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EXCLUSIF - MEDEF-RN : La Trahison des Patrons et l'Alliance Toxique avec l'Extrême Droite

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-04-18
Illustration: EXCLUSIF - MEDEF-RN : La Trahison des Patrons et l'Alliance Toxique avec l'Extrême Droite
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Une rupture historique

Le 20 avril 2024. Une date qui marque un tournant. Ce jour-là, Jordan Bardella, président du Rassemblement National (RN), est invité à la table du bureau exécutif du MEDEF. Une première. Jamais l'extrême droite n'avait été reçue officiellement par le patronat français.

"Ce n'est pas une erreur de gestion. C'est un système." Et ce système a des noms : Patrick Martin, président du MEDEF, Bernard Arnault, PDG de LVMH, ou encore Patrick Pouyanne, patron de TotalEnergies.

C'est là que ça devient intéressant. En 2022, le MEDEF appelait encore à voter contre le RN. "Le programme économique de Marine Le Pen mènerait le pays à la faillite", prévenait alors l'organisation patronale. Quatre ans plus tard, le ton a changé. Radicalement.

La stratégie du RN : séduire les élites économiques

"Nous ne cherchons pas nécessairement à les convaincre d'être dans notre camp, mais si au moins ils ne sont plus contre nous, c'est déjà une victoire." Cette phrase, tirée d'un article de L'Opinion, résume la stratégie du RN.

Depuis 2022, le parti de Marine Le Pen a abandonné plusieurs de ses mesures anti-libérales. Sortie de l'euro ? Abandonnée. Retraite à 60 ans ? Enterrée. Le RN veut désormais séduire à la fois l'électorat populaire et les élites économiques.

"Marine Le Pen est identifiée comme une figure qui va aider les gens socialement. Bardella, lui, incarne une ligne pro-business", explique Florent Ledu, journaliste spécialiste de l'extrême droite. Une stratégie à deux visages.

En septembre 2024, le RN dévoile son nouveau programme économique, intitulé "Libérer l'entreprise". Objectif : réduire les impôts de production de 20 %, supprimer la contribution foncière des entreprises (9 milliards d'euros par an) et exonérer la contribution sociale de solidarité des sociétés.

"C'est clairement fait pour séduire les entrepreneurs", résume Naï Saki, journaliste spécialiste des mouvements syndicaux et patronaux. Une stratégie payante. Début avril 2024, Marine Le Pen déjeune avec un aréopage de grands patrons. Bernard Arnault est présent.

Le renoncement du patronat

"Nous avons vu dans un passé pas si lointain le RN changer de position sur des sujets où nous ne sommes pas forcément insensibles, comme la fiscalité." Cette phrase de Patrick Martin, président du MEDEF, en dit long sur le renoncement du patronat.

En février 2025, le RN s'abstient sur une taxe, permettant son adoption en première lecture à l'Assemblée nationale. Quelques mois plus tard, en novembre-décembre 2025, le parti vote contre cette même taxe lors de l'examen du projet de loi de finances 2026.

"Le RN est une girouette sur les sujets économiques", affirme Florent Ledu. Une girouette qui semble désormais souffler dans le sens du patronat.

Laurence Parisot, ancienne présidente du MEDEF, avait prévenu : "Permettre l'accession au pouvoir d'une personnalité d'extrême droite est inconcevable en France." Vingt ans plus tard, ce discours est relégué aux oubliettes.

"Les patrons peuvent encore critiquer l'extrême droite, mais en disant : 'Regardez leur programme, il n'est pas crédible.' C'est à peu près tout", déplore Naï Saki.

L'influence directe des patrons

"Nous lui avons expliqué que l'augmentation du SMIC allait décaler les chaînes de salaire et que c'était une trappe à bas salaire pour tous." Ce discours, tenu par Sophie Menton, figure du mouvement patronal Éthique, a directement influencé Marine Le Pen. "Je ne vais pas augmenter le SMIC", aurait-elle conclu après cette réunion.

Henri Proglio, ancien PDG d'EDF, est l'un des premiers patrons à s'afficher avec Marine Le Pen. Quelques mois plus tard, le RN intègre dans son programme l'arrêt de l'implantation de nouvelles énergies renouvelables en France.

Charles Édouard Leclerc rencontre Sébastien Chenu, député RN, pour s'opposer à une loi visant à restreindre les promotions des hypermarchés. Une semaine plus tard, le RN dépose une motion de rejet préalable de ce texte.

"Ces rencontres servent notamment à ça : pour les patrons de faire avancer leurs intérêts, et pour le RN d'amender leur programme pour plaire à ces milieux-là", résume Naï Saki.

Les conseillers économiques du RN

François Durvillé est un nom clé dans cette alliance. Ancien patron d'Human Capital, fonds d'investissement personnel de Pierre-Édouard Sterrain, il devient conseiller économique officieux de Marine Le Pen en 2022.

"François Durvillé permet au RN de sortir de l'isolement. Il fait le pont entre deux milieux qui ne se parlaient pas auparavant", explique Florent Ledu. Son influence est directe. L'opposition du RN à la taxation des milliardaires ou l'évolution de son discours sur les retraites portent sa marque.

Charles-Henri Gallois, autre figure influente au sein du RN, pousse également pour un projet plus libéral. "Ces conseillers économiques ont une influence directe sur l'attitude et sur le programme du RN", souligne Naï Saki.

Une alliance toxique

"Cette alliance entre le patronat et le RN est toxique", dénonce Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT. "Les rats quittent le navire", avait-elle déclaré en parlant du patronat face à la vague de désindustrialisation. Une phrase qui lui vaut aujourd'hui une plainte pour diffamation.

"C'est une dérive grave du patronat. D'un côté, on prête l'oreille au RN, et de l'autre, on attaque les voix qui critiquent les choix économiques", déplore Naï Saki.

Le rapprochement entre le MEDEF et le RN marque une rupture historique. Une alliance qui révèle la compromission du patronat français et la stratégie de séduction du RN auprès des élites économiques.

"C'est là que ça devient intéressant." Cette alliance est-elle le signe d'une normalisation de l'extrême droite en France ? La réponse est dans les faits. Et les faits sont accablants.

📰Source :youtube.com

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