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PolitiqueÉpisode 65/101

Marc Bloch au Panthéon : l'hommage qui dérange l'extrême droite

Par la rédaction de Le Dossier · 24 JUIN 2026
Illustration: Marc Bloch au Panthéon : l'hommage qui dérange l'extrême droite
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Un historien antifasciste sous la coupole

Marc Bloch entre au Panthéon. Il est le premier historien à rejoindre les grands hommes qui reposent sous la nef. Son nom s'ajoute à ceux de Rousseau, Voltaire, Hugo, Zola, Marie Curie, Simone Veil, Missak Manouchian.

Bloch n'est pas un simple savant. Cofondateur de l'École des Annales, il a révolutionné la discipline. Il mêlait économie, sociologie et cadastre. L'Étrange Défaite, écrit après la débâcle de 1940, analyse la déroute française. Sa thèse : ce n'est pas le peuple qui a perdu, mais les élites. « Le pays a pourri par la tête », écrit-il. Les militaires, les industriels, les riches ont préféré Hitler au Front populaire.

Résistant, membre des Francs-tireurs, il travaille aux programmes du Conseil national de la Résistance. Il pense l'éducation de la France d'après. Arrêté par la Gestapo. Fusillé le 16 juin 1944.

Selon l'historien Johann Chapoutot, « Marc Bloch était ce qu'on appellerait aujourd'hui un antifa ». En 1935, Bloch signe le Manifeste des intellectuels antifascistes. Il adhère à la SFIO avant l'assassinat de Jaurès. Il se mobilise pour les républicains espagnols. Juif non pratiquant, il disait ne se sentir juif que face à l'antisémitisme. Son arrière-grand-père avait été soldat de 1793.

Cet antifasciste est honoré par un président qui, en 2018, qualifiait Philippe Pétain de « grand soldat ». Le même président a un rapport à l'histoire jugé problématique, avec des propos sur Napoléon et Pétain.

« Héritiers des Waffen-SS » : la famille Bloch refuse l'extrême droite

Suzette Bloch accorde un entretien à France Inter. Sa demande est limpide : pas de RN. « Le RN sont les héritiers des Waffen-SS qui ont assassiné mon grand-père. » Elle rappelle que le Front national a été fondé par Jean-Marie Le Pen, et que les héritiers n'ont jamais renié cette filiation.

La famille Bloch avait déjà écrit à l'annonce de la panthéonisation : « Nous rappelons que l'œuvre de ce patriote convaincu est profondément antinationaliste, construite contre le roman national et la réduction de l'histoire aux frontières. Cet engagement se concrétisa jusque dans sa mort. En ce sens, il nous paraît essentiel que l'extrême droite dans toutes ses formes soit exclue de toute participation à la cérémonie. »

L'Élysée répond par le protocole : les invitations sont envoyées à tous les partis représentés au Parlement. Le RN a un groupe à l'Assemblée. Même justification que pour Missak Manouchian en février 2024.

Jordan Bardella annonce que le RN ne sera pas représenté. Mais Sarah Knafo, vice-présidente du groupe Patriotes au Parlement européen et élue Reconquête, déclare qu'elle viendra. La famille Bloch la considère comme indésirable. Reconquête est le parti qui veut réhabiliter le maréchal Pétain — l'homme que Marc Bloch haïssait.

Aurélien Souche, chef du service politique de L'Humanité, rappelle qu'en 1996, sous Chirac, Jean-Marie Le Pen n'était pas invité à la panthéonisation d'André Malraux. À l'époque, le FN n'avait pas de groupe à l'Assemblée. La règle aurait-elle changé en 2017 ? L'enquête reste ouverte.

Les contradictions d'un président progressiste en actes

Macron panthéonise beaucoup. Six en deux mandats : Maurice Genevoix, Joséphine Baker, Simone Veil, Missak et Mélinée Manouchian, Marc Bloch. Soit plus que Hollande et Sarkozy.

Le choix des panthéonisés est consensuel : des résistants, des humanistes. Mais les oublis sont révélateurs. Gisèle Halimi, avocate féministe et anticolonialiste, avait été proposée. L'Élysée a refusé, jugeant que « ce n'est pas une punition » et qu'il faut un consensus. Ambroise Croizat, père de la Sécurité sociale, n'est pas panthéonisé malgré son rôle fondateur. Missak Manouchian était ouvrier, mais son discours officiel a gommé cette dimension.

Pendant que Macron célèbre des résistants, sa politique migratoire et sociale est en contradiction avec les valeurs républicaines qu'il met en avant lors des panthéonisations. Il a aussi envisagé de faire entrer Molière au Panthéon, mais l'Élysée a refusé car sa vie est antérieure aux Lumières.

Un outil politique à double tranchant

Le Panthéon a été créé en 1791. Depuis la Ve République, le président décide seul. Chaque panthéonisation est un message politique.

En panthéonisant Marc Bloch, Macron envoie un signal : la République honore ses combattants antifascistes. Mais en laissant l'extrême droite protocolement invitée, il affaiblit ce message. La famille Bloch a été claire : l'extrême droite n'a pas sa place. L'Élysée aurait pu modifier le protocole. Il ne l'a pas fait.

Le 16 juin 1944, Marc Bloch est mort. Sa famille sera là. Les antifascistes aussi. Sarah Knafo aussi, sans doute. Et le président prononcera un discours. Mais les faits sont têtus. La panthéonisation d'un résistant ne remplace pas une politique.


Sources

  • France Inter, interview de Suzette Bloch.
  • L'Humanité, articles d'Aurélien Souche.
  • L'Étrange Défaite (livre de Marc Bloch).
  • La Société féodale (livre de Marc Bloch).
  • Les Rois thaumaturges (livre de Marc Bloch).
  • Propos rapportés par le journaliste dans l'enquête vidéo « La France à l'heure de la bascule fasciste » (épisode 65).

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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