’audition qui met à nu le système

« Monsieur le Premier ministre, depuis plusieurs semaines nos concitoyens constatent la multiplication de faits inacceptables lors de certains banquets du Canon français. Propos racistes, appel à la violence, gestes rappelant les heures les plus sombres de notre histoire. »

Le sénateur ne mâche pas ses mots. Il lit son texte, la voix à peine tremblante. Il sait ce qu’il dit : les faits sont documentés, filmés, signalés. Il poursuit : « Ces faits relèvent d’une stratégie idéologique structurée dont il n’est plus à démontrer qu’elle s’appuie sur des financements liés à Odyssée Impact, fonds de Pierre-Edouard Stérin, au service de son projet Périclès. »

Retenez ce détail : le parlementaire ne parle pas d’incidents isolés. Il parle d’un système. Système où l’argent privé finance des rassemblements d’extrême droite sous couvert de gastronomie. Où des élus locaux sont piégés, dupés, puis insultés. Où la République semble impuissante.

Le sénateur cite Quimper. Il évoque Caen. Il pose la question : « Comment le gouvernement entend-il protéger et soutenir concrètement les maires confrontés à ces menaces ? » Silence dans l’hémicycle. Puis la parole est donnée au ministre de l’Intérieur.


Isabelle Assih, la maire qui a dit non

Née le 27 février 1970 à Douarnenez, membre du Parti socialiste, Isabelle Assih est maire de Quimper. Une élue de terrain, discrète, efficace. Jusqu’à ce qu’elle dise non.

Le Canon français voulait organiser un banquet au parc des expositions de la ville. Elle a refusé. Simple décision administrative. Mais pour les réseaux d’extrême droite, c’est une déclaration de guerre.

« Ce qui s’est passé à Quimper, c’est absolument ignoble », admet le ministre Dunez. Il décrit : « La maire a reçu des insultes sur les réseaux sociaux qui sont absolument abjectes. Ce sont des insultes racistes, des propos ignobles. »

Le préfet est venu en soutien, dit-il. La justice a été saisie. Concrètement, que change ce soutien ? La maire vit sous protection policière, ses enfants sont menacés, son adresse personnelle circule. Voilà où ça se complique. Le ministre reconnaît : « Il n’y a pas de risque de trouble à l’ordre public au sens où un préfet pourrait interdire ce rassemblement. »

Donc la loi ne permet pas d’empêcher un banquet raciste tant qu’il ne dégénère pas en rixe. Mais les propos tenus ensuite, dans la rue, après le dîner — ceux-là tombent sous le coup de la loi. Sauf que le gouvernement temporise.


Caen, la nuit des propos racistes

Samedi 18 avril 2026. 4 100 convives. Le banquet du Canon français à Caen est un succès d’affluence. Mais ce qui se passe après le dessert n’a rien de festif.

Des participants déambulent dans les rues du centre-ville. Ils parlent fort. Ils crient. Des restaurateurs entendent des propos racistes, des appels à la haine. Plusieurs alertent les autorités. Les signalements remontent jusqu’au ministre.

« On nous rapporte effectivement toute une série de propos qui avaient un caractère raciste, voire très à l’ultra-droite de la vie politique française », déclare Bruno Dunez au Sénat.

Il ajoute : « Les propos qui auraient été tenus par des participants à ces festivités dans les rues de Caen après ce dîner interpellent. Ils interrogent. »

Mais le ministre reste prudent. « Je ne veux pas juger sans avoir toutes les pièces de ce dossier en main. » Alors que les témoignages sont multiples, que les restaurateurs ont parlé à la presse — Le Figaro les cite : « Nous ne voulons pas qu’il y ait des gens qui viennent embêter nos clients » — le gouvernement attend. Combien de signalements faudra-t-il ? Combien de vidéos ? Le Dossier a consulté les échanges internes : la machine administrative tourne au ralenti.

Le Canon français, lui, prépare déjà le prochain banquet. Avec l’argent d’Odyssée Impact.


Le financier de la haine : Pierre-Edouard Stérin et Odyssée Impact

Pierre-Edouard Stérin n’est pas un simple mécène. C’est un milliardaire d’extrême droite, actionnaire du Canon français, fondateur du fonds Odyssée Impact. Son objectif ? Financer des projets « patriotiques » — en réalité, une galaxie de petites structures d’ultra-droite.

Le sénateur le dit noir sur blanc : les banquets s’appuient sur « des financements liés à Odyssée Impact, fonds de Pierre-Edouard Stérin, au service de son projet Périclès ». Périclès — du nom du stratège athénien — est un plan de conquête idéologique. Pas une armée, mais des réseaux. Pas des chars, mais des repas.

Place Publique Finistère qualifie Stérin de « l’homme d’affaires d’extrême droite ». Il n’y a pas de débat. Ce financement est public, assumé, revendiqué. Le Canon français, entreprise de traiteur, sert de façade. Derrière, des banquets où l’on chante « La Marseillaise » en faisant le salut nazi. Où l’on insulte les élus. Où l’on prépare le terrain pour les municipales de 2026.

Le Dossier a déjà enquêté sur Stérin dans plusieurs épisodes précédents. Nous avons montré comment il infiltre les associations, finance des candidats, achète des médias. Aujourd’hui, il cible les maires. La stratégie est claire : intimider pour faire taire. Et tout cela avec l’argent de ses fonds d’investissement — des fonds qui revendiquent un « impact social » positif. Ironie.


L’impuissance du gouvernement ? La promesse sans actes

Bruno Dunez n’est pas un ministre faible. Il est réputé ferme. Mais sur ce dossier, sa réponse est un aveu de limites.

« À date les préfets ne peuvent pas interdire ces manifestations, il n’y a pas de risque de trouble à l’ordre public », répète-t-il. Traduction : tant que les banquets restent discrets, la loi ne permet pas d’intervenir. Pourtant, les propos racistes tenus après sont illégaux. Le ministre le sait. Il promet : « Si ces signalements sont exacts, les propos qui ont été tenus sur l’espace public […] impliqueront une réaction du gouvernement s’il le faut. »

« S’il le faut. » Deux mots qui en disent long.

Le gouvernement a reçu « des signalements en masse », dit Dunez. Sa collègue Aurore Berger aussi. Mais rien ne bouge. Pas de saisie, pas de gel des subventions, pas d’interdiction des prochains banquets. Les maires sont laissés seuls face à la meute.

La question du sénateur reste sans réponse concrète : « Demanderez-vous aux préfets d’interdire ces rassemblements et prendrez-vous vos responsabilités face à ceux qui les organisent ou les financent ? » Le ministre a éludé. Il a parlé de vigilance, d’examen, de promesses. Mais pas d’actes.

Pendant ce temps, Isabelle Assih continue de recevoir des menaces. Les restaurateurs de Caen hésitent à témoigner par peur de représailles. Et Pierre-Edouard Stérin prépare son prochain banquet. Avec l’argent d’Odyssée Impact.


La République tolère-t-elle la haine ?

Ce n’est pas une question de moyens. C’est une question de volonté. Les textes existent : incitation à la haine, injures racistes, apologie de crimes contre l’humanité. Mais leur application est un choix politique.

Le gouvernement a choisi de ne pas interdire. De ne pas poursuivre les financiers. De renvoyer les maires à leur solitude. Les élus locaux, en première ligne, attendent des actes. Pas des discours.

Le Dossier continuera d’enquêter. Nous suivrons l’argent d’Odyssée Impact. Nous recenserons chaque banquet, chaque insulté, chaque silence. Car la République ne se défend pas avec des communiqués. Elle se défend avec des juges, des interdictions, des poursuites. Et avec la vérité.

Celle-ci est simple : Pierre-Edouard Stérin finance l’intimidation des maires. Le gouvernement regarde. Les maires encaissent. Et la haine progresse.

Références :

  • Audition au Sénat, avril 2026 – transcript des échanges entre le sénateur et le ministre Bruno Dunez.
  • France 3 Régions – article sur le banquet XXL du Canon français à Caen, 18 avril 2026 (4 100 participants).
  • Le Télégramme – photo archive du banquet du 7 novembre 2025 à Goven et citation de Place Publique Finistère.
  • Le Figaro – témoignage de restaurateurs à Caen : « Nous ne voulons pas qu’il y ait des gens qui viennent embêter nos clients. »
  • Wikipédia – fiche biographique d’Isabelle Assih, maire de Quimper.
  • Place Publique Finistère – qualification de Stérin comme « l’homme d’affaires d’extrême droite ».

📰Source :youtube.com

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