Football : racisme, VSS, parentalité — les fractures françaises à l’épreuve du Mondial

Tout le stade l’a hué
Ashraf Hakimi, joueur du PSG, sera jugé pour viol. Le match Maroc-Écosse a été le théâtre d’un rejet public rare — « tout le stade le siffle à chaque prise de balle », raconte l’animateur du Média TV. « C’est un symbole assez fort. » Pourtant, le gardien remplaçant du Maroc a déclaré : « Nous allons continuer de le soutenir quoi qu’il en soit. » Hakimi lui-même affirme « avoir hâte de ce procès pour raconter sa vérité ».
Parallèle glaçant : Thomas Partey n’a pas joué le premier match du Ghana. Le Canada refuse l’entrée aux personnes sous enquête policière ou avec un casier lourd. Selon l’émission, Partey a été reconnu coupable de cinq viols et d’une agression sexuelle, et deux nouvelles accusations suivies pour lesquelles il comparaîtra lors d’un procès. Pendant des années, Arsenal a couvert l’affaire. « On savait même pas », disent les présentateurs. « C’est jamais un athlète de premier plan qui avait continué à évoluer aussi longtemps avec une enquête policière en cours. »
Et Mason Greenwood ? Accusé de violences conjugales, Manchester United l’a suspendu. L’Angleterre l’a exclu. Aujourd’hui, il joue à Marseille. « Marseille a décidé de recruter ce joueur car il est ultra talentueux et de faire fi de cette affaire », analyse l’émission. Sa compagne l’a pardonné. Ils ont eu un enfant.
Les VSS dans le football posent une question brutale : jusqu’où le talent efface-t-il les crimes ?
« Un moment dégueulasse où le père ne sert à rien »
Jérémy Doku a quitté le Mondial pour assister à la naissance de son enfant. La journaliste de L’Équipe TV France Pierron a commenté : « Quand tu as la chance — parce que faut réaliser que c’est vraiment une chance de participer à une Coupe du monde — c’est un bonheur inouï. […] Tu vas quitter tout ça pour aller assister à la naissance de ton enfant qui est un moment dégueulasse, excusez-moi, où le papa ne sert à rien. »
Une polémique mondiale. France Pierron s’excuse, qualifie son avis de « personnel ». L’Équipe TV la suspend jusqu’à la fin de la saison. L’Association Femmes Journalistes de Sport déclare « désapprouver totalement et sans réserve les propos rétrogrades », tout en condamnant le harcèlement numérique qu’elle a subi.
Ce n’est pas la première polémique de Pierron. Pendant les JO 2024, elle s’était étonnée qu’on aménage l’emploi du temps des athlètes pour leurs enfants. « Elle a des enfants elle-même », rappelle l’émission. « Elle pense que quand on est athlète de haut niveau, on doit pouvoir, pendant un mois de compétition, ne pas être gêné par des affaires familiales. »
La parentalité dans le foot divise. Fabien Delph s’est absenté pendant la Coupe du monde 2018 pour la naissance de son fils. Wayne Rooney a raté le dernier match de la saison de Manchester United. En 2017, Alberto Moreno a préféré jouer contre Southampton plutôt que d’être présent à l’accouchement. En avril dernier, l’attaquant de Villarreal Alexander Sørloth a joué, marqué un but en mimant la naissance, puis appris que son enfant était né pendant le match.
Bastian Schweinsteiger, champion du monde 2014
Il commentait Allemagne–Côte d’Ivoire. « Un football africain un peu sauvage, un peu non tactique. » L’extrait vidéo circule. L’ancien joueur ne s’est pas excusé. « Il commentait Angleterre–Ghana le lendemain, sans aucun souci », note Simon Bobero. « La chaîne n’a fait aucun commentaire. »
Quelques jours plus tôt, l’ancien joueur Radé Bogdanovic avait déclaré sur antenne que « les joueurs noirs manquent de concentration pour durer plus de 60 ou 80 minutes ». Lui non plus ne s’est pas excusé. Il est resté à l’antenne le jour suivant.
Les clichés coloniaux ont la vie dure. « La bestialité du corps, l’héritage colonial du truc », résume l’émission. Les exemples s’empilent : en 2014, Willy Sagnol avait osé : « L’avantage du joueur typique africain, c’est qu’il est pas cher. C’est un joueur prêt au combat, puissant. Mais le foot, c’est pas que ça. Le foot, c’est aussi de la technique, c’est de l’intelligence, c’est de la discipline. »
Ces déclarations ne sont pas anodines. Elles s’inscrivent dans une mécanique plus large : le traitement médiatique et politique de l’équipe de France, régulièrement qualifiée d’« équipe d’Afrique » à l’étranger.
Le mythe Black-Blanc-Beur vacille
Selon l’historien Yvan Gast, la France de 1998, proclamée « Black-Blanc-Beur », fut une construction médiatique et politique. La victoire en Coupe du monde a créé un « enchantement ». Mais la défaite de 2002, puis l’élimination de 2010, ont ramené le catastrophisme. « Tout est lié aux résultats », dit Gast. « Si survient une crise, le regard bascule. »
Pourtant, le football français s’est toujours construit sur l’immigration. Dès les années 1930, des débats sur la composition de l’équipe ont eu lieu. Raoul Diagne, Larbi Ben Barek, puis Raymond Kopa, Michel Platini, Zinedine Zidane — tous issus de vagues migratoires successives. « L’équipe de France a toujours été représentée par des joueurs issus de l’immigration. C’est le fruit de la longue histoire de France, de la colonisation et de ses conséquences. »
Le slogan « Black-Blanc-Beur » a servi de vitrine. Derrière la vitrine, les tensions demeurent.
Binationaux : la valse des choix
Selon Yvan Gast, de plus en plus de jeunes binationaux choisissent une autre sélection que la France. Parfois un choix du cœur, parfois un choix stratégique. Le football contraint à un choix définitif — une fois qu’on a joué pour un pays, on ne peut plus changer. « Ça vous oblige à vous ramasser dans l’un des deux, quitte à jouer contre l’autre. »
Le football, caisse de résonance fragile
Le football raconte la société. Ses avancées et ses régressions. Yvan Gast le résume : « Il peut provoquer des attitudes positives en matière d’immigration et contrebalancer le racisme. Mais ça reste fragile, éphémère. Le lendemain, une affaire peut surgir, des haines, des animosités. »
Commençons par le commencement : le football n’est pas un refuge moral. Il est ce que la société en fait. Un miroir grossissant. Parfois flatteur. Souvent implacable.
Sources
- Le Média TV — émission « Temps additionnel »
- L’Équipe TV — extraits des propos de France Pierron et suspension
- Association Femmes Journalistes de Sport — communiqué
- Propos de Bastian Schweinsteiger et Radé Bogdanovic rapportés par l’émission
- Analyse sociologique d’Yvan Gast, historien et spécialiste de l’histoire du sport et de l’immigration
- Extraits de presse d’extrême droite des années 1930 (cités dans l’émission)
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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