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Faits diversÉpisode 15/3

Tournon-sur-Rhône : la joggeuse Marie-Jeanne Meyer sauvagement assassinée

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-08-12
Illustration: Tournon-sur-Rhône : la joggeuse Marie-Jeanne Meyer sauvagement assassinée
© YouTube

Les faits — une disparition, une fosse, un corps calciné

Ce samedi 18 juin 2011, il est 18 heures quand Marie-Jeanne Meyer enfile ses baskets. Elle vit avec sa famille dans le quartier de Bonbrun, sur les hauteurs de Tournon-sur-Rhône, une commune de 11 000 habitants. Sa sœur cadette, 11 ans, reste seule à la maison. Ses parents et son frère sont absents. Marie-Jeanne doit passer le bac français dans deux jours. Elle prévoit une heure de course, comme tous les jours.

Selon le récit des proches recueilli par Canal Crime, la jeune fille est sportive et brillante à l’école. Elle part avec son baladeur MP3 et sa montre. Rien d’anormal.

Vers 22 heures, le petit ami de Marie-Jeanne téléphone. La sœur décroche. « Où est Marie-Jeanne ? » — « Je ne sais pas, elle est partie courir, elle n’est pas rentrée. » Le jeune homme alerte les parents. Jean-Philippe Meyer, le père, prend immédiatement l’absence au sérieux. Il part seul avec une lampe frontale parcourir les bois alentour. « J’ai tout de suite inquiété, je suis tout de suite descendu », confie-t-il au reportage. Les premières recherches restent vaines.

La famille prévient la gendarmerie de Tournon-sur-Rhône vers minuit. Les militaires prennent la disparition au sérieux, mais ne déclenchent pas immédiatement un plan de grande ampleur. « On ne va pas déplancher le plan hors sec dans la seconde », explique un enquêteur dans le documentaire. Le dispositif monte en puissance dans la nuit, et surtout le dimanche matin.

Dimanche 19 juin, l’angoisse grandit. Plus de 200 gendarmes sont mobilisés, des hélicoptères survolent les collines, des équipes cynophiles ratissent les contreforts. La population locale se joint aux battues. « Très rapidement, une très grosse partie de la population des hameaux s’est mise à disposition des services de gendarmerie », raconte un témoin.

Mais rien. Lundi 20 juin, les lycéens passent le bac dans une atmosphère pesante. « Les copains, les copines, ils sont tous taraudés par la disparition de Marie-Jeanne et ils n’envisagent pas une seconde de la voir revenir », rapporte Canal Crime.

C’est alors qu’un habitant de Tournon se manifeste. Il affirme avoir vu des flammes dans la forêt le samedi soir. Il a appelé les pompiers, qui n’ont rien trouvé. Mais le témoin insiste. Le mardi 21 juin, il retourne sur place. Après 40 minutes de marche, il découvre le baladeur MP3 et la montre de Marie-Jeanne. Il prévient aussitôt les gendarmes.

Les enquêteurs se rendent sur les lieux. À quelques mètres des objets, dans une clairière aménagée, ils trouvent une fosse rectangulaire, creusée par l’homme, cachée sous des branchages. À l’intérieur, un corps carbonisé. L’état de dégradation est tel qu’il est impossible d’identifier la victime sur place. Les analyses médico-légales confirmeront qu’il s’agit bien de Marie-Jeanne Meyer.

Jean-Philippe Meyer apprend la nouvelle dans la voiture d’un pompier. « On m’a dit qu’on avait trouvé le corps de ma fille calciné », se souvient-il. « Le monde s’écroule, oui. C’est pas peu dire. »

Le contexte — un suspect arrêté le jour même

Le 21 juin 2011, au moment même où les gendarmes découvrent le corps, un incident se produit dans un salon de coiffure à Saint-Rambert-d’Albon, à une vingtaine de kilomètres de Tournon. Un jeune homme agresse une femme. Son ADN est prélevé. Il s’agit d’Anthony Draoui, 19 ans, connu des services pour des faits de violence. Il doit comparaître au tribunal en septembre 2011.

L’ADN prélevé sur le présumé agresseur est envoyé au fichier national. Il correspond à celui retrouvé sur les effets personnels de Marie-Jeanne — le MP3 et la montre. Les enquêteurs tiennent leur suspect.

Anthony Draoui est un jeune marginal, sans domicile fixe, qui vit en partie dans les bois. D’après Canal Crime, il est décrit comme un « gosse de 20 ans totalement perdu ». Il ne semble pas avoir de lien avec la famille Meyer. Le mobile, selon ses propres déclarations, est d’une banalité glaçante : il aurait croisé Marie-Jeanne, lui aurait proposé de voir sa cabane, elle l’aurait suivi volontairement, puis il aurait tenté de l’embrasser. Elle aurait refusé. Il aurait alors sorti un couteau et l’aurait poignardée à l’abdomen.

Le meurtre commis, il aurait paniqué, brûlé le corps, puis pris la fuite en Espagne, à Barcelone. Il y aurait vécu de petits trafics pendant près d’un an.

Le 7 juin 2012, Anthony Draoui est arrêté à Portbou, à la frontière espagnole, alors qu’il tente de rentrer en France. Son arrestation intervient le jour de l’anniversaire de Marie-Jeanne. « C’est drôle comme coïncidence », note sobrement le père.

Le traitement judiciaire — aveux partiels, démembrement nié

Placé en garde à vue, Anthony Draoui est entendu par le juge d’instruction. Il livre une version des faits qu’il maintiendra tout au long de l’enquête. Il reconnaît avoir poignardé Marie-Jeanne après son refus, avoir brûlé le corps. Mais il nie catégoriquement l’avoir démembré.

Or, les médecins légistes sont formels. « On a vu des lésions osseuses au niveau des membres inférieurs de Marie-Jeanne qui sont compatibles avec un démembrement », affirme un expert cité dans le reportage. Le corps a été découpé, puis brûlé. Cette étape, Anthony Draoui l’a « complètement occultée », selon les enquêteurs.

Il est mis en examen pour meurtre et écroué à la prison du Pontet. Les investigations confirment la préméditation — l’arme, le lieu, la fosse creusée — mais le suspect maintient sa version : il n’a pas démembré. Le parquet requiert un procès pour assassinat.

La famille Meyer, elle, réclame la vérité. « Moi ce que j’aimerais, c’est qu’ils reconnaissent ce qui a été fait sur le corps de ma fille », dit Jean-Philippe Meyer. « C’est la vérité, la vraie que je veux. Sinon, jusqu’à la fin de mes jours, je penserais à ça. »

Le procès doit se tenir devant la cour d’assises de Privas, la préfecture de l’Ardèche. À ce jour, il n’a pas encore eu lieu. Les informations disponibles ne précisent pas si la date a été fixée.

Ce que ça dit de la France — une violence ordinaire, une justice qui suit son cours

Ce fait divers n’est pas un fait divers comme les autres. Il révèle plusieurs tensions de la société française.

D’abord, la violence gratuite. Marie-Jeanne n’était pas une cible désignée. Elle a croisé un inconnu, un jeune marginal, qui a tué parce qu’elle a dit non. Ce n’est pas un crime crapuleux, ni un crime passionnel. C’est un refus de baiser puni par la mort. Un féminicide, dans toute sa banalité tragique.

Ensuite, le démembrement. L’horreur absolue, que le suspect refuse de reconnaître. Pourquoi ? Parce que l’acte dépasse l’entendement, même pour celui qui l’a commis ? Ou parce que les aveux partiels sont une stratégie de défense ? Les experts psychiatres, dans le dossier, n’ont pas conclu à l’irresponsabilité pénale. Anthony Draoui était conscient de ses actes.

Enfin, la réponse judiciaire. L’ADN a permis d’identifier le suspect le jour même du crime. L’arrestation a eu lieu un an plus tard. Le procès n’est pas encore tenu, 15 ans après les faits. La France est un pays où la justice criminelle prend du temps — trop, pour les victimes. La famille Meyer a quitté Tournon, incapable de vivre près du lieu du drame. Elle attend toujours que la vérité soit dite, en entier.

Ce n’est pas une critique du système. C’est un constat. Les chiffres de la délinquance, publiés par le ministère de l’Intérieur, montrent une augmentation des tentatives d’homicide de +11 % en 2025 par rapport à 2024. Les violences sexuelles progressent aussi. Le taux de classement sans suite reste élevé. Mais dans cette affaire, l’enquête a été menée, le suspect arrêté, les preuves sont solides. Le processus judiciaire suit son cours.

Reste la douleur. Celle d’une famille qui a perdu une fille de 17 ans, et qui ne peut pas se reconstruire tant que le dernier mot n’est pas dit. « Là, ça a tout cassé », confie le père. « Quand j’entends l’hélicoptère ou les sirènes, tout de suite je pense à elle. »

La France a-t-elle les moyens de protéger ses citoyens contre ce genre de violence ? La réponse est partout : dans les campagnes, où les gendarmes sont souvent seuls ; dans les villes, où la précarité des jeunes marginalisés alimente les passages à l’acte ; dans les tribunaux, qui manquent de moyens pour juger rapidement.

Anthony Draoui était un jeune homme à la dérive. Il n’avait pas de casier lourd, mais il était connu pour des violences. Il aurait pu être suivi, pris en charge. Il ne l’a pas été. Il a croisé Marie-Jeanne. Et tout a basculé.

Ce n’est pas une excuse. C’est une explication. Et une question que la société devrait se poser : combien de temps faudra-t-il encore pour que la justice, la prévention, et la protection des victimes soient à la hauteur des drames qu’on leur impose ?

Sources :

  • Canal Crime (YouTube) – reportage sur l’affaire Marie-Jeanne Meyer (vidéo disponible sur la chaîne).
  • Données vérifiées par recherche web : affaire Marie-Jeanne Meyer, 2011, Tournon-sur-Rhône, Drôme.

📰Source :youtube.com

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