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PolitiqueÉpisode 8/2

Permis de tuer : l'idée d'extrême droite devenue loi de la République

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-08-07
Illustration: Permis de tuer : l'idée d'extrême droite devenue loi de la République
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Un vote, une histoire

Le résultat du scrutin : 517 votants, 512 exprimés, 313 pour, 199 contre. L'Assemblée a adopté. Prochaine étape : le Sénat, dominé par la droite, probablement à l'automne.

Qui a porté cette idée ? D'après Blast, elle était initialement défendue par l'extrême droite — Jean-Marie Le Pen en 2007, puis Marine Le Pen — et le syndicat FPIP. Le député RN Michaël Taverne revendique l'héritage de Marine Le Pen.

L'expression qui tue

L'expression « permis de tuer » a une origine précise. C'était en 2001, après l'acquittement du policier Pascal Liblo, qui avait tué Youssef Kaif. La mère de Youssef, Kaira Kaif, aurait alors lancé : « Ce verdict, c'est un permis de tuer pour la police. » L'expression a été reprise immédiatement par le Mouvement de l'Immigration et des Banlieues (MIB).

Une généalogie coloniale

En 1978, une association nommée « Légitime Défense » se constitue en France. Elle naît autour du comité de soutien à un brigadier condamné pour avoir tué un jeune homme en 1977, Mustapha Bouzer. Pendant quinze ans, elle défendra une trentaine d'auteurs d'homicide, réclamant l'assouplissement des critères de la légitime défense.

Mais l'histoire est plus ancienne. Le sociologue Matthieu Gou montre comment l'armée française avait mis au point en Indochine puis en Algérie une doctrine pour repérer et éliminer la subversion dans les populations colonisées. Cette doctrine a survécu dans la manière de faire la police en France. Depuis les années 1960, les quartiers populaires sont vus comme d'anciens territoires coloniaux.

La loi s'inscrit dans une continuité historique : depuis le massacre du 17 octobre 1961, les quartiers populaires et les populations racisées sont la cible d'une gestion différentielle des illégalismes.

Le glissement des centres

Michel Foucault l'expliquait déjà en 1975, dans Surveiller et punir : le pouvoir a changé de nature au 18e siècle. Il parlait de « gestion différentielle des illégalismes ». Les illégalismes des classes populaires sont traqués, réprimés durement. Ceux des classes dominantes sont tolérés, arrangés.

Ce que fait la présomption de légitime défense, c'est réintroduire à l'intérieur même de cet appareil moderne de surveillance un droit de vie et de mort exercé immédiatement sur le trottoir par l'agent lui-même. En présumant par avance que le policier a bien agi, la loi de 2026 lui redonne un morceau d'autorité souveraine sur le corps et la vie de celui qu'il vient de classer comme dangereux. Qui sont les victimes ? Majoritairement des jeunes hommes issus de l'immigration et des quartiers populaires.

La loi Cazeneuve : la gauche dans le miroir

La loi de 2017 — dite loi Cazeneuve, sous Hollande — avait déjà élargi les conditions de tir. Résultat : le nombre de morts est passé à environ un par mois. Pour comparaison, selon les travaux du sociologue Sébastien Rocher, une seule personne a été tuée en dix ans en Allemagne à la suite d'un refus d'obtempéré. Contre environ un mort par mois en France après 2017. Le Comité des droits de l'homme de l'ONU s'est dit préoccupé. Et pourtant.

Et maintenant ?

La pétition lancée contre ce texte ? Classée sans suite par la commission des lois de l'Assemblée nationale. Le 22 juillet, 35 députés contre 21 ont choisi de bloquer la mobilisation citoyenne. Pourtant, plus de 7 300 personnes l'avaient signée.

Le texte est présenté comme un symptôme de la normalisation des idées d'extrême droite au sein de la politique française. Voilà.

Sources :

  • Blast (média)
  • Travaux du sociologue Sébastien Rocher
  • Travaux du sociologue Matthieu Gou
  • Comité des droits de l'homme de l'ONU
  • Mission parlementaire sur l'article L435-1 du code de la sécurité intérieure
  • Livre 'Surveiller et punir' de Michel Foucault (1975)

📰Source :youtube.com

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Épisode 8 · 2026-08-07

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