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Faits diversÉpisode 4/2

Provence : trois affaires, trois procès, une même question sur la justice

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-08-06
Illustration: Provence : trois affaires, trois procès, une même question sur la justice
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L'horreur ordinaire du boulevard Abateau

Marseille, 19 octobre 2005. Le quartier Abateau est calme. C'est un quartier bourgeois, près du parc Chanot, à deux pas du stade Vélodrome. Il ne s'y passe jamais rien. Jusqu'à ce qu'un huissier de justice vienne forcer la porte d'un appartement dont les locataires ne paient plus leur loyer depuis des mois.

L'huissier visite les lieux. Machinalement, il se rend sur le balcon. Il donne un coup de pied dans un sac de sport. À l'intérieur, le corps d'un nouveau-né en état de décomposition avancée.

D'après le récit de Canal Crime, l'huissier n'oubliera jamais cette scène. L'appartement est abandonné depuis plus de quinze jours. Les meubles sont là. Les affaires personnelles aussi. Mais les occupants, Jean-Paul Stenge et Marie-Hélène Martinez, ont disparu.

La brigade criminelle de Marseille prend l'enquête. Première piste : retrouver le couple. Un hôtelier de Salon-de-Provence les signale à la gendarmerie. Depuis trois semaines, un couple réside à l'hôtel Ibis sans payer. L'hôtelier craint une grivèlerie. Il ne sait pas encore qu'il vient de mettre la police sur la piste de trois cadavres d'enfants.

Les enquêteurs débarquent à l'hôtel. Ils cherchent Jason et Mélissa, 7 et 8 ans, les enfants de Marie-Hélène. Personne ne les a vus depuis un mois. Sur le lit de la chambre, les policiers découvrent des photos de Marie-Hélène dénudées, des bijoux, des revues pornographiques. Mais pas d'enfants.

Interrogée, Marie-Hélène Martinez explique que le nouveau-né trouvé sur le balcon est mort à l'accouchement. Elle dit avoir accouché chez elle, que ça s'est mal passé. L'enfant aurait été mis dans un sac et laissé sur le balcon. Pour la police, l'explication ne tient pas. Le couple est dans un état de prostration, incapable de manifester la moindre émotion.

Jean-Paul Stenge finit par parler. Il révèle où se trouvent Jason et Mélissa. Les enfants ont été empoisonnés. Leurs corps sont dans le coffre d'une BMW, garée dans un box du 13e arrondissement de Marseille. Ils sont morts depuis plus d'un mois.

Le plat de cannelloni qui a tout changé

Jean-Paul Stenge assume seul la responsabilité du double infanticide. Il disculpe sa compagne. Il raconte les dernières heures des enfants.

Les faits, d'après Canal Crime : Jason et Mélissa ont passé le week-end avec leur père. Ils reviennent le dimanche soir. Jean-Paul Stenge a préparé un plat de cannelloni. Il y a mis une forte dose de médicaments. Toute la famille mange, sauf lui. Il voulait que Marie-Hélène en mange aussi. Elle trouve le plat amer, en prend peu, puis se couche. Elle sombre dans un coma qui dure environ 24 heures.

Jean-Paul Stenge voulait éliminer tout le monde ce soir-là. Les deux enfants. Sa femme aussi, enceinte de plus de huit mois. Le plat empoisonné précipite l'accouchement de Marie-Hélène. Quand elle se réveille, elle accouche d'un enfant mort.

Son mari lui dit que les enfants ont été victimes d'une intoxication alimentaire. Le couple quitte l'appartement. Ils se réfugient à l'hôtel Ibis de Salon-de-Provence. Pendant un mois, ils vivent comme si rien ne s'était passé. Les enfants pourrissent dans le coffre de la voiture.

Ce qui choque les enquêteurs, ce n'est pas seulement l'acte. C'est l'attitude après. Le couple vit des jours heureux à l'hôtel. Marie-Hélène dit que son mari lui a fait croire que les corps étaient à la morgue, qu'il attendait les résultats d'autopsie. Elle ne s'est pas inquiétée. Elle n'a pas cherché à savoir où étaient ses enfants.

Les expertises toxicologiques révèlent un empoisonnement progressif. Les enfants ont été drogués pendant plusieurs mois. Pourquoi ? Pour que le couple puisse avoir des plages d'intimité en toute tranquillité. Pour s'éclater, selon les termes du dossier.

Le procès : 20 ans, 10 ans, puis 30 et 20

7 septembre 2009. Le procès s'ouvre à Aix-en-Provence. Il dure cinq jours. Jean-Paul Stenge a toujours avoué. Marie-Hélène Martinez nie. Elle arrive au tribunal maquillée, coiffée, comme si elle allait à une représentation. Les magistrats et les jurés sont choqués par son attitude.

L'oncle et la tante de Jason et Mélissa sont certains qu'elle est coupable. La tension est palpable. Quelqu'un dans la salle crie : « Je tue mes deux-mêmes à l'aise ! »

Marie-Hélène charge son ex-mari. « C'est lui, c'est pas moi », répète-t-elle. Lui, petit à petit, s'accroche : elle savait tout, elle ne pouvait pas ignorer. Elle non plus n'a pas mangé les cannellonis.

Verdict : Jean-Paul Stenge écope de 20 ans de prison. Marie-Hélène Martinez de 10 ans. Elle passe sa première nuit en prison. Elle crie son innocence. Elle fait appel.

Deux ans plus tard, le procès en appel s'ouvre à Draguignan. Entre-temps, Marie-Hélène a retiré son appel. Une décision surprenante. Les magistrats l'interprètent comme un aveu de culpabilité. Pourquoi retirer son appel si on est innocent ?

Le verdict est aggravé : 20 ans pour Marie-Hélène Martinez, 30 ans pour Jean-Paul Stenge. Les jurés se sont souvenus des enfants qui riaient à la vie et qu'on a rayés d'un trait de plume pour assouvir son propre plaisir.

Avignon, 2 décembre 2009 : cinq balles pour un père de famille

Deux mois après le premier procès des infanticides de Marseille, une autre affaire secoue la région. Avignon, quartier du Pont des Deux-Eaux, mercredi 2 décembre 2009, 7h30 du matin. Le jour se lève à peine. Les habitants commencent à prendre leur voiture pour aller au travail.

Un homme armé sort de son véhicule. Il s'approche de la portière passager d'une voiture. Il vide le barillet de son revolver. Cinq coups de feu. Trois balles atteignent la victime, qui s'effondre dans son véhicule. Le tueur regagne sa voiture et disparaît.

La victime s'appelle Sébastien Malbos. Il a 31 ans. Mécanicien. Père de famille. Casier judiciaire vierge. Surnommé « le caribou » pour son caractère un peu grincheux, mais décrit par tous comme un homme au cœur sur la main. Il venait de rencontrer Christelle, la femme de sa vie.

Ce matin-là, Christelle est loin d'imaginer le drame. Les policiers frappent à sa porte. Ils lui disent que Sébastien est blessé, qu'il y a 50% de chances qu'il s'en sorte. Ils l'emmènent dans un lieu sûr. En passant devant la scène, elle voit les vitres de la voiture criblées de balles. Le choc.

Sébastien Malbos meurt à l'hôpital. Le tueur a agi froidement. Il a tiré à bout portant. La scène est d'une violence extrême. La population est sous le choc. On pense à un règlement de compte.

L'enquête révèle rapidement que la victime n'a rien d'un caïd. Sébastien Malbos est un homme ordinaire. Mais son histoire amoureuse va tout expliquer.

La jalousie, mobile éternel

Christelle, la compagne de Sébastien, a quitté Bruno quelques mois plus tôt. Bruno est l'ex-compagnon. Il n'a pas accepté la rupture. Il a menacé. Il a harcelé. Christelle lui a dit d'arrêter. Il n'a pas arrêté.

Le 24 novembre 2009, une dispute téléphonique éclate entre Bruno et Sébastien. Bruno est furieux. Fin novembre, il est interpellé avec deux couteaux dans sa voiture. Il est relâché. Personne ne mesure le danger.

Le 2 décembre, Bruno parcourt 200 kilomètres depuis Antibes. Il attend plus d'une heure devant le domicile de Sébastien. Quand Sébastien sort pour aller au travail, Bruno l'abat froidement. Cinq balles. Il jette l'arme du crime dans un fleuve.

D'après Canal Crime, Bruno a prémédité son acte. Il a attendu. Il a exécuté. Il a pris la fuite. Les témoins sont formels. Les déclarations de Bruno en garde à vue sont accablantes.

Le procès s'ouvre le 24 octobre 2012 à la cour d'assises d'Avignon. Bruno est condamné à 22 ans de réclusion criminelle pour assassinat. La justice a parlé. Mais la famille de Sébastien reste brisée. Christelle raconte : « Je crois qu'il ne s'est même pas rendu compte du mal qu'il me faisait. »

Toulon, 11 mai 2009 : un retraité tué, un mystère qui dure

Troisième affaire. Troisième ville. Toulon, 11 mai 2009. Daniel Garcia, 67 ans, retraité sans histoire, est abattu de deux balles de fusil dans sa cage d'escalier. Une balle à sanglier à bout touchant. Une chevrotine. Le tueur a fait feu à travers la porte entrebâillée.

Daniel Garcia vivait seul. Il était veuf. Il avait une fille. Il était décrit comme un homme discret, sans histoires. Mais il y avait un conflit de voisinage. Une locataire du troisième étage recevait des SDF. Les nuisances étaient régulières. Daniel Garcia s'en était plaint.

L'enquête est confiée à la police judiciaire de Toulon. Les premiers éléments sont troublants. La veille du meurtre, une voiture a été signalée. Un homme a été vu rôdant dans le quartier. L'immatriculation a été relevée. La voiture appartient à Éric Verbiste, un multirécidiviste connu des services de police.

Éric Verbiste est interpellé dans la nuit du 11 mai. Il avoue spontanément le meurtre. Il donne des détails. Il est remis en liberté le lendemain. La juge d'instruction considère ses aveux trop farfelus. Trop incohérents. Trop faciles.

Les enquêteurs se tournent alors vers un autre suspect : Max Chamas, le voisin de palier de Daniel Garcia.

Le voisin au passé lourd

Max Chamas a 67 ans. Il est petit, malingre. Décrit comme sincère, spontané, pas toujours dans la réflexion. Mais il a un passé judiciaire lourd : deux condamnations aux assises pour meurtre et tentative de meurtre. À chaque fois, il a utilisé une arme.

La perquisition chez Max Chamas, le 12 mai 2009, est édifiante. Les enquêteurs découvrent un véritable arsenal : pistolet, fusils de chasse, 800 cartouches. Des résidus de tir sont relevés sur ses mains et ses vêtements. Max Chamas explique qu'il a posé sa main sur la rampe d'escalier, contaminée par les résidus du crime.

Son alibi change plusieurs fois. Il dit d'abord n'avoir rien vu. Puis il raconte avoir entendu deux coups de feu vers minuit, être sorti, avoir trouvé la cage d'escalier plongée dans le noir, être reparti, être revenu, avoir vu le pied de Daniel Garcia dans l'entrebâillement de la porte, être rentré chez lui, avoir pris des cachets et s'être couché. Sans prévenir la police. Sans porter secours.

Pourquoi ? Max Chamas explique qu'à cause de son passé judiciaire, il a préféré faire le mort. De peur d'être accusé. Ce qui, finalement, n'a pas manqué d'arriver.

Il est inculpé pour le meurtre de Daniel Garcia. Placé en détention provisoire au centre pénitentiaire de Farled, près de Toulon.

Le procès : 30 ans requis, zéro condamné

Mai 2012. Le procès s'ouvre à la cour d'assises de Draguignan. Éric Verbiste, « Mirror Man », est présent comme simple témoin. Ses aveux ont été jugés trop farfelus. Max Chamas est le seul accusé.

Le procureur requiert 30 ans de réclusion. Les éléments à charge sont nombreux : le passé judiciaire, les résidus de poudre, les versions contradictoires, l'arsenal. Mais il manque l'essentiel : le mobile.

Pourquoi Max Chamas aurait-il tué son meilleur ami ? Daniel Garcia était son allié dans l'immeuble. Ils se croisaient dans les escaliers, parlaient un peu, regardaient le journal ensemble. Daniel Garcia avait même servi de témoin à Max Chamas dans une affaire précédente. La question centrale, posée par la cour, est restée sans réponse : « Pourquoi voulez-vous que Max Chamas vienne abattre son meilleur ami, sur lequel il se reposait ? »

Cinq jours d'audience. Les explications de Max Chamas sont jugées crédibles. Il a un accent de sincérité. Il explique ses contradictions par la peur d'être accusé à cause de son casier. La cour d'assises de Draguignan l'acquitte.

Le meurtrier de Daniel Garcia n'a jamais été retrouvé. L'affaire reste non élucidée. La famille de la victime vit un deuil impossible. La fille de Daniel Garcia témoigne : « Ça nous aurait aidé de savoir le pourquoi, le comment, qu'il y ait quelqu'un en prison. Moi je me bats pour l'assassinat de mon papa et qu'aujourd'hui vous vous dites c'est fini, c'est fini, il n'y a plus rien à faire. »

Ce que ça dit de la France

Trois affaires. Trois procès. Trois issues. Une même question.

La première affaire, celle des infanticides de Marseille, montre une justice qui a fonctionné. Le couple a été condamné lourdement. 30 ans et 20 ans. Les jurés ont été sévères. Mais le mal était fait. Deux enfants morts pour que leurs parents puissent « s'éclater ». Le système a puni. Il n'a pas protégé.

La deuxième affaire, l'assassinat d'Avignon, montre une justice qui a puni mais qui n'a pas anticipé. Bruno avait été interpellé avec deux couteaux quelques jours avant le meurtre. Il avait été relâché. Personne n'avait mesuré le danger. Un homme a parcouru 200 kilomètres pour tuer. Il avait prévenu. Il avait menacé. La justice n'a pas su lire les signes.

La troisième affaire, le meurtre non élucidé de Toulon, montre une justice qui bute sur ses propres limites. Deux suspects. Deux incohérences. Un acquittement. Un mystère. La famille de Daniel Garcia attend toujours la vérité. Elle attendra peut-être toujours.

Ces trois affaires racontent quelque chose de la France. Un pays où la justice punit parfois sévèrement, mais où elle n'anticipe pas assez. Un pays où les récidivistes sont connus, fichés, mais où les signaux d'alarme ne sont pas entendus. Un pays où des enfants peuvent être empoisonnés pendant des mois sans que personne ne s'en aperçoive. Un pays où un homme peut être abattu dans sa cage d'escalier sans que son assassin ne soit jamais identifié.

Regardons les faits. La France compte 11 juges pour 100 000 habitants. L'Allemagne en a 25. Résultat : des délais d'audience qui s'allongent, des enquêtes qui s'enlisent, des familles qui attendent. Ce n'est pas une question de moyens. C'est une question de priorité.

Et maintenant ? Les trois affaires sont closes. Les condamnés purgent leur peine. Les familles tentent de reconstruire leur vie. Mais les questions restent. Combien d'enfants sont encore en danger dans des foyers où personne ne regarde ? Combien de Bruno rôdent encore, armés, menaçants, sans que personne ne les arrête ? Combien de Daniel Garcia attendent leur assassin dans l'ombre d'une cage d'escalier ?

La justice française a rendu ses verdicts. Mais la sécurité des citoyens, elle, n'a pas de verdict. Elle se construit chaque jour. Et chaque jour, elle semble un peu plus fragile.

Sources :

  • Canal Crime (YouTube) : « Le couple diabolique qui a empoisonné ses enfants aux cannellonis »
  • Arte (YouTube) : « Alliances et trahisons | Milan criminel (4/5) »
  • France 24 (YouTube) : « Ukraine : évacuation à Kramatorsk »
  • Sud Ouest (YouTube) : « Plage de La Barre à Anglet : Le Beach Rugby Festival »
  • Sud Ouest Faits Divers (RSS) : « Un homme placé en détention pour le meurtre d'une Britannique retrouvée dans une valise à Athènes »

📰Source :www.youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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